Sous les flo­cons du San­cy, une flamme

Un pre­mier de l’An sous des bour­rasques de neige et à la lueur d’un flam­beau. C’est le dé­fi qu’ont re­le­vé cinq Mont­lu­çon­nais au nom de l’olympisme, en 1968. Guy Tour­nade, ins­tal­lé à Lemp­ty, se sou­vient.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - PUY-DE-DÔME - Fran­çois Jaul­hac fran­cois.jaul­hac@cen­tre­france.com

Près de cin­quante ans ont pas­sé, mais la flamme brille tou­jours dans les yeux de Guy Tour­nade. Et dans son pa­villon de Lemp­ty, sur cette Li­magne ou­verte sur les monts du San­cy en­nei­gés ce jour­là, il en sou­rit en­core.

Le 1er jan­vier 1968, il fait en ef­fet par­tie d’un groupe de cinq Mont­lu­çon­nais char­gé de convoyer dans le San­cy la flamme des Jeux Olym­piques d’hi­ver, or­ga­ni­sés cette an­née­là à Gre­noble.

Âgé de 21 ans, Guy est alors membre de la sec­tion de Mont­lu­çon du Club al­pin fran­çais (CAF). « Je ne fai­sais pas de sla­lom, mais du ski de fond, de la ran­do », se sou­vien­til. Un pro­fil qui colle avec ce­lui des por­teurs re­cher­chés par le co­mi­té d’or­ga­ni­sa­tion. « Le 1e jan­vier 1968, on est tous (*) par­tis au pied du San­cy pour mon­ter à pied par le cou­loir de la piste B », ra­conte Guy. Sauf que les élé­ments, ce jour­ là, sont mau­vais joueurs.

Un vent à 100 km/h

Une épaisse brume et une tem­pête sa­luent l’ar­ri­vée des re­layeurs qui doivent re­trou­ver au som­met du Fer­rand les mo­ni­teurs de Su­per Besse. « Il y avait un vent à 100 km/ h qui des­cen­dait du sud, c’était épou­van­table. Le San­cy, quand ça souffle, il y a dé­jà eu des morts ». Qu’im­porte. Dans ces condi­tions dan­tesques, la pre­mière par­tie de la mon­tée se fait dans une té­lé­ca­bine, ex­cep­tion­nel­le­ment ou­verte pour l’oc­ca­sion.

L’équi­pée, ré­duite à cinq Mont­lu­çon­nais es­cor­tant les mo­ni­teurs de l’école de ski du Mont­Dore, par ­ vient à son but mais « quand nous sommes ar­ri­vés, et que nous avons vou­lu sor­tir, le vent a souf­flé la flamme du flam­beau ! »

C’est la pa­nique, mais la flamme d’Olym­pie est en­core pré­sente dans une flamme de se­cours ­ une lampe de mi­neur ­ où elle fi­ni­ra son épo­pée, en­fouie dans le sac à dos de Georges Lan­drière. Le pé­riple de la flamme n’est pour­tant pas fi­ni car au som­met… il n’y a per­sonne !

« Un brouillard pas pos­sible »

« On est re­des­cen­dus à la ca­bane de dé­part du ti­re­fesses, il n’y avait tou­jours per­sonne ». Re­pa­nique, et re­mon­tée vers le som­met : « il y avait un brouillard pas pos­sible, on ne voyait pas à trois mètres des spa­tules ». Il fau­dra en­core une des­cente pour que, fi­na­le­ment, les deux groupes ne se re­trouvent et passent en­semble le som­met, « à ge­noux » sous les bour­rasques de vent, avant de re­des­cendre vers la sta­tion où la flamme se­ra re­mise « aux fon­deurs de Picherande et d’Égli­se­Neuve », rap­porte La Mon­tagne du 2 jan­vier 1968.

« C’était ter­rible ce jour­là » , com­plète Guy qui, des JO de 1968, n’au­ra vu fi­na­le­ment que ce pas­sage de flamme. « Je tra­vaillais alors aux Éta­blis­se­ments Caux, à Mont­lu­çon. Et je n’avais pas de va­cances », sou­rit­il. Mais pour la pe­tite his­toire, sa femme, Lo­li­ta, était, elle, du voyage. « Ma soeur ha­bi­tait Gre­noble, on a pu as­sis­ter aux épreuves de saut à ski à Saint­Ni­zier­du­Mou­che­rotte », rit­elle.

Ce couple de fon­du du ski vi­vra quand même « ses » JO, en 1992, à Al­bert­ville, par­mi le pu­blic. Et la flamme de cette grand­messe du sport ne s’est pas éteinte chez Guy et Lo­li­ta prêts à par­tir faire la fête, en 2018, à Gre­noble, pour le ju­bi­lé des JO que pré­pare le Conser­va­toire ob­ser­va­toire la­bo­ra­toire des Jeux Olym­piques de Gre­noble (COLJOG). Et Guy es­père bien être du voyage. Cette fois.

(*) Ils sont alors 12 membres du CAF Mont­lu­çon : Georges Jan­ner, Ro­bert Ri­vière, Mau­rice Mou­rier, Jacques Pe­tit, Fran­çois Le­po­gan, Guy Serre, Jean Du­chier, An­ny Jan­ner, Re­né Pape, Ber­nard Flou­zat, Guy Tour­nade et Georges Lan­drière.

« Le vent a souf­flé la flamme du flam­beau ! »

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