À contre­temps

No­ter au jour le jour les me­nus faits d’une vie, d’une époque avant que le temps ne trans­forme ce qui fut. Consi­gner le tout dans des Car­nets.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAG DIMANCHE - Da­niel Martin da­niel.martin@cen­tre­france.com

Chaque ma­tin, « De­bout à six heures, ciel voi­lé » ou « De­bout à cinq heures. Le temps a chan­gé. Aux sombres nuées qui pe­saient, hier, sur la terre a suc­cé­dé un ciel clair » . La jour­née peut com­men­cer.

Il sub­siste chez Pierre Ber­gou­nioux, né à Brive où il a gran­di, quelque chose de pro­vin­cial. Loin­tain hé­ri­tage de ses an­cêtres pay­sans dont il au­rait pu se la­ver, se dé­faire, de­puis si long­temps qu’il vit en ban­lieue pa­ri­sienne.

Pa­ris et la Cor­rèze, deux pôles, entre les­quels il par­tage son exis­tence. À l’un, il ré­serve le tra­vail ; à l’autre, les va­cances, la sculp­ture. Les re­lie par de fré­quents voyages en voi­ture pour les­quels il em­prunte la RN89, de pré­fé­rence à l’au­to­route.

De me­nus faits qu’il con­ signe scru­pu­leu­se­ment de­puis des an­nées. Ce qui ajoute à ses Car­nets (*), pour l’es­sen­tiel in­times, des notes cli­ma­tiques et géo­gra­phiques.

Il consigne tout, au jour le jour, ce qu’il voit, res­ sent ; les siens, ses proches, ses amis : toute une ga­laxie d’êtres qui agissent, rient ou meurent et de­viennent, au fil des pages, des per­son­nages dont on aime suivre les aven­tures. Il dit en­core le dé­tour de ses pen­sées, ses lec­tures, ses tra­vaux et son corps vieillis­sant, at­teint d’un mal qui le laisse par­fois au bord du ver­tige, proche de l’éva­nouis­se­ment. Fra­gile. Un ef­fet du temps qui passe.

Ce temps contre le­quel il lutte sans re­lâche. Un com­bat bien in­utile s’il n’écri­vait comme il le fait, dans ses ro­mans, ses Car­nets, pour dire au plus près ce qui fut. En por­ter le té­moi­gnage. Le léguer au fu­tur pour qu’il s’en nour­ris se. Avant que la mé­moire n’en perde la trace, le trans­forme ou l’en­jo­live. Tra­vers au­quel il lui ar­rive pour­tant de cé­der : « Nous avons tout eu tout de suite, et tout nous est re­ti­ré, dé­jà. Se­rait­ce plus sup­por­table si nous n’avions d’abord été si heu­reux ? »

(*) Ce vo­lume est le qua­trième d’une sé­rie qui couvre trois dé­cen­nies de 1980 à 2010 ( Ver­dier).

FRÉ­DÉ­RIC LHERPINIÈRE

BER­GOU­NIOUX. Une oeuvre ma­jeure.

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