Mi­che­lin et le bou­clier Ar­verne à l’hon­neur

A la re­dé­cou­verte de la vie cler­mon­toise pen­dant la Grande Guerre au tra­vers des conseils mu­ni­ci­paux

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - CLERMONT VIVRE SA VILLE - Pierre-Ga­briel Gon­za­lez pg.gon­za­lez@wa­na­doo.fr

Les comptes-ren­dus de séances du con­seil mu­ni­ci­pal de Cler­mont, pen­dant la Grande Guerre ra­mènent à une pé­riode où « l’Union sa­crée » pri­mait sur tout.

En fé­vrier 1916, les conseillers mu­ni­ci­paux cler­mon­tois écoutent at­ten­ti­ve­ment la dé­cla­ra­tion de leur col­lègue Du­mo­thier. «… En ce qui concerne la contri­bu­tion de Mi­che­lin, il n’est pas be­soin de rap­pe­ler la fon­da­tion, pour les sol­dats bles­sés, d’un hô­pi­tal de 225 lits, dont le fonc­tion­ne­ment est en­tiè­re­ment à sa charge. En de­hors de cet acte de bien­fai­sance qui honore M. Mi­che­lin, nous ne de­vons pas ou­blier que, avant la guerre, il avait mis à la dis­po­si­tion de l’État des prix im­por­tants pour ré­com­pen­ser les avia­teurs mi­li­taires les mieux exer­cés au tir aé­rien. »

La sol­li­ci­tude de M. Mi­che­lin

« Et que, pour­suit l’élu, de­puis la guerre, il a non seule­ment of­fert un mil­lion au Gou­ver­ne­ment pour dis­tri­buer aux avia­teurs ayant le mieux com­bat­tu l’en­ne­mi, mais en­core il vient de faire un don gran­diose en of­frant à l’ar­mée plu­sieurs es­ca­drilles d’avions qui sont ac­tuel­le­ment en construc­tion ( les Bré­guet XIV, ndlr) » . Et le conseiller mu­ni­ci­pal de pour­suivre : « La sol­li­ci­tude de M. Mi­che­lin n’a pas vou­lu se bor­ner seule­ment à ses ou­vriers, il a sous­crit 100.000 frs à la Caisse dé­par­te­men­tale des veuves et des or­phe­lins de la guerre. Les Cler­mon­tois lui sont una­ni­me­ment re­con­nais­sants de sa­voir si bien user de sa for­tune ; ils lui en sont d’au­tant plus re­con­nais­sants que, grâce aux nom­breux mil­lions qu’il a ain­si pro­di­gués, la ma­jo­ri­té des fa­milles ou­vrières de notre ville se trouvent dans une ai­sance pri­vi­lé­giée dont pro­fitent nos com­mer­çants chez qui les ou­vriers peuvent conti­nuer à faire des achats aus­si abon­dants qu’avant la guerre… ». M. Du­mo­thier pour­suit : « Je de­mande donc au Con­seil mu­ni­ci­pal d’ex­pri­mer à M. Mi­che­lin la re­con­nais­sance de la po­pu­la­tion cler­mon­toise… ». Le maire, Charles Er­nest Vi­ge­naud, bien que cette mo­tion ne soit pas ins­crite à l’ordre du jour de la séance, n’a pas cru de­voir re­fu­ser à M. Du­mo­thier l’au­to­ri­sa­tion d’ex­pri­mer une pen­sée qui est celle du Con­seil tout en­tier. Cette mo­tion, mise aux voix, est vo­tée à l’una­ni­mi­té et M. le maire est char­gé de trans­mettre à M. Mi­che­lin l’ex­pres­sion de la re­con­nais­sance du Con­seil.

Un « plas­tron bou­clier » fait de jour­naux

Nous re­trou­vons le sieur Du­mo­thier avec une ini­tia­tive ori­gi­nale, le « plas­tron bou­clier ». Si l’in­ven­tion de cette pro­tec­tion semble due à Pauline Du­mo­thier, pro­fes­seur de chant à A u t u n , e n S a ô n e ­e t ­L oire (l’épouse, la soeur du conseiller mu­ni­ci­pal de Cler­mont ?), il sem­ble­rait qu’il ait été fa­bri­qué à Cler­mont. Cette ini­tia­tive illustre par­fai­te­ment la gen­tillette naï­ve­té et l’igno­rance de nos grands­pa­rents sur la réa­li­té de la vio­lence des com­bats. L’éti­quette de ce « Bou­clier du Sol­dat » pré­cise : « Of­fert gra­tui­te­ment aux sol­dats du 13 Corps pro­tège très ef­fi­ca­ce­ment du froid et de l’hu­mi­di­té et pré­serve, sou­vent, de cer­tains pro­jec­tiles et de la baïon­nette ».

Sans doute pour ras­su­rer un peu ses pro­mo­teurs, l’éti­quette ap­pelle à témoignages : « Le Sol­dat à qui ce plas­tron au­ra évi­té une bles­sure est prié d’en avi­ser : Ma­dame Meya, cou­tu­rière, Di­rec­trice de l’ate­lier du Bou­clier, gla­cis de la po­terne, n° 4 ou M. Du­mo­thier, conseiller mu­ni­ci­pal, rue du Port, n° 1 à Cler­mont­Fer­rand ».

Com­ment ce « bou­clier » étai­til fa­bri­qué ? Avec une ma­tière pre­mière abon­dante en ces temps de pé­nu­rie, des jour­naux pér imés ou i n v e n d u s ! De s exem­plaires du jour­nal « Le Mon i t e u r d u P u y ­d e ­D ôme » étaient po­si­tion­nés dans deux sa­chets en pa­pier, jouant le rôle de plas­tron, le tout fer­mé par des agrafes, un peu dans le style d’un gi­let de sau­ve­tage. Ces deux sacs rat­ta­chés entre eux par deux bandes de tis­su blanc à rayures rouges se po­saient sur les épaules et pro­té­geaient les deux cô­tés du buste… ».

(*) Il m’a été don­né de pho­to­gra­phier un de ces plas­trons sur les puces du 1er

Si vous en sa­vez plus, mer­ci de nous contac­ter : pg. gon­za­lez@ wa­na­doo.fr.

PU­BLI­CI­TÉ.

Guide du champ de ba­taille de Ver­dun, pa­ru en 1919.

DR

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