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La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE -

est l’his­toire d’une fron­tière. Une longue fron­tière de plus de 900 ki­lo­mètres qui court à tra­vers la cam­pagne du Le­vant entre deux pays long­temps amis, de­ve­nus les pires en­ne­mis. De­puis 2011, la Tur­quie, qui mi­lite pour la chute de Ba­char el­As­sad, est la base ar­rière de l’in­sur­rec­tion sy­rienne. Jus­qu’à l’of­fen­sive mi­li­taire russe lan­cée il y a quinze jours, qui a tué plus de 500 per­sonnes et je­té sur les routes de l’exil des di­zaines de mil­liers d’autres, les re­belles an­ti­As­sad pou­vaient s’ex­traire de leurs quar­tiers pour al­ler en Tur­quie s’ap­pro­vi­sion­ner en armes, fioul et nour­ri­ture. Mais avec le dé­luge de feu qui s’abat sur eux, cette voie de sor­tie est main­te­nant cou­pée. Le piège se re­ferme sur les in­sur­gés d’Alep, me­na­cés d’en­cer­cle­ment. Mais l’ar­mée sy­rienne et ses al­liés, russes dans les airs et ira­niens au sol, n’en­va­hi­ront pas le ré­duit re­belle. Trop dan­ge­reux ! La stra­té­gie vise plu­tôt à étouf­fer len­te­ment les an­ti­As­sad d’Alep. Comme à Homs, la « ca­pi­tale de la ré­vo­lu­tion », il y a trois ans. En at­ten­dant, les ci­vils vont conti­nuer de fuir les bom­bar­de­ments des Su­khoï russes. Di­rec­tion, le poste­fron­tière de Bab Mais au-de­là du drame hu­ma­ni­taire qui se joue à Alep, l’en­jeu est bien le contrôle sé­cu­ri­taire de cette fron­tière avec la Tur­quie. Ou plu­tôt sa fer­me­ture, du nord d’Alep jus­qu’à Lat­ta­quié, le fief des As­sad plus au sud. On ne le di­ra ja­mais as­sez : la ré­volte pa­ci­fique s’est muée en une guerre par pro­cu­ra­tion me­née par de nom­breuses puis­sances étran­gères, avides de ré­gler leurs comptes sur le sol sy­rien. Si les fron­tières sont fer­mées, le feu s’étein­dra en quelques mois. Faute d’armes et de com­bat­tants pour tuer ou se dé­fendre. Fa­cile à dire, mais im­pos­sible à ap­pli­quer, mo­ra­le­ment du moins. Pour­tant, c’est dé­jà ce qui est en train de se pas­ser dans le sud de la Sy­rie. La Jor­da­nie, qui a tout à craindre d’un fu­tur pou­voir is­la­miste à Da­mas, a, sans le dire et sur de­mande de Mos­cou, fer­mé le ro­bi­net aux in­sur­gés. Avec le Li­ban, le ver­rouillage de la fron­tière in­combe au Hez­bol­lah, al­lié de Da­mas. Il ne reste donc plus, aux yeux des sou­tiens d’As­sad, que la base ar­rière turque à neu­tra­li­ser. De­puis la des­truc­tion d’un de leurs avions de com­bat par des in­sur­gés pro turcs, les Russes sont ivres de ven­geance contre An­ka­ra. Mais les par­rains oc­ci­den­taux et arabes des re­belles peuvent­ils lais­ser leurs par­ti­sans se faire bom­bar­der, sans ré­agir ? Par cette fron­tière, les mo­nar­chies du Golfe pour­raient four­nir les mis­siles sol­air que les an­ti­As­sad ré­clament de­puis long­temps pour abattre les avions russes. Mais Mos­cou et Wa­shing­ton ont mis leur ve­to. Les États­Unis se sou­viennent du trau­ma­tisme de l’Af­gha­nis­tan où leurs mis­siles Stin­ger li­vrés aux « mou­j­da­hi­dines » an­ti­so­vié­tiques fi­nirent entre les mains des par­ti­sans d’Ous­sa­ma Ben La­den. L’Ara­bie saou­dite et les Émi­rats arabes unis viennent de pro­po­ser d’en­voyer des forces spé­ciales en Sy­rie. Le pa­ri, là en­core, se­ra dif­fi­cile à te­nir. Les com­man­dos de­vraient pas­ser par la fron­tière tur­co­sy­rienne. Et il y a ur­gence : les Russes veulent la « bou­cler » d’ici fin mars.

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