L’Eu­rope pri­vi­lé­gie­ra le re­cours aux ONG

Com­ment dis­tri­buer 3 mil­liards d’eu­ros d’aide aux ré­fu­giés ?

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - RÉGION - Pro­pos re­cueillis par Mar­cel Ou­dot

L’eu­ro­dé­pu­té Jean-Paul Denanot (*) était en Tur­quie, la se­maine der­nière, avec une dé­lé­ga­tion de membres de la com­mis­sion du bud­get du Par­le­ment eu­ro­péen.

A l’heure où les Sy­riens fuyaient Alep par mil­liers, une dé­lé­ga­tion de la com­mis­sion du bud­get du Par­le­ment eu­ro­péen était re­çue à An­ka­ra, puis à Ga­zian­tep où elle a vi­si­té le camp de ré­fu­giés d’Os­ma­niye, à une cin­quan­taine de ki­lo­mètres de la fron­tière et à une cen­taine d’Alep. L’eu­ro­dé­pu­té li­mou­geaud Jean­Paul Denanot ra­conte.

Quel était le but of­fi­ciel de votre dé­pla­ce­ment ? De voir quelle se­rait la meilleure fa­çon de dis­tri­buer l’aide de 3 mil­liards d’eu­ros que l’Union eu­ro­péenne ac­corde à la Tur­quie pour l’ac­cueil de 2,5 mil­lions de ré­fu­giés.

Qu’en est-il res­sor­ti ? Que le gou­ver­ne­ment turc va faire des pro­po­si­tions à l’UE pour or­ga­ni­ser cette dis­tri­bu­tion. Elle pour­rait s’ef­fec­tuer, avec l’ac­cord du gou­ver­ne­ment turc, par le biais des prin­ci­pales ONG. C’est la so­lu­tion que nous pré­co­ni­sons, pour évi­ter tout ar­bi­traire, tou­jours pos­sible.

Quelles sont les condi­tions d’ac­cueil dans le camp que vous avez vi­si­té ? Elles sont bonnes. C’est un vil­lage de toile avec tout ce qu’il faut et même un su­per­mar­ché. Les ré­si­dents peuvent sor­tir la jour­née, tra­vailler même. Et tous les en­fants sont sco­la­ri­sés : c’est l’une des exi­gences que nous avons po­sées. Les cours sont dis­pen­sés par des en­sei­gnants de l’Uni­cef, qui sont ré­tri­bués. Les frais de ges­tion des ONG re­pré­sentent de 7 % à 10 % des sommes en­ga­gées. Je soul ig n e qu’ o n dé n o m b re 900 naissances et 600 dé­cès dans le camp de­puis son ou­ver­ture en 2011. Ce­la pose un pro­blème car ces en­fants ne sont ni Turcs, ni Syr iens. C’est une si­tua­tion d’apa­tri­die créée par un vide ju­ri­dique.

Quelle est l’at­ti­tude des au­to­ri­tés turques que vous avez ren­con­trées ? Elles ma­nient ha­bi­le­ment les élé­ments de lan­gage, comme l’on dit. Le dia­logue fut plus fa­cile avec les dé­pu­tés et re­pré­sen­tants des groupes po­li­tiques.

Vous avez abor­dé la ques­tion de l’adhé­sion de la Tur­quie à l’Eu­rope… De la pré­adhé­sion à l’Eu­rope ! Pour la­quelle la Tur­quie re­çoit 600 M€ par an afin d’har­mo­ni­ser ses va­leurs av e c ce l l e s de l’Un io n eu­ro­péenne. Quinze cha­pitres sur trente­cinq ont été ou­verts et un seul re­fer­mé, ce­lui de l’en­sei­gnem en t su p é r i e u r. No u s ai­me­rions que le cha­pitre « jus­tice et li­ber­tés » soit ou­vert ra­pi­de­ment, ce­ci afin de pro­té­ger no­tam­ment la li­ber­té de la presse, gra­ve­ment me­na­cée par le gou­ver­ne­ment qua­si dic­ta­to­rial de Re­cep Tayip Er­do­gan. On a pu consta­ter, ce­pen­dant, que les Tu rc s so n t très ac­cueillants. Les trois­quarts des ré­fu­giés se sont dis­per­sés dans le pays, où ils sur­vivent comme ils peuvent. Les Turcs les ap­pellent leurs « in­vi­tés ».

(*) Ex­pré­sident PS de la Ré­gion Li­mou­sin, il est dé­pu­té eu­ro­péen pour la cir­cons­crip­tion Mas­sif cen­tral­Centre.

EU­ROPE. Pour Jean-Paul Denanot, « les ONG sont mieux à même d’or­ga­ni­ser la dis­tri­bu­tion de l’aide af­fec­tée à la Tur­quie pour l’ac­cueil des ré­fu­giés » en pro­ve­nance de Sy­rie. AR­CHIVES

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