Mac Val : le mu­sée de tous les liens

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE - Jean-Marc Laurent jean-marc.laurent@cen­tre­france.com

Dix an­nées d’ac­tions et de créa­tions sur le fil entre pas­sé et pré­sent sont mises en scène dans « L’Ef­fet Ver­ti­go », jus­qu’à la fin de l’an­née au Mac Val, le mu­sée d’art contem­po­rain qui fait du lien en ban­lieue pa­ri­sienne.

Place de la Li­bé­ra­tion à Vi­try­sur­Seine ( Valde­Marne), au pied de la che­mi­née sculp­ture de Jean Du­buf­fet, la Chauf­fe­rie, nous sommes à moins de 10 km du Mu­sée Georges Pom­pi­dou.

Ce­la n’a pas em­pê­ché les élus du Val­de­Marne et de cette ville de 85.000 ha­bi­tants de la proche ban­lieue pa­ri­sienne, gé­rée par des maires com­mu­nistes de­puis la Li­bé­ra­tion, de faire le pa­ri d’ins­tal­ler là en 2005 un mu­sée d’art contem­po­rain. Un pro­jet à 30,5 mil­lions d’eu­ros.

Dix ans plus tard, le Mac Val est au coeur de la vie cultu­relle et so­ciale de la ville. En per­pé­tuel mou­ve­ment, l’ur­ba­nisme n’en fi­nit pas d’évo­luer au­tour de ce pôle an­cré au mi­lieu d’ u n j a r d i n p u b l i c d e 10.000 m ² , des­si­né par le pay­sa­giste Gilles Vex­lard, pro­fes­seur à l’École na­tio­nale su­pé­rieure du pay­sage de Ver­sailles.

L’autre cô­té du pé­riph

Grâce à l’ac­tion pé­da­go­gique du mu­sée, les ha­bi­tants se sont ap­pro­prié peu à peu l’es­pace. Sur les 70.000 vi­si­teurs an­nuels, 70 % sont is­sus du Val­deMarne. Mais la qua­li­té des pro­grammes pousse éga­le­ment les Pa­ri­siens à fran­chir le pé­ri­phé­rique. Ce n’était pas ga­gné d’avance.

Un mu­sée ou­vert sur son en­vi­ron­ne­ment, c’était aus­si le par­ti de l’ate­lier d’ar­chi­tec­ture de Jacques Ri­pault et De­nise Du­hart, qui a conçu un bâ­ti­ment de 13.000 m ² aux lignes p u re s e t h o r i z o n t a l e s , blanc et trans­pa­rent, ou­vert sur la ville d’un cô­té et sur les jar­dins de l’autre.

Ain­si que le rap­pelle l’ex­po­si­tion du dixième an­ni­ver­saire, dé­diée à l’ar­chit e c t e Ja c q u e s R i p a u l t dis­pa­ru l’an­née der­nière, la rai­son d’être du mu­sée était la mise en va­leur de la col­lec­tion d’oeuvres is­sues du fonds dé­par­te­men­tal d’art contem­po­rain créé en 1982 dans le Val­de­Marne. Ce qui a fait du Mac Val le pre­mier mu­sée à être ex­clu­si­ve­ment consa­cré à la scène ar­tis­tique en France de­puis les an­nées 1950.

La col­lec­tion est au­jourd’hui com­po­sée de 2.200 oeuvres, dont une qua­ran­taine ac­quises en 2015, soit l’un des Fonds d’art contem­po­rain les plus im­por­tants de France. Par­mi elles, des pièces de plas­ti­ciens in­con­tour­nables de la scène ar­tis­tique, comme Ch­ris­tian Bol­tans­ki, Bru­no Per­ra­mant, Claude Clos­ky, Gi­na Pane, An­nette Mes­sa­ger, Pierre Huy­ghe… mais aus­si des oeuvres d’ar­tistes émer­gents.

Pré­sen­tée jus­qu’à la fin de l’an­née 2016, l’ex­po­si­tion des dix ans re­vient sur la mis­sion du mu­sée, qui est de re­lier le pas­sé et le pré­sent. « Un ar­rêt sur image pour mieux en­vi­sa­ger le fu­tur à ve­nir, ce­lui à construire », re­ven­dique la con­ser va­tr ice en chef, Alexia Fabre.

Les 70 ar­tistes réunis dans « L’Ef­fet Ver­ti­go » portent un re­gard « de l’autre cô­té du pré­sent » . Ils in­ter­prètent des tranches d’his­toire au tra­vers d’ar­chives, ques­tionnent les rites, les reliques. À la lu­mière d’au­jourd’hui, ils in­ter­rogent sur l’his­toire hu­maine, celle des conquêtes, des ac­cords de paix, des pro­grès tech­no­lo­giques, des avan­cées mé­di­cales, des idéaux po­li­tiques, des modes de gou­ver­nance… l’art comme ar­chéo­lo­gie.

« Cette ex­po­si­tion consti­tue sans doute la conclu­sion d’un cycle en­ta­mé dans le désordre et en­fin syn­chro­ni­sé » , pré­voit Alexia Fabre. Ain­si, en 2010, l’ex­po­si­tion in­ti­tu­lée « Ne­ver­more » s’in­té­res­sait aux sou­ve­nirs et au pas­sé ; en 2012, « Vi­ve­ment de­main » don­nait à voir le fu­tur, ra­dieux ou à l’in­verse in­quiet et désen­chan­té.

La conser­va­trice en chef s’ap­puie sur un com­men­taire un brin pro­vo­ca­teur de Fran­çois Morellet, dont elle ex­pose ( j u s q u’ a u 6 mars) le la­by­rinthe aux « Se­ven Cor­ri­dors », pour éclai­rer le nou­vel ac­cro­chage de la col­lec­tion ( le 7e en dix ans) : « J’étais, et je reste per­sua­dé que la part ac­cor­dée aux créa­teurs est dis­pro­por­tion­née par rap­port à celle ac­cor­dée aux spec­ta­teurs. Il y a là toute une his­toire de l’art à ré­écrire. »

Ce qui per­met à Alexia Fabre d’in­vi­ter le pu­blic « à in­ter­ro­ger ce qui consti­tue sa re­la­tion à l’oeuvre et à l’his­toire, ce qui nour­rit et oriente son re­gard, cette part de créa­tion, cet es­pace de la pen­sée qui ap­par­tiennent à cha­cun ».

Ce que ré­sume Fran­çois Morellet dans sa théo­rie du pique­nique : « Les oe u v re s d’ a r t s o n t d e s coins à pique­nique, des au­berges es­pa­gnoles où l’on consomme ce que l’on ap­porte soi­même. »

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