157 jours de RTT don­nés par so­li­da­ri­té

Une in­fir­mière creu­soise a pu res­ter neuf mois près de son en­fant ma­lade grâce à ses col­lègues de tra­vail

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - RÉGION - Maxime Es­cot maxime.es­cot@cen­tre­france.com

An­gé­lique Buxe­raud a re­çu 157 jours de re­pos de ses col­lègues pour s’oc­cu­per de sa fille at­teinte de mal­for­ma­tions ré­nales.

Adr iane va fê­ter ses deux ans avec sa grande soeur, Anaïs, son grand frère, Co­ren­tin, et ses deux pa­rents, An­gé­lique et Sé­bas­tien Buxe­raud, dans leur mai­son de Bellegarde­en­Marche (Creuse). Comme n’im­porte quelle pe­tite fille. Pour­tant, si on avait dit ce­la à sa ma­man en avril der­nier, quand on a en­le­vé un rein à sa pe­tite der­nière, elle ne l’au­rait pas cru. Au to­tal, 157 em­ployés du centre hos­pi­ta­lier d’Aubusson, par­mi les­quels tous ceux de l’Ehpad Saint­Jean ont don­né un jour de RTT pour per­mettre à leur col­lègue de pas­ser neuf mois aux cô­tés de son en­fant ma­lade.

Nous sommes en no­vembre 2014. Adriane, pe­tite fille de neuf mois née avec plu­sieurs mal­for­ma­tions, doit être hos­pi­ta­li­sée au pôle mère­en­fant de Li­moges. Au bou­lot, c’est dif­fi­cile. In­fir­mière de­puis 2012 à l’Ehpad S a i n t ­J e a n d’Aubusson, An­gé­lique prend ré­gu­liè­re­ment des jours.

Une lueur d’es­poir dans le déses­poir

Mais plu­sieurs pro­fes­sion­nels de san­té ont pro­po­sé de faire un don de jour de re­pos. Sol­li­ci­tée, la di­rec­tion ac­cepte et dé­cide d’étendre la pro­po­si­tion à l’en­semble du centre hos­ pi­ta­lier d’Aubusson. Au fi­nal, ce sont 157 per­sonnes, dont cer­tains n’ont ja­mais tra­vaillé avec elle, qui vont of­frir à leur col­lègue un jour de re­pos pour lui per­mettre de s’oc­cu­per de sa fille. « Il y a eu un vrai beau mou­ve­ment de so­li­da­ri­té », sou­rit la cadre de san­té Éve­lyne Pin­lon. Pour beau­coup, c’est juste nor­mal. Pour Sé­bas­tien et An­gé­lique Buxe­raud, c’est alors

« la lueur d’es­poir dans notre déses­poir ».

Pen­dant neuf mois, An­gé­lique a pu être, avec son ma­ri, aux cô­tés de sa fille pour sur­mon­ter les opé­ra­tions et les épreuves. « Ils ne se rendent pas compte de ce qu’ils ont fait mais hon­nê­te­ment, sans ce­la, je n e s a i s p a s s i Ad r i a n e au­rait sur­vé­cu, se re­mé­more­t­elle. Je me suis dit, nous ne sommes plus tout seuls. Au bloc, ils étaient là, tous avec nous. » Au­jourd’hui, Adriane va bien. Elle est ré­gu­liè­re­ment sui­vie et de­vra su­bir d’autres in­ter­ven­tions dans quelques an­nées. Le plus dur semble der­rière elle, « même si l’an­goisse est tou­jours là » pour ses pa­rents.

Sa ma­man, elle, a pu re­prendre le tra­vail, se­reine, au mois de dé­cembre. Elle a re­trou­vé avec bon­heur ses col­lègues. « J’étais très heu­reuse de re­prendre et c e l a m’ a f a i t c h a u d a u coeur de re­voir tous ceux qui nous ont ai­dés à sau­ver la vie de notre pe­tite fille », s’émeut l’in­fir­mière. Et de conclure, les yeux em­bués par l’émo­tion, « je tra­vaille vrai­ment avec des gens for­mi­dables et il n’y a pas un seul jour où je ne pense pas à ce qu’ils ont fait pour moi ».

HEU­REUX. Ce geste de so­li­da­ri­té a per­mis au couple Buxe­raud de pas­ser un cap dif­fi­cile. « Je ne pense pas que tout le monde l’au­rait fait », as­sure Sé­bas­tien, re­con­nais­sant en­vers les col­lègues de son épouse. PHO­TO BRU­NO BARLIER

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