Mi­li­tant du temps par­ta­gé

Pour Pierre Lar­rou­tu­rou, il faut agir sur la du­rée du tra­vail

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - FRANCE & MONDE - Ber­nard Sté­phan ber­nard.ste­phan@cen­tre­far­nec.com

Mi­li­tant de la pri­maire à gauche et de la ré­duc­tion du temps de tra­vail, le pré­sident de Nou­velle Donne met en garde contre l’ex­plo­sion so­ciale qui me­nace.

Ja­mais de ré­pit chez cet homme bran­ché sur 100.000 volts. Dans son der­nier livre pu­blié chez Fayard, il n’en dé­mord pas, la France fait fausse route. Et il mar­tèle : « Les éco­no­mies du Ja­pon, de la Chine, du Ca­na­da, des États­Unis ne vont pas bien. Et nous, on croit à la crois­sance. On est di­ri­gé par des sourds et des aveugles ! »

Mille mil­liards pour re­lan­cer l’ac­ti­vi­té

Mais pas d’in­dul­gence pour l’Eu­rope. Pour Pierre Lar­rou­tu­rou, l’Union à 28 est ma­lade et elle voit ses li­mites : « Il n’y a qu’une so­lu­tion, re­ve­nir à neuf ou dix pays dont le noyau des fon­da­teurs. Il faut des pays qui aient la même am­bi­tion pour une Eu­rope so­ciale. » Pas d’in­dul­gence non plus pour la Banque cen­tale eu­ro­péenne. « Cette banque va créer 1.000 mil­liards d’eu­ros pour ai­der les banques en es­pé­rant que ça ai­de­ra la crois­sance. Nous, on dit “ré­or ien­tons ces 1.000 mil­liards”. Met­tonsles sur les bâ­ti­ments pour réa­li­ser la tran­si­tion éner­gé­tique. Et c’est un chan­tier sur vingt ans pour la France avec la pro­messe de créer 300.000 em­plois ! »

Quand au Brexit, Pierre Lar­rou­tu­rou n’y va pas par quatre che­mins : « Tant pis si l’An­gle­terre s’en va ! Nous, on doit tra­vailler à une Eu­rope dé­mo­cra­tique et po­li­tique qui est va­li­dée tous les cinq ans par le vote des peuples. »

Pour une pri­maire avec Hol­lande

Concer­nant la po­li­tique in­té­rieure, le pré­sident de Nou­velle Donne est un mi­li­tant de la pri­maire à gauche. « Nous ne pou­vons pas res­ter ain­si ; je pense que nous sommes dans une si­tua­tion in­flam­mable. Sou­ve­nez­vous, j’ai été le seul à an­non­cer la crise de 2008. Alors, main­te­nant, on me dit qu’on va sau­ter 2017 et at­tendre 2022. C’est scan­da­leux ! Il faut au contraire tra­vailler pour qu’une équipe ca­pable de ré­for­mer et de ré­pondre aux at­tentes du peuple ar­rive aux ma­nettes. Je ne me ré­signe pas ! Et ça passe par un dé­bat à gauche. »

Et Pierre Lar­rou­tu­rou écarte d’un re­vers l’ar­gu­ment se­lon le­quel le pré­sident sor­tant ne par­ti­cipe rait pas à une pri­maire. « Au nom de quoi ? Il y a cinq ans, Hol­lande a dit qu’en toutes cir­cons­tances il doit y avoir des pri­maires à gauche. Alors, ex­cu­sez­moi, avec le bi­lan de Hol­lande, le pays risque l’ex­plo­sion. Au nom de quoi, dites­moi, il est au­ des­sus de la mê­lée et il ne pas­se­rait pas par la pri­maire ? »

Au cha­pitre des dos­siers pour les­quels Pierre Lar­rou­tu­rou veut se battre dans le cadre du dé­bat à ve­nir, il y a la ré­duc­tion du temps de tra­vail. « Le rêve d’un tra­vail pour tous à temps plein est une illu­sion ! » Et, ajoute­t­il, « il faut un nou­veau contrat social avec, au centre, le par­tage du temps de tra­vail. Et don­ner à cette so­cié­té une pers­pec­tive. Parce que si les bus Ma­cron c’est l’ul­time es­poir de la gauche, où va­t­on ? ».

« Re­don­ner du temps libre »

« Non », ré­plique le pré­sident de Nou­velle Donne, « il faut une ré­duc­tion très forte du temps de tra­vail avec la se­maine de quatre jours. Il faut re­don­ner du temps libre pour s’im­pli­quer dans l’as­so­cia­tif, dans le quar­tier, dans le vil­lage, et en même temps of­frir du temps dis­po­nible pour de nou­veaux em­bau­chés dans l’en­tre­prise. »

Mouche du coche, em­pê­cheur de tour­ner en rond, Pierre Lar­rou­tu­rou dé­fend avec pas­sion sa double idée de ré­duc­tion du temps de tra­vail et de fi­nan­ce­ment d’un grand plan de tran­si­tion éner­gé­tique dans le bâ­ti­ment par l’Union eu­ro­péenne. Pour lui, la clé c’est un pro­jet pré­si­den­tiel va­li­dé par le peuple. Il en­tend d’une ma­nière ou d’une autre être à ce ren­dez­vous.

PIERRE LAR­ROU­TU­ROU. « Même aux Etats-Unis, la du­rée moyenne de tra­vail heb­do est de 33,4 heures ! » PHO­TO P. PROUST

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