Le ro­man comme un jeu

Avec la mort d’Um­ber­to Eco dis­pa­raît un pan de culture

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - FRANCE & MONDE -

L’écri­vain

Um­ber­to Eco, mort à 84 ans, était un uni­ver­si­taire, lin­guiste et phi­lo­sophe, qui a connu la gloire mon­diale avec « Le Nom de la rose ».

Um­ber­to Eco a réus­si un coup de maître avec son pre­mier ro­man p u b l i é e n 1 9 8 0 , à 48 ans : Le Nom de la rose s’est ven­du à plu­sieurs mil­lions d’exem­plaires et a été tra­duit en 43 langues.

Consé­cra­tion : il a été adap­té au ci­né­ma en 1986 par Jean­Jacques An­naud avec Sean Con­ne­ry dans le rôle du frère Guillaume de Bas­ker­ville, l’ex­in­qui­si­teur char­gé d’en­quê­ter sur l a m o r t s u s p e c t e d’ u n moine dans une ab­baye du nord de l’Ita­lie.

Truf­fé de la­tin, le po­lar de ce sé­mio­logue de re­nom à la ron­deur af­fable a même été la cible d’édi­tions pi­rate, no­tam­ment en arabe sous le titre Sexe au couvent…

Autre consé­quence, non né­gli­geable, « Le Nom de la rose a re­lan­cé le ro­man en Ita­lie et la lit­té­ra­ture ita­lienne à l’étran­ger. Les écr ivains ita­liens ont à nou­veau été tra­duits » , sou­ligne le cri­tique et ro­ man­cier Alain El­kann. Pe­tit­fils d’édi­teur is­su de la pe­tite bour­geoi­sie, Um­ber­to Eco a étu­dié la phi­lo­so­phie à l’Uni­ver­si­té de Tu­rin. Ce spé­cia­liste de l’his­toire mé­dié­vale, qui a tra­duit Ner­val en ita­lien et qui connais­sait par coeur Cyrano de Ber­ge­rac, a aus­si tra­vaillé pour la ra­dio­té­lé­vi­sion pu­blique ita­lienne Rai, l’oc­ca­sion pour lui d’étu­dier le trai­te­ment de la culture par les mé­dias.

Po­ly­glotte, ma­rié à une Al­le­mande, il a en­sei­gné dans plu­sieurs uni­ver­si­tés, en par­ti­cu­lier à Bo­logne où il a oc­cu­pé la chaire de sé­mio­tique jus­qu’en oc­tobre 2007, date à la­quelle il a pris sa re­traite. Eco a ex­pli­qué s’être mis sur le tard à la fic­tion car « il consi­dé­rait l’écri­ture ro­ma­nesque comme un jeu d’en­fant qu’il ne pre­nait pas au sé­rieux ».

Après Le Nom de la rose, il a no­tam­ment of­fert à ses lec­teurs Le Pen­dule de Fou­cault ( 1988), L’Île du jour d’avant ( 1994) et La Mys­té­rieuse Flamme de la reine Loa­na ( 2004). Son der­nier ro­man, Nu­mé­ro zé­ro, pu­blié en 2014, est un po­lar contem­po­rain cen­tré sur le monde de la presse.

De l’af­fec­tion pour les monstres

Il est aus­si l’au­teur de di­zaines d’es­sais sur des su­jets aus­si éclec­tiques que l’es­thé­tique mé­dié­vale, la poé­tique de Joyce, la mém o i re v é g é t a l e, Ja m e s Bond, l’art du faux, l’his­toire de la beau­té ou celle de la lai­deur.

« Le beau se si­tue à l’in­té­rieur de cer­taines li­mites tan­dis que le laid est in­fi­ni, donc plus com­plexe, plus va­rié, plus amu­sant », ex­pli­quait­il en 2007, ajou­tant qu’il avait « tou­jours eu de l’af­fec­tion pour les monstres ».

Af­fir­mant « écrire pour s’amu­ser », Il Pro­fes­sore – des yeux ma­li­cieux der­rière des lu­nettes et une barbe blanche – était aus­si bi­blio­phile et pos­sé­dait plus de 30.000 titres dont des édi­tions rares.

IL PRO­FES­SORE.

Il af­fir­mait « écrire pour s’amu­ser ».

PHO­TO AFP

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