Pé­né­lope se bat contre la pré­ca­ri­té

Re­con­nue comme En­tre­prise so­li­daire d’uti­li­té so­ciale, Pé­né­lope cherche au­jourd’hui à ac­croître sa vi­si­bi­li­té, no­tam­ment au­près des chefs d’en­tre­prise, pour ré­in­sé­rer au mieux ses sa­la­riés dans la vie ac­tive.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAG DIMANCHE - Ro­main Beal

Dans les vastes lo­caux mont­lu­çon­nais de 3.000 m2, sis dans la zone de Nerdre, l’as­so­cia­tion d’in­ser­tion Pé­né­lope conti­nue de tis­ser sa toile, et ce de­puis plus de vingt ans.

Fon­dée en 1993, son ob­jec­tif prin­ci­pal reste l’in­ser­tion ou la ré­in­ser­tion par le tra­vail. Ses maîtres mots? Pro­fes­sion­na­li­sa­tion, for­ma­tion, évo­lu­tion so­ciale, et ac­cès à l’em­ploi. « On garde une image de col­lec­teurs de tis­sus usa­gés qui nous colle à la peau », se dé­sole le di­rec­teur de l’as­so­cia­tion, Di­dier Na­vet.

Car chez Pé­né­lope, on tra­vaille le tex­tile, mais pas en di­let­tante. Avec 72 sa­la­riés ( ma­jo­ri­tai­re­ment des femmes), l’as­so­cia­tion est digne d’une PME, et agit comme telle. Une chance pour les em­ployés, sou­vent en perte de re­pères, de se ( re) connec­ter aux réa­li­tés de la vie ac­tive.

« Notre fonc­tion­ne­ment in­terne est ce­lui d’une vé­ri­table en­tre­prise », in­siste le di­rec­teur. D’ailleurs, dans le dé­dale de cou­loirs et de salles qui s’en­che­vêtrent, on peut aper­ce­voir une poin­teuse.

Six postes de tri sont ré­par­tis sur 1.100 m2, entre les chaus­sures, les vê­te­ments, les sacs… Tout est éti­que­té et in­for­ma­ti­sé pour une ges­tion op­ti­male des stocks.

Un peu plus loin, trois femmes s’ac­tivent, fer à re­pas­ser in­dus­tr iel à la main. En­core plus loin, un lo­cal est dé­dié au la­va­ge­sé­chage. Tout est ré­glé comme une hor­loge, pour pou­voir as­su­rer les li­vrai­sons tri­heb­do­ma­daires des mar­dis, mer­cre­dis et jeu­dis.

De la col­lecte des vê­te­ments, en pas­sant par le tri, la re­touche, le re­pas­sage, et la re­vente via des ma­ga­sins en centre­ville, Pé­né­lope gère l’in­té­gra­li­té de la chaîne. Un ser­vice de re­pas­sage, de lavage et de re­touche pour les par­ti­cu­liers est éga­le­ment pro­po­sé.

Sans par­ler du vaste ma­

ga­sin sur place qui offre près de 5.000 pièces de cos­tumes de dé­gui­se­ment à la lo­ca­tion.

« Le tex­tile n’est qu’un sup­port d’ac­ti­vi­té, in­siste Di­dier Na­vet. Notre coeur de tra­vail reste l’in­ser­tion. Tout est pré­texte à la for­ma­tion de nos sa­la­riés. »

D’ailleurs, au­jourd’hui, dans le bu­reau d’étude oc­cu­pé ha­bi­tuel­le­ment par l’équipe de la sty­liste et mo­dé­liste Si­hem Mes­sal­ti, il n’y a pas un chat. Tout le monde est en for­ma­tion avec Laure Du Pa­villon, de Coeur d’En­tre­pr ise, an­cienne di­rec­trice de com­mu­ni­ca­tion dans les métiers du luxe et de la mode, et qui a no­tam­ment tra­vaillé avec Ch­ris­tian La­croix et Ni­na Ric­ci.

Avec elle, les sa­la­riés ap­prennent les bases de l’ac­cueil et de la pré­sen­ta­tion de soi, es­sen­tielles aux équipes de ven­deuses.

L’as­so­cia­tion est éga­le­ment agréée pres­ta­taire de for­ma­tion, et donne en in­terne des cours d’al­pha­bé­

ti­sa­tion ou d’in­for­ma­tique. Les sa­la­riés em­bau­chés en CDDI (contrat à du­rée in­dé­ter­mi­née d’in­ser­tion) doivent obli­ga­toi­re­ment pré­pa­rer un pro­jet pro­fes­sion­nel et sont sui­vis par deux conseillères en in­ser­tion pro­fes­sion­nelle.

Dé­fi­lé de mode

L’an­née der­nière, Pé­né­lope a par­ti­ci­pé de près ou de loin à trente ma­ni­fes­ta­tions cultu­relles. Avec en

point d’orgue, le fa­meux dé­fi­lé de mode or­ga­ni­sé le 6 no­vembre à Atha­nor, pré­sen­tant des te­nues toutes des­si­nées par Si­hem Mes­sal­ti et por­tées par des sa­la­riées dePé­nél ope, man­ne­quins éva­nes­centes d’ une jour­née, de­vant quelque 1.800 per­sonnes.

Dé­fi­lé qui a éga­le­ment ser­vi au lan­ce­ment d’une nou­velle ligne de créa­tion, dis­po­nible dans les six ma­ga­sins qu’a ou­verts

l’as­so­cia­tion, entre Mou­lins, Mont­lu­çon, et bien­tôt Malicorne ( voir ci­des

sous).

Sub­ven­tion­née en ma­jo­ri­té par l’État via la Di­reccte (Di­rec­tion ré­gio­nale des en­tre­prises, de la concur­rence, de la consom­ma­tion, du tra­vail et de l’em­ploi), Pé­né­lope doit cette an­née faire face à une baisse des sub­ven­tions du Con­seil dé­par­te­men­tal de 45 %.

« Le taux de bé­né­fi­ciaires du RSA aug­mente de­puis près de trois ans dans l’Al­lier, qui est le dé­par­te­ment le plus pauvre de la ré­gion, lance Di­dier Na­vet. Pour ré­gler ce pro­blème et ra­me­ner les per­sonnes les plus éloi­gnées du mar­ché de l’em­ploi, les en­tre­prises d’in­ser­tion et les chan­tiers d’in­ser­tion sont les pre­miers rem­parts, mais ils sont bien trop sou­vent dé­va­lo­ri­sés. Ici, par exemple, on em­bauche une tren­taine de per­sonnes qui étaient au RSA, c’est du concret. »

« Le tex­tile n’est qu’un sup­port d’ac­ti­vi­té »

PHO­TO FLORIAN SALESSE

PRO­FES­SION­NA­LISME. L’as­so­cia­tion met gra­tui­te­ment à dis­po­si­tion des en­tre­prises ses sa­la­riés for­més, par le biais de pé­riodes d’im­mer­sion qui vont d’une à deux se­maines. « On veut se faire connaître des chefs d’en­tre­prise » in­siste Di­dier Na­vet, le di­rec­teur de Pé­né­lope.

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