Rien ne passe, sauf le temps

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAG DIMANCHE - D. M.

Drame à longue por­tée.

Après le co­los­sal suc­cès de Au re­voir, là­haut, son Gon­court 2014, et la re­dé­cou­verte pro­gres­sive de ses po­lars an­té­rieurs (*), Pierre Le­maître re­vient avec Trois jours et une vie le bien nom­mé puisque le fait prin­ci­pal, aus­si bref que violent, au­ra de longues et lentes re­tom­bées. Un ro­man qui, jouant sur la corde sen­sible de l’en­fance et de la culpa­bi­li­té, de­vrait connaître un bon suc­cès, quand il pour­rait las­ser à force de ti­rer sur la­dite corde.

Seuls les lec­teurs per­sé­vé­rants ap­pren­dront la vé­ri­té, de celle qui change tout, dans une scène fi­nale aus­si réus­sie qu’éton­nante.

Donc, dans les quar­tiers ou­vriers d’une bour­gade d e p r ov i n c e, A n t o i n e, 12 ans, s’en­nuie. Pri­vé de con­sole de jeu, par sa mère, il construit des ca­banes dans les arbres, rêve de sé­duire Émi­lie. Hé­las !, les dés­illu­sions ne tardent pas. Vio­lentes au point de faire sourdre en lui une ir­ré­pres­sible rage qu’il doit ex­pr imer. Un gosse de six ans est là, sour iant, tout près de lui, qu’il tue. Puis dis­si­mule son corps, re­vient à la mai­son, tremble de peur qu’on ne le dé­couvre. Rien ne se passe, sauf le temps.

Pour­quoi per­sonne ne le soup­çonne ? C’est ce que l’on ap­pren­dra dans la fa­meuse scène fi­nale et l’on en se­ra bien sur­pris. An­toine est alors adulte, mé­de­cin de mé­tier, sans avoir quit­té son vil­lage. Mais toute sa vie han­tée par le sou­ve­nir de son geste, in­ca­pable d’avouer. Tra­vaillé par une in­sa­tiable fré­né­sie sexuelle, comme s’il cher­chait à com­pen­ser son échec avec la blonde et belle Émi­lie.

(*) une sé­rie de quatre ro­mans :

et (Le Livre de poche), etc.

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