Van Gogh et les autres à Cler­mont­Fer­rand

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - LA UNE - PHO­TO RI­CHARD BRU­NEL

EX­PO­SI­TION. Le Mu­sée d’art Ro­ger­-Quilliot, à Cler­mont, ac­cueille jus­qu’au 5 juin 40 toiles dont 37 au­to­por­traits du mu­sée d’Or­say à Pa­ris.

TOILES. Par­mi les plus fa­meuses oeuvres pré­sen­tées, des toiles de Gau­guin, Van Gogh (pho­to), Cour­bet, Cé­zanne, Mo­net, De­gas, Pis­sar­ro, Sé­ru­sier…

Claude Mo­net proche des Nym­phéas

Du mu­sée d’Or­say à Cler­mont en pas­sant par Nan­cy puis Quim­per en­suite. Qua­rante toiles, dont 37 au­to­por­traits sont à voir jus­qu’au 5 juin au Mu­sée d’art Ro­ger Quilliot. L’art des­cend en ré­gion ; Vincent (Van Gogh), Paul (Gau­guin), Gus­tave (Cour­bet) et les autres nous rendent vi­site.

Ils sont ar­ri­vés du mu­sée d’Or­say à Par is sous haute pro­tec­tion le week­end der­nier. Ils quit­te­ront Cler­mont­Fer­rand pour Quim­per en toute dis­cré­tion entre le 6 et le 15 juin. Ce ca­mion très spécial ( voir par ailleurs) trans­porte des ar­tistes d’un genre sin­gu­lier. Vincent Van Gogh, Paul Gau­guin, Paul Cé­zanne, Gus­tave Cour­bet, Ed­gar De­gas, Claude Mo­net sont les plus connus. Ces « Au­to­por­traits du mu­sée d’Or­say » laissent pour la pre­mière fois la ca­pi­tale et leur écrin pa­ri­sien pour d’autres lieux en Lor­raine, Au­vergne et Bre­tagne. Cette mu­tua­li­sa­tion des moyens et des frais a per­ mis ce tour de France et offre à voir 40 oeuvres (dont 37 au­to­por­traits) de 1848 à 1917 au Mu­sée d’art Ro­ger­ Qu il lio­tà Cler­mont (MARQ). Ou­verte ven­dre­di, l’ex­po­si­tion at­tire dé­jà les foules. Ven­dre­di ma­tin, le nombre de vi­si­teurs a été mul­ti­plié par dix par rap­port à un jour or­di­naire.

Au pre­mier étage du bâ­ti­ment, la cha­pelle des Ur­su­lines nous ac­cueille avec une grande toile de Claude Mo­net, Coin d’ate­lier. Le pre­mier ta­bleau sur les trois à ne pas être un au­to­por­trait. Quoique. Cette oeuvre de jeu­nesse s’ouvre sur son uni­vers, avec une note très in­ti­miste. On ne voit pas l’ar­tiste mais il af­fiche ici sa ré­bel­lion contre son père (sym­bo­li­sée par les armes, ré­fé­rence au ser­vice mi­li­taire qu’il a pré­fé­ré ef­fec­tuer plu­tôt que re­prendre les af­faires fa­mi­liales). Il as­sume et ré­af­firme sa condi­tion de peintre à tra­vers la re­pré­sen­ta­tion de la pa­lette de cou­leurs…

Par son Por­trait de l’ar­tiste, plus ré­cente toile de l’ex­po­si­tion (1917), Claude Mo­net, à 77 ans, se des­sine sans com­plai­sance, proche de la na­ture, proche des Nym­phéas.

Par l’au­to­por­trait, l’ar­tiste cesse d’être juste un artisan ano­nyme pour de­ve­nir aus­si un in­tel­lec­tuel vi­sible. « Il est à la fois une main et une pen­sée », ré­sume Na­tha­lie Roux, conser­va­trice en chef du pa­tri­moine et di­rec­trice du MARQ. Plus prag­ma­tique, l’au­to­por­trait per­met d’avoir un mo­dèle sous la main et sans dé­pen­ser le moindre cen­time, ce qui n’est pas né­gli­geable pour ces ar­tistes qui, pour la plu­part ne roulent pas sur l’or.

Le genre pic­tu­ral est aus­si l’oc­ca­sion de s’es­sayer à de nou­velles tech­niques. On le voit par exemple à tra­vers le Por­trait de l’ar­tiste, où Vincent Van Gogh étu­die les cou­leurs et les com­po­si­tions et fe­ra ain­si évo­luer son style.

On trouve aus­si dans l’au­to­por­trait un nar­cis­sisme d’in­tros­pec­tion. « L’ar­tiste af­firme sa place dans la so­cié­té en tant qu’être libre et dé­ga­gé des conven­tions so­ciales de son époque » , note Na­tha­lie Roux.

Mau­rice De­nis, à tra­vers deux au­to­por­traits sé­pa­rés de 39 ans, se montre sans conces­sion vis­à­vis de lui­même et re­garde ain­si pas­ser le temps avec une cer­taine mé­lan­co­lie. « Je vous donne à voir ce qui est mon in­time » , semblent dire tous ces ta­bleaux vieux de plus d’un siècle, comme le ré­sume Na­tha­lie Roux. Sont­ils pour au­tant d’un autre temps ? Les « au­to­por­traits en creux » ne sont­ils pas ce qui s’ écrit sur les ré­seaux so­ciaux? Au­to por­traits d’ hier, sel­fi es d’au­jourd’hui…

Pra­tique. Du 4 mars au 5 juin au MARQ (quar­tier his­to­rique de Montferrand, place Louis-De­teix à Cler­mont-Fer­rand), tél. 04.73.40.87.40. Du mar­di au ven­dre­di, de 10 heures à 18 heures ; sa­me­di et di­manche, de 10 heures à 12 heures et de 13 heures à 18 heures. Fer­mé le 1er mai. En­trée gra­tuite les pre­miers di­manches du mois. Ta­rifs : 5 €; ré­duit, 3 €; gra­tuit pour les moins de 18 ans, les chô­meurs…

L’HOMME BLES­SÉ.

Gus­tave Cour­bet en mar­tyr de la rup­ture amou­reuse après la sé­pa­ra­tion avec sa femme (qui était ini­tia­le­ment avec lui sur le ta­bleau).

PHO­TO RI­CHARD BRU­NEL

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