Une im­pres­sion de dé­jà­vu

Em­ma­nuel Ma­cron s’y est en­ga­gé. Les quar­tiers en dif­fi­cul­té vont bé­né­fi­cier d’une « mo­bi­li­sa­tion na­tio­nale ». La so­cio­logue et ur­ba­niste Ma­rie-hé­lène Ba­qué reste du­bi­ta­tive.

La Montagne (Cantal) - - FRANCE & MONDE -

Au­teur avec Mo­ham­med Mech­mache d’un rap­port in­ti­tu­lé la ville ont ain­si eu vrai­sem­bla­ble­ment des ré­sul­tats. Mais les po­pu­la­tions qui en ont bé­né­fi­cié ont quit­té les quar­tiers pau­pé­ri­sés où d’autres les ont rem­pla­cées.

De­puis les an­nées 2000, en par­ti­cu­lier de­puis la créa­tion en 2004 de l’agence na­tio­nale pour la ré­no­va­tion ur­baine, les quar­tiers ont chan­gé. Ils sont sans doute, pour la plu­part, plus agréables à vivre. Mais ces po­li­tiques de ré­no­va­tion ont aus­si eu pour ré­sul­tats de chas­ser nombre d’ha­bi­tants de ses quar­tiers. Par ailleurs, dans la liste de leurs prio­ri­tés, leurs ha­bi­tants mettent da­van­tage en avant l’em­ploi, la for­ma­tion, l’édu­ca­tion et la pré­sence de ser­vices pu­blics, plu­tôt que l’ha­bi­tat. Plus d’ar­gent dans la ré­no­va­tion ur­bai­ ne avec sou­vent des dé­mo­li­tions sans sol­li­ci­ter l’avis des ha­bi­tants, des em­plois ai­dés, des « em­plois francs », etc., tout ça n’est pas très nou­veau. Pour­quoi en at­tendre plus de ré­sul­tats cette fois ? Quant au re­tour des ser­vices pu­blics, avec la baisse du nombre de fonc­tion­naires…

Le pro­blème de la pau­vre­té ne se règle pas par des po­li­tiques ter­ri­to­riales, mais par des po­li­tiques de l’em­ploi, de la for­ma­tion, etc. Au­de­là, dans notre rap­port, nous pro­po­sions avec Mo­ham­med Mech­mache d’in­tro­duire plus de dé­mo­cra­tie dans ces quar­tiers. À une dé­marche ve­nant d’« en haut » doit s’op­po­ser la ca­pa­ci­té de pro­po­si­tion des ha­bi­tants des quar­tiers à toutes les étapes de l’éla­bo­ra­tion et de la mise en place des po­li­tiques pu­bliques. Les ha­bi­tants des quar­tiers veulent tout sim­ple­ment et una­ni­me­ment par­ti­ci­per au chan­ge­ment qui les concerne et non sim­ple­ment en être l’ob­jet.

Pour une per­sonne sur deux, la prin­ci­pale rai­son est le manque d’in­for­ma­tion (49 % des ré­ponses). Viennent en­suite le re­cours à d’autres so­lu­tions dans l’en­tou­rage, pour de la garde d’en­fant ou de l’aide à do­mi­cile par exemple (23 %), la com­plexi­té ad­mi­nis­tra­tive des dé­marches (16 %), un reste à charge trop éle­vé (16 %), la ré­ti­cence « à ou­vrir sa sphère pri­vée » (16 %) ou en­core la dé­fiance en­vers les ad­mi­nis­tra­tions (10 %).

Les aides pour les fa­milles sont les plus mé­con­nues : moins d’une fa­mille sur quatre (37 %) connaît les aides qui lui sont dé­diées et 50 % de celles éli­gibles aux aides à la pa­ren­ta­li­té ne les touchent pas.

Pour les per­sonnes âgées, 44 % des per­sonnes éli­gibles mais non bé­né­fi­ciaires de l’al­lo­ca­tion per­son­na­li­sée d’au­to­no­mie (APA) n’y ac­cèdent pas car « elles en ignorent l’exis­tence ». 13 % des per­sonnes âgées in­ter­ro­gées trouvent leurs propres so­lu­tions…

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