« Le plus dur, c’est de dé­ci­der d’ar­rê­ter »

Quand son fils est né, Jean­nette n’a pas réus­si à se sor­tir du ta­ba­gisme. Fi­na­le­ment, ac­com­pa­gnée par l’anpaa 15, elle a sur­mon­té son ad­dic­tion.

La Montagne (Cantal) - - AURILLAC -

Elle a com­men­cé à fu­mer comme « tout le monde », au ly­cée, « pour suivre les co­pains ». Entre 18 et 27 ans, elle fume peu, quelques ci­ga­rettes de temps en temps. 27 ans, c’est l’âge où son ad­dic­tion prend une autre di­men­sion. Elle se sé­pare de son conjoint. « C’est moins la sé­pa­ra­tion que la so­li­tude. Les soi­rées, toute seule, évi­dem­ment je fu­mais, et je me suis mise à fu­mer beau­coup. » À l’époque, on peut en­core fu­mer dans les lieux pu­blics, au bu­reau… À 40 ans, Jean­nette tombe en­ceinte.

Elle ré­duit sa con­som­ma­tion, sans pou­voir l’ar­rê­ter. « Je passe d’un pa­quet à trois ci­ga­rettes par jour, mais je me sens in­ca­pable de m’en pas­ser. » Et dès que son fils naît, « je re­prends de plus belle ». En re­vanche, le pa­pa lui, fu­meur éga­le­ment, s’ar­rête net. « La nais­sance de notre en­fant a été pour lui comme un dé­clic. Il m’a dit qu’avec la vo­lon­té, on pou­vait tout faire. » Jean­nette a l’im­pres­sion de l’avoir, la vo­lon­té, mais elle ne par­vient pas à s’ar­rê­ter. « J’avais beau­coup de culpa­bi­li­té. Mon ma­ri avait ar­rê­té, mon fils, en gran­dis­sant, me di­sait “ma­man, ar­rête de fu­mer”, et moi j’en étais tout bon­ne­ment in­ca­pable. J’ai es­sayé, mais je n’étais pas as­sez mo­ti­vée, ça ne fonc­tion­nait pas. »

C’est à ce mo­ment­là que Jean­nette a le plus souf­fert. « Je sa­vais qu’il fal­lait ar­rê­ter de fu­mer, pour ma san­té, et puis je pol­luais tout le monde, au bu­reau, mes col­lègues, à la mai­son, tout sen­tait le ta­bac froid… c’est tel­le­ment dé­va­lo­ri­sant de se dire que tout nous pousse vers l’ar­rêt du ta­bac, j’avais peur pour ma san­té, etc, et de ne ja­mais y par­ve­nir. »

Nous sommes en sep­tembre 2007 quand Jean­nette dé­cide de pous­ser la porte de l’as­so­cia­tion na­tio­nale de pré­ven­tion en al­coo­lo­gie et ad­dic­to­lo­gie (Anpaa) du Can­tal. « Je connais­sais, de vue, la di­rec­trice, qui m’avait dé­jà don­né de la do­cu­men­ta­tion. Et là, mi­racle. »

Elle ren­contre d’abord un mé­de­cin. « Quand on va dans ce genre de struc­ture, on s’at­tend à ce qu’on nous serve un dis­cours mo­ra­li­sa­teur. » Au lieu de ça, le mé­de­cin, qui trouve que Jean­nette n’a pas trop le mo­ral, lui ex­plique que ce n’est pas le bon mo­ment pour ar­rê­ter de fu­mer. Il l’oriente vers la psy­cho­logue de l’anpaa. « J’ai trou­vé ça fou : on me pro­pose une prise en charge psy­cho­lo­gique comme ça, gra­tui­te­ment, dans le but d’ar­rê­ter de fu­mer, mais sans me mettre de pres­sion. Au dé­but j’y al­lais toutes les se­maines, puis tous les quinze jours. » Pa­ral­lè­le­ment, le mé­de­cin la place sous an­ti­dé­pres­seurs « lé­gers ». Au bout de six mois, Jean­nette fume tou­jours et à nou­veau, elle culpa­bi­lise. « J’avais l’im­pres­sion de prendre la place de quel­qu’un d’autre, de faire perdre du temps à tout le monde. Alors un jour en fin de séance, j’ai dit à la psy­cho­logue que je vou­lais ar­rê­ter de fu­mer. Elle m’a dit : “Vous êtes sûres que vous êtes prête ?”. Puis le mé­de­cin m’a à nou­veau ren­con­trée pour dé­ter­mi­ner quel sub­sti­tu­tif me conseiller. »

« J’avais be­soin d’une struc­ture comme celle-là, qui me dé­cul­pa­bi­lise »

Jean­nette re­doute son ar­rêt. Elle a peur de souf­frir. Elle le pré­pare, du coup. « J’ai chan­gé mes meubles de place, j’ai fait le grand mé­nage chez moi. Je me suis même ache­té un or­di­na­teur parce que je sa­vais qu’il fal­lait “com­pen­ser” le manque. » Et le jour où elle ar­rête… C’est en si­lence. « Je n’ai pas du tout souf­fert, tout s’est pas­sé très cal­me­ment. J’ignore pour­quoi. Mais j’ai la sen­sa­tion d’avoir été prise en charge, ac­com­pa­gnée de bout en bout. Est­ce que c’est ça ? Il y a des gens qui, une fois qu’ils dé­cident d’ar­rê­ter, ne re­viennent ja­mais des­sus. Moi, pas. J’avais be­soin de ça, d’une struc­ture comme celle­là, qui me dé­cul­pa­bi­lise, qui me dise “ne vous in­quié­tez pas, pre­nez le temps qu’il faut. On ver­ra quand ce se­ra le mo­ment. »

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