An­naud: « Un éru­dit et un bon vi­vant »

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - FRANCE & MONDE -

Ami de trente ans de l’écri­vain ita­lien Um­ber­to Eco dont il a adap­té le ro­man Le Nom de la rose au ci­né­ma, le réa­li­sa­teur fran­çais Jean-Jacques An­naud évoque « un per­son­nage inou­bliable, un mo­dèle ».

Com­ment dé­cri­riez- vous Um­ber­to Eco ? Un im­mense éru­dit et un très bon vi­vant. Un jour, j’en­tends un ma­gni­fique so­lo de flûte, c’était Um­ber­to qui in­ter­pré­tait Vi­val­di. Après, on est al­lés man­ger dans un bis­trot du coin, des pâtes au fro­mage dont il s’est goin­fré. C’était ça, Um­ber­to. Un per­son­nage d’une gaie­té folle. Les su­jets les plus tri­viaux l’in­té­res­saient. Je me sou­viens avoir vi­si­té avec lui une in­dus­trie de confec­tion en Ita­lie. Il était fas­ci­né de voir com­ ment les dames cou­saient les che­mises, la pro­ve­nance du tex­tile. Il avait une sorte de gour­man­dise, de joie à pa­tau­ger dans la connais­sance… et une mé­moire in­croyable.

Com­ment s’est pas­sé le tour­nage du « Nom de la rose » ? Um­ber­to était ca­tas­tro­phé par le choix de Sean Con­ne­ry jus­qu’au mo­ment où il a vu le film, m’a em­bras­sé cha­leu­reu­se­ment et dit : « Ce que je crai­gnais le plus, c’est peut­être ce que tu as réus­si de mieux. »

S’at­ten­dait- il à un tel suc­cès ? Il a plus ou moins écrit ce livre comme un gag pour ses étu­diants, en ra­jou­tant des élé­ments d’éru­di­tion qui n’étaient pas faits pour être lus. Quand il a ap­pris les ré­sul­tats des ventes en Al­le­magne et en France, il n’en re­ve­nait pas, moi non plus d’ailleurs. Je croyais avoir ac­quis les droits d’un livre obs­cur que per­sonne ne li­rait. Il était tel­le­ment convain­cu que son livre ne mar­che­rait pas qu’il l’a ven­du pour une bou­chée de pain, qui lui a per­mis d’ache­ter seule­ment la moi­tié d’une voi­ture d’oc­ca­sion de cou­leur orange, qu’on ap­pe­lait « la lan­gouste ».

Quels étaient ses liens avec la France ? Il avait un ap­par­te­ment à Pa­ris (dans le 6e), il ve­nait très ré­gu­liè­re­ment sans le dire à per­sonne. Il était très lié à ses édi­teurs chez Gras­set et par­lait fran­çais ad­mi­ra­ble­ment. Il ado­rait flâ­ner dans Pa­ris, faire les li­brai­ries, les mu­sées…

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