« Être soupe au lait »

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAG DIMANCHE - Ga­vin’s Cle­mente Ruiz

Ma femme m’ a f a i t une re­marque hier soir. On par­lait de choses et d’autres, comme tout un cha­cun en ren­trant à la mai­son. Je fai­sais chauf­fer en même temps une cas­se­role de lait. Sou­vent je veux avoir rai­son. C’est un dé­faut, je le concède. La dis­cus­sion est un art su­prême très in­té­res­sant à étu­dier. Com­ment gé­rer le re­gard de l’autre, com­ment sai­sir le mo­ment où il cède, prend la main, glisse un pied dans la porte et par­vient à dé­rou­ler son point de vue.

Pe n d a n t c e t e m p s, l e l a i t chauf­fait tou­jours ( je n’ai pas mis le ther­mo­stat trop fort, je vous ras­sure). Ça me rap­pelle un très bel ou­vrage, Les mots sont des fe­nêtres ( ou bien ce sont des murs), une in­tro­duc­tion à la com­mu­ni­ca­tion non vio­lente de Mar­shall Ro­sen­berg, pa­ru à La Dé­cou­verte. Une mine pour com­prendre le c o m p o r t e m e n t d’ a u t r u i e t s’adap­ter en fonc­tion. J’avoue (en­core !) que j’ai du mal à tout le temps l’ap­pli­quer, si, si, je vous jure et pour­tant, je m’exerce. J’en étais là de mes ré­flexions quand ma femme ter­mi­na par me dire « mais ce q u e t u p e u x ê t re s o u p e a u lait ! ». Ni une ni deux, j’ai juste eu le temps d’at­tra­per la cas­se­role et de la pla­cer hors du feu. Le li­quide com­men­çait à dé­bor­der. Aus­si vite qu’il bouillît, le lait re­tom­ba au fond du ré­ci­pient.

« Bah voi­là, t’as com­pris ton ex­pres­sion de la se­maine », ter­ mi­na ma chère épouse. Être soupe au lait, c’est par­tir au quart de tour, s’em­por­ter ra­pi­de­ment et s’ar­rê­ter aus­si sec. On pré­ci­sait même au XIXe siècle « Mon­ter comme une soupe au lait ». Voi­là, c’est prêt.

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