Ver­dun sau­vée par l’in­dus­trie?

A la re­dé­cou­verte de la vie cler­mon­toise pen­dant la Grande Guerre

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - CLERMONT - Pierre-Ga­briel Gon­za­lez pgg@wa­na­doo.fr

Avant le pneu, il y avait de so­lides ban­dages. Ceux de Ber­gou­gnan ont joué, sans conteste, un rôle im­por­tant à Ver­dun. Ex­traits des comptes ren­dus de séances du Con­seil mu­ni­ci­pal cler­mon­tois.

Au dé­but de 1916, l’état­ma­jor al­le­mand n’ignore pas le mau­vais état de nos dé­fenses sur l e front de­vant Ver­dun : tran­chées ef­fon­drées, routes im­pra­ti­cables, for­ti­fi­ca­tions pra­ti­que­ment désar­mées. Le com­man­dant en chef fran­çais, le gé­né­ral Joffre, ne croit pas à une of­fen­sive dans ce sec­teur. À par­tir du 21 fé­vrier et pen­dant trois cents jours, sous un dé­luge de feu, les troupes fran­çaises com­battent dos à la Meuse. Elles connaissent de graves dif­fi­cul­tés de ra­vi­taille­ment, la voie fer­rée et la route dé­par­te­men­tale 35 qui des­servent Ver­dun étant sous le feu des ca­nons al­le­mands.

Vi­site éclair

C’est pré­ci­sé­ment sur la RD35 entre Bar­de­Duc et Ver­dun que la lé­gende s’est for­gée. Mal­gré les condi­tions de cir­cu­la­tion éprou­vantes sur cette route, le ban­dage plein Ber­gou­gnan, made in Cler­mont­Fer­rand, équipe les cen­taines de ca­mions qui ra­vi­taillent la ligne de front au rythme d’un vé­hi­cule toutes les treize se­condes. Ces ca­mions, sur ban­dages cler­mon­tois (les pneus Mi­che­lin d’alors étaient trop fra­giles), trans­por­tèrent chaque jour des mil­liers d’hommes et des cen­taines de tonnes de mu­ni­tions, de ra­vi­taille­ment et de ma­té­riel.

En pré­am­bule d’un con­seil mu­ni­ci­pal de fé­vrier 1916, Charles­Er­nest Vi­ge­naud, maire de Cler­mont, li­sait une longue dé­cla­ra­tion : « Vous sa­vez, Mes­sieurs, que le gé­né­ral Gal­lié­ni, Mi­nistre de la Guerre est pas­sé ré­cem­ment par notre ville […] Je lui ai dit que notre pre­mier sou­ci avait été d’as­su­rer le Ser­vice des ré­qui­si­tions de l’Ar­mée, de fa­çon à don­ner à nos braves sol­dats tout ce qui pou­vait les ai­der dans leur ter­rible tâche. Alors que nous vi­vions au jour le jour et que nous ne sa­vions pas si Cler­mont au­rait du pain le len­de­main, nous te­nions avant tout à veiller au ra­vi­taille­ ment de l’ar­mée. Je lui fis connaître les ef­forts de l’in­dus­trie dans notre ville, com­ment les mai­sons cler­mon­toises se sont in­gé­niées à ins­tal­ler des ate­liers de fa­bri­ca­tion d’obus… Pour hos­pi­ta­li­ser les bles­sés et les ma­lades, nous avons dé­lo­gé toutes nos écoles… En­fin, nous avons contri­bué de notre mieux à se­con­der l’oeuvre du Co­mi­té qui avait as­su­mé la tâche de lo­ger et de nour­rir les ré­fu­giés fran­çais et belges, qui sont ve­nus nous de­man­der l’hos­pi­ta­li­té. En ré­ponse, M. le Mi­nistre m’a char­gé de re­mer­cier notre ville de son pa­trio­tisme qu’il connais­sait, au reste, de longue date. »

« Cou­cher de­hors avec un billet de lo­ge­ment » : cette ex­pres­sion n’avait pas lieu d’être à Cler­mont pen­dant la Grande Guerre, le nombre de ca­sernes étant suf­fi­sant pour ac­cueillir les hommes de troupes, les of­fi­ciers « cou­chaient en ville » dans les mai­sons bour­geoises. Dès lors, le con­seil mu­ni­ci­pal dou­blait le taux de l’in­dem­ni­té pour le lo­ge­ment des­dits of­fi­ciers… Il dé­ci­dait aus­si de ne pas conti­nuer à ver­ser le trai­te­ment de Mau­rice Busset (18791936) en tant que pro­fes­seur à l’école mu­ni­ci­pale des BeauxArts après sa mo­bi­li­sa­tion, au mo­tif que son sa­laire de pro­fes­seur au ly­cée était main­te­nu… Ce qui n’em­pê­che­ra pas l’ar­tiste de pro­duire des di­zaines de des­sins sur le conflit, et no­tam­ment sur la guerre aé­rienne… À suivre di­manche pro­chain.

(*) Sources : Ar­chives mu­ni­ci­pales de Cler­mont, Ar­chives PGG.

IM­PRES­SION­NANTE. Cette pu­bli­ci­té Ber­gou­gnan s’in­tègre par­fai­te­ment dans la pro­pa­gande « hé­roïque » qui do­mi­nait en France à cette époque. PHO­TO DR

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