« Pê­cher, sans re­lâche »

La vie hors des sen­tiers bat­tus, des règles im­po­sées. Une femme té­mé­raire part en mer, pê­cher, et trouve l’amour. Peut­être.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE - Da­niel Martin da­niel.martin@cen­tre­rance.com

Un ro­man bru­tal et âpre, violent, ré­pé­ti­tif qui bien­tôt s’éploie et s’épa­nouit en une belle hu­ma­ni­té, sans es­tom­per le doute. Un pre­mier livre comme une dé­cou­verte et une aven­ture.

Lily n’a qu’une idée en tête, al­ler pê­cher le crabe ou la mo­rue en Alas­ka. Elle largue tout, sa Pro­vence, sa fa­mille, tra­verse les conti­nents. Ar­rive en­fin à Ko­diak. Elle n’a pas quatre sous en poche, deux mots d’an­glais. Traîne dans les ca­fés, sur les quais. Très vite on lui dit, « fais at­ten­tion aux gens que tu vas ren­con­trer, t’as les pires or­dures ici. »

Fi­na­le­ment, elle trouve un ba­teau qui veut bien d’elle. Et en­core une mise en garde. « Ça va être très dur. Le froid, le manque d e s o m m e i l , t ra va i l l e r vingt heures par jour très sou­vent… » , le dan­ger par­tout, la tem­pête, les pa­langres, les cro­chets acé­rés. Elle em­barque. Ac­cepte d’être trai­tée en dé­bu­tante, sans le moindre pri­vi­lège. Nor­mal.

Elle serre les dents, ra­va­ le ses larmes plus d’une fois, souffre en si­lence. Mais as­sure. Gagne la confiance, le res­pect.

Alors, la to­na­li­té change. Les conver­sa­tions se font plus lentes, plus per­son­nelles. La ten­dresse af­fleu­ re et les confi­dences aus­si dans les mots de ces types ex­trê­me­ment ti­mides, pu­diques. Ils parlent de leur femme et des gosses qui les at­tendent. Quand ils vivent loin d’eux, obs­ti­né­ment ri­vés à ce la­beur de chien. Elle aus­si, qui a de plus l’in­con­vé­nient d’être im­mi­grée, pas dé­cla­rée. Se mar ier peut­être ? « Je veux pas de ma­ri. »

Mais de l’amour, oui, pour le Grand mar in, qu’elle ap­proche, ap­pri­voise, qui l’at­tend : « Viens Lily, viens… et moi clouée au port qui re­garde les ba­teaux par­tir, les ma­rées re­naître et mou­rir. »

Pour­quoi ? La ques­tion re­vient à chaque page. Pour­quoi est­elle ici plu­tôt que pei­narde au so­leil, les autres aus­si ? Par haine du « rien quo­ti­dien ponc­tué de règles, le jour, la nuit, divisés. Le temps cap­tif, les heures mor­ce­lées en un ordre fixe. Man­ger, dor­mir, se la­ver » ?

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