Le sanc­tuaire de la paix re­trou­vée

Des mil­liers de morts in­hu­més après la fin du conflit

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - VERDUN - Y. C.

Haut lieu de l’iden­ti­té na­tio­nale, Ver­dun n’était pour­tant, au sor­tir de la Pre­mière Guerre, qu’un im­mense bour­bier constel­lé de trous d’obus, de fer­railles. Et de ca­davres.

Connais­sant le champ de ba­taille, l’évêque de Ver­dun, Mgr Charles Gi­nis­ty – sur­nom­mé « l’évêque des sol­dats » , en rai­son de ses nom­breuses vi­sites sur le front de­puis sa nomination en 1914 – avait lan­cé à Pa­ris, en fé­vrier 1919, l’idée d’un os­suaire à Douau­mont.

130.000 sol­dats in­con­nus

Dans un pre­mier temps, les restes re­trou­vés sur les sites étaient dé­po­sés par sec­teurs dans une ba­raque en bois. L’écri­vain Pierre Le­maître, prix Gon­court 2013 pour son ro­man Au re­voir là­haut ( Al­bin Mi­chel), évoque cette pé­riode dans toute son hor­reur.

En 1920 fut po­sée la pre­mière pierre, sans que le p ro j e t d é f i n i t i f a i t é t é choi­si. La pre­mière inau­gu­ra­tion a eu lieu en sep­tembre 1927 et la dé­fi­ni­tive en 1932. Éri­gé sur fonds pr ivés es­sen­tiel­le­ment, l’os­suaire porte quatre lourds cru­ci­fix sur une tour évo­quant un clo­cher ; le bâ­ti­ment abrite 130.000 sol­dats in­con­nus, al­le­mands et fran­çais, in­dé­fec­ti­ble­ment mê­lés. En face de l’os­suaire se trouve un im­mense ci­me­tière com­po­sé de 16.142 tom­ bes in­di­vi­duelles de sol­dats fran­çais, dont un car­ré pour 592 sol­dats mu­sul­mans de l’Em­pire co­lo­nial.

Bles­sé et fait pri­son­nier en mars 1916 près de Douau­mont, Charles de Gaulle dé­cla­ra, lors de la cé­lé­bra­tion du cin­quan­te­naire de la ba­taille : « Si, par mal­heur, […] l’usure de l’âge me­na le ma­ré­chal Pé­tain à des dé­faillances condam­nables, la gloire qu’il avait ac­quise à Ver­dun ne sau­rait être ni contes­tée ni mé­con­nue par la pa­trie. »

De­puis long­temps, Douau­mont est un bloc de mé­moire fran­çaise, mais aus­si eu­ro­péenne. Dans un geste his­to­rique, Fran­çois Mit­ter­rand pr it la main du chan­ce­lier al­le­mand Hel­mut Kohl, lors d’une cé­ré­mo­nie, le 22 sep­tembre 1984, an­ti­ci­pant la ren­contre pro­chaine de Fran­çois Hol­lande et d’An­ge­la Mer­kel.

NÉ­CRO­POLE.

Des tombes à perte de vue.

PHO­TO AR­CHIVES AFP

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