La contre­at­taque su­perbe du 92e RI

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAG DIMANCHE - So­phie Le­clan­ché so­phie.le­clanche@cen­tre­france.com

Il y a cent ans au­jourd’hui dé­bu­tait l’em­blé­ma­tique et meur­trière ba­taille de Ver­dun. Entre le 8 et le 13 mars 1916, l’in­fan­te­rie au­ver­gnate y a per­du plus de 1.500 hommes, dont un chef de corps et ga­gné une ci­ta­tion.

as pas d’pain dans ta mu­sette, mets­y des car­touches et des gre­nades !… ». 6 mars 1916. En po­si­tion d’at­tente, à quelques ki­lo­mètres de Ver­dun, les hommes du 92e Ré­gi­ment d’In­fan­te­rie ont le ventre creux, les pieds ge­lés – il fait ­12° – mais ils ne perdent pas le sens de l’humour. Avec le 13e Corps d’Ar­mée, le ré­gi­ment au­ver­gnat est en ré­serve de­puis quelques jours. Sta­tion­nés au bois du Bou­chet, les hommes campent dans la neige. Ils sont en alerte…

De­puis la mi­fé­vrier, la nou­velle d’une of­fen­sive im­mi­nente a été confir­mée par des dé­ser­teurs al­sa­ciens. De leurs propres oreilles, ils ont en­ten­du la lec­ture de l’ordre don­né par le Kron­prinz : « La pa­trie al­le­mande est contrainte de pas­ser à l’of­fen­sive… Notre vo­lon­té de fer doit abattre l’en­ne­mi. Je donne l’ordre d’at­taque » . Le ré­pit des poi­lus ne tient qu’au fil té­nu d’une mé­téo exé­crable.

Au pas de gymnastique

Le 21 fé­vrier ce­pen­dant, un éblouis­sant so­leil hi­ver­nal ac­com­pagne le dé­luge de feu. L’ar­tille­rie al­le­mande dé­clenche les hos­ti­li­tés à 7 h 15. Le gé­né­ral Herr, com­man­dant de la ré­gion for­ti­fiée de Ver­dun, a re­nou­ve­lé ses di­rec­tives : « Ré­sis­ter coûte que coûte ; se faire ha­cher sur place plu­tôt que de re­cu­ler ». Deux se­maines plus tard, la pro­gres­sion al­le­mande est constante sur la rive gauche de la Meuse. Pri­vé de dé­fense ef­fi­cace, le fort de Douau­mont est tom­bé. La de­vise « ils ne pas­se­ront pas » est bat­tue en brèche.

Le 8 mars au ma­tin, le lieu­te­nant­co­lo­nel Ca­mille Ma­cker, chef de corps du 92e RI « al­lume son ci­gare, lève sa canne, si­gnal de l’as­saut. Neuf cents mètres sont à par­cou­rir sous les balles et les obus ; mais le co­lo­nel est là qui montre le che­min […]. » (*). La veille, l’en­ne­mi a pris le Bois des Cor­beaux. Les sol­dats du ré­gi­ment au­ver­gnat sont là pour le re­prendre.

« À 200 m de la li­sière du bois, des mi­trailleuses in­fligent des pertes sé­rieuses. Pour les di­mi­nuer on se rue sur elles au pas de gymnastique […] Les Al­le­mands se re­tranchent […] À la li­sière nord du bois, le 2e ba­taillon doit pro­lon­ger la lutte à la gre­nade ».

Le Bois des Cor­beaux est re­pris. Les pertes sont lourdes. Dans son ordre du jour, Ma­cker fé­li­cite ses hommes pour leur vaillance et sou­ligne « l’élan ma­gni­fique […] la contre­at­taque su­perbe […] sous un ou­ra­gan de feu ter­rible […] La France a le droit d’être fière du 92e RI ».

Le 10 mars, le lieu­te­nant­co­lo­nel qui vient de vivre la « plus belle heure de sa vie de sol­dat » est fau­ché par une ra­fale de mi­trailleuse em­bus­quée. Après avoir re­pous­sé les contre­at­taques en­ne­mies pen­dant deux jours, il tombe « en hé­ros sur le ter­rain conquis » aux cô­tés du com­man­dant Ar­noux, chef du 139 RI d’Au­rillac ap­pe­lé en ren­fort. La pe­tite his­toire, in­vé­ri­fiable, rap­porte que pour son der­nier ra­sage ma­ti­nal, le pré­quin­qua­gé­naire Ma­cker, pri­vé d’eau, avait dû trem­per son blai­reau dans du vin rouge…

Plus de 1.500 tués

Étê­tées, les com­pa­gnies des 92e et 139e fi­ni­ront leur pre­mière cam­pagne de Ver­dun sous les ordres du ca­pi­taine Del­bos. Le bi­lan de la ba­taille, dans ce sec­teur du Bois des Cor­beaux, du Mort­Homme et du bois de Cu­mières fait état, se­lon le Jour­nal de marche du 92e RI, de 1.500 sol­dats et 44 of­fi­ciers tués entre le 8 et le 13 mars.

La bra­voure de ses poi­lus vau­dra au ré­gi­ment cler­mon­tois sa pre­mière ci­ta­tion à l’ordre de l’ar­mée.

Après la ba­taille de la

Somme (où il gagne une 2e ci­ta­tion), le 92e re­vien­dra en dé­coudre dans la Meuse à l’été 1917. Com­man­dés par le co­lo­nel Le­jeune, les fan­tas­sins at­taquent les tran­chées al­le­mandes de « la côte 304 au bois d’Avo­court » . C’est un suc­cès avec une 3e ci­ta­tion à l’ordre de l’ar­mée dans la­quelle le gé­né­ral Guillau­mat sou­ligne : « […] du 17 au 29 août, ajou­tant à l’ar­deur ir­ré­sis­tible de ses at­taques le mé­rite d’une en­du­rance ex­cep­tion­nelle ». D’un point de vue stra­té­gique, il ap­pa­raî­tra néan­moins que la ba­taille au­ra plus mar­qué les es­prits que fait bou­ger les lignes.

(*) His­to­rique du 92e Ré­gi­ment d’in­fan­te­rie pen­dant la guerre.

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