Ra­quettes à neige:

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - GRAND ANGLE - My­riam Déborbe my­riam­de­borbe@gmail.com

Pro­me­nade tran­quille ou sport qui s’ignore ? Les ra­quettes sé­duisent de plus en plus de monde. Pour ten­ter de com­prendre cet en­goue­ment, nous avons tes­té une ba­lade dans la pou­dreuse, à La Bour­boule.

«Chaus­sez sur l a neige, elles n’aiment pas le gou­dron. Et met­tez un ge­nou à terre, vous y ar­ri­ve­rez mieux. » « Ne mon­tez pas les élas­tiques trop haut, pour ne pas vous bles­ser le ten­don d’Achille. »

Avant de par­tir, Mi­chel, ac­com­pa­gna­teur en mon­tagne, dis­pense ses conseils à la dou­zaine de per­sonnes qu’il em­mène, ce mer­cre­di après­mi­di en ran­do ra­quettes, à tra­vers les prés et tour­bières du pla­teau de Char­lannes, d a n s l e Sa n c y. De s f a ­ milles, des couples, tous dé­bu­tants, ve­nus dé­cou­vrir la na­ture au­ver­gnate, la pro­me­nade s’an­nonce fa­mi­liale.

Deux amou­reux font un sel­fie, puis la pe­tite troupe s’élance au son de ce der­ nier aver­tis­se­ment : « Les ra­quettes, c’est comme la marche. Sauf qu’il ne faut pas re­cu­ler, si­non ça se plante dans la neige. »

Dès le pre­mier mas­sif de sa­pins dé­pas­sé, le charme du lieu fait son ef­fet et on com­prend pour­quoi les ra­quettes sé­duisent chaque an­née de nou­veaux p ra t i q u a n t s. L e s o l e i l , chas­sant les der­niers nuages, fait scin­tiller la fine couche de pou­dreuse dé­po­sée deux jours plus tôt sur les co­ni­fères. Très vite, nous ar­ri­vons sur les lieux d’un an­cien golf. Ca­ché au mi­lieu de quelques arbres, un clo­cher so­li­taire dé­fie les quatre vents de ses murs de gruyère.

Prendre le temps

Au­jourd’hui, Mi­chel l’as­sure, les condi­tions sont idéales. Deux couches de neige, la plus an­cienne tom­bée la se­maine der­nière, a eu le temps de dur­cir, em­pê­chant qu’on s’en­fonce. Par­des­sus, une lé­gère couche sèche ne colle pas et nous as­sure quand même le plai­sir d’en­tendre cra­quer nos pas sur un pla­teau qua­si vierge.

Fré­dé­ric et Ju­lie, ori­gi­naire d’Eure­et­Loir sont des amou­reux de ba­lade. Cette an­née, ils ont vou­lu y ajou­ter le plai­sir de la neige : « Ce sont des va­cances re­pos to­tal. On est dans la na­ture, on prend le temps et on voit des trucs qu’on ne voit pas for­cé­ment en ski. En plus, c’est moins cher. »

Puis nous ar­ri­vons sur un pla­teau, plus ex­po­sé au vent. La blanche est plus dure, moins agréable sous la ra­quette. Le pay­sage qui s’offre à nous est qua­si lu­naire. Quelques plantes vi­vaces cou­chées par le vent et quelques ro­chers pointent le bout de leur nez.

Mi­chel, lui, a com­men­cé à or­ga­ni­ser des ba­lades en ra­quettes dès 1993, sans vrai­ment trop y croire. « Au dé­but, les loueurs ne vou­laient même pas en en­tendre par­ler. Puis ça s’est mis à bien mar­cher. Main­te­nant, le pu­blic se re­nou­velle chaque an­née. L’avan­tage ? C’est de la m a rc h e l u d i q u e p a rc e qu’il y a la neige et c’est moins tech­nique que le ski de fond. »

Gwen­do­line vient du Fi­nis­tère, avec Selim, son fils. Pour eux, la ra­quette est aus­si une autre fa­çon de pro­fi­ter de la neige : « C’est la pre­mière fois qu’on en fait. On skie aus­si, mais là, c’est pour se perdre dans la na­ture ».

Ar­ri­vés sur la deuxième par­tie du par­cours, nous dé­cou­vrons que la pra­tique des ra­quettes, si elle est ac­ces­sible à tous peut aus­si s’avé­rer phy­sique.

Quelques val­lon­ne­ments viennent mettre à l’épreuve notre souffle et notre sens de l’équi­libre. « Là pour des­cendre, il faut se mettre sur les ta­lons. » Si­non, c’est la chute, pas vrai­ment dou­lou­reuse, mais c’est tou­jours désa­gréable d’être trem­pé. Puis ce sont les tour­bières. Ici, il faut res­ter dans la trace de Mi­chel, pour ne pas plan­ter les ra­quettes. Car le risque est de mettre un pied d’eau, de se re­trou­ver avec cinq cen­ti­mètres de tourbe col­lés sous les se­melles, qui en de­viennent deux fois plus lourdes et glis­santes. Preuve que si la ra­quette est lu­dique et ac­ces­sible à tous, elle né­ces­site quand même une bonne connais­sance du ter­rain ou la pré­sence d’un guide.

RAN­DO.

De­puis quelques an­nées, la ra­quette a le vent en poupe. Ses afi­cio­na­dos sont de plus en plus nom­breux à se lan­cer dans les grands es­paces en­nei­gés ra­quettes aux pieds.

PHO­TO JEAN-LOUIS GORCE

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.