Sur les étals du mar­ché Saint-Jo­seph

A la re­dé­cou­verte du pa­tri­moine ar­chi­tec­tu­ral cler­mon­tois, dans le quar­tier de la gare en 1891

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - CLERMONT VIVRE SA VILLE - Pierre-Ga­briel Gon­za­lez pgg@orange.fr

Le quar­tier de la gare connait un dé­ve­lop­pe­ment consi­dé­rable dans la se­conde moi­tié du XIXe siècle. En 1891, la mu­ni­ci­pa­li­té pré­voit d’y construire une halle pour le com­merce ali­men­taire.

Après l’arr ivée du train, le quar­tier se dé­ve­loppe et se struc­ture en trois dé­cen­nies. Les es­paces culti­vés sont pro­gres­si­ve­ment rem­pla­cés par des ha­bi­ta­tions, des rues sont per­cées. À l’aube des an­nées 1890, les com­mer­çants de la gare, no­tam­ment les hô­te­liers­res­tau­ra­teurs très pré­sents en ces temps­là, me­surent les dif­fi­cul­tés ren­con­trées pour s’ap­pro­vi­sion­ner en centre­ville au mar­ché SaintPierre ( édi­fié en 1873) : « … le­quel d’entre nous n’a pas mau­dit la perte de temps que ce­la peut oc­ca­sion­ner, vingt mi­nutes mi­ni­mum pour al­ler, au­tant pour re­ve­nir (en voi­ture à che­val : NDLR), tout ce temps pas­sé en de­hors de notre mai­son où notre pré­sence est si né­ces­saire… ».

Sol­li­ci­tée, la mu­ni­ci­pa­li­té di­ri­gée alors par Amé­dée Gas­quet dé­cide de construire une halle pour abri­ter le com­merce ali­men­taire sur un ter­rain fai­sant par­tie du legs de M.Veys­sere, un an­cien en­tre­pre­neur cler­mon­tois. Le dis­cours d’un élu lo­cal s u r l e p ro j e t e s t é l o q u e n t : « avec ce mar­ché, nous don­ne­rons une im­pul­sion nou­velle à la pros­pé­ri­té de notre quar­tier, il va sans dire que tout le com­merce en pro­fi­te­ra dans une large me­sure. Cler­mont de­vient de plus en plus un centre de com­ merce et d’in­dus­trie pros­père qui tend chaque jour à aug­men­ter sa po­pu­la­tion, il faut donc at­ti­rer ce sur­croît d’ha­bi­tants dans les quar­tiers vastes et sa­lubres comme le nôtre… »

Le temps des in­gé­nieurs­cons­truc­teurs

Une ad­ju­di­ca­tion est lan­cée par voie d’af­fi­chage le 15 dé­cembre 1891 avec pour but « la construc­tion d’un mar­ché cou­ vert fer­mé, avec sous­sol sur le quar­tier de la gare. » Il s’agis­sait confor­mé­ment aux usages de l’époque d’un mar­ché à for­fait, une « ad­ju­di­ca­tion au ra­bais sur sou­mis­sions tim­brées et ca­che­tées sur la mise à prix de 63.526 francs et 73 cen­times » , donc avec une at­tri­bu­tion au moins­di­sant. L’af­fiche pré­cise : « Au mo­ment de son ins­crip­tion, le can­di­dat de­vra re­mettre : une pièce au­then­tique éta­blis­sant qu’il est fran­çais ( carte d’élec­teur, li­vret mi­li­taire, etc.) ; un cer­ti­fi­cat du maire de sa lo­ca­li­té jus­ti­fiant de sa mo­ra­li­té ; un cer­ti­fi­cat de ca­pa­ci­té dé­li­vré par un in­gé­nieur ci­vil ou mi­li­taire, cons­ta­tant qu’il a exé­cu­té des tra­vaux de même na­ture et au moins de même im­por­tance… » Le ca­hier des charges est consul­table à l’hô­tel de ville.

C’est un temps où des in­gé­nieurs­construc­teurs de ta­lent, in­ven­tifs et au­da­cieux, prennent des risques tech­niques et fi­nan­ciers et se par­tagent les mar­chés d’ou­vrages d’art grâce aux per­fec­tion­ne­ments qu’ils ap­portent aux as­sem­blages mé­tal­liques.

Le plus cé­lèbre d’entre eux, Gus­tave Eif­fel, lance alors des ponts et des ou­vrages d’art sur de nom­breux fleuves en Eu­rope, en Afrique et en Asie… Au mo­ment de l’ad­ju­di­ca­tion, son via­duc dit « du Ga­ra­bit » est en ser vice de­puis trois ans et il vient d’ache­ver à Pa­ris une im­mense tour ( qui por­te­ra son nom) pour l’ex­po­si­tion de 1889 !

Dans le même temps, à un ni­veau plus mo­deste, un in­gé­nieur pa­ri­sien de qua­rante ans se porte ad­ju­di­ca­taire et rem­porte le mar­ché pour la construc­tion de la halle Saint­Jo­seph à Cler­mont. Il a sou­vent l’oc­ca­sion de ve­nir en Au­vergne : deux ans plus tôt, il a re­pris avec son frère Édouard une pe­tite en­tre­prise fa­mi­liale cler­mon­toise en proie à des dif­fi­cul­tés. Son nom, An­dré Mi­che­lin. À suivre…

Une ad­ju­di­ca­tion est lan­cée par voie d’af­fi­chage le 15 dé­cembre 1891 avec pour but « la construc­tion d’un mar­ché cou­vert fer­mé, avec sous-sol sur le quar­tier de la gare ». Et au­jourd’hui, le mar­ché est tou­jours là. PHO­TO PAS­CAL CHAREYRON

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