L’art psy­ché­dé­lique, art po­pu­laire

Jaïs Ela­louf est l’un des plus grands col­lec­tion­neurs eu­ro­péens d’art psy­ché­dé­lique. L’ex­po­si­tion qu’il pré­sente à Li­moges, au fes­ti­val Psy­ké­dék­lik, pré­fi­gure le mu­sée qu’il veut dé­dier à ce pa­tri­moine.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAG DIMANCHE - Mu­riel Min­gau

Ar­tiste au­dio­vi­suel, DJ et réa­li­sa­teur DJ, as­so­cié au lieu de créa­tion le Cen­quatre à Pa­ris de 2011 à 2013, f on­da­teur de l’agence Ping­Pong vouée à la pro­mo­tion mu­si­cale et à l’évé­ne­men­tiel, Fré­dé­ric J. Jaïs Ela­louf pos­sède 4.000 oeuvres d’art psy­ché­dé­lique. Ce sont des es­tampes, pein­tures, disques, jour­naux, etc. Pour­tant, ce qua­dra­gé­naire n’a pas vé­cu le mou­ve­ment de contre­culture hip­pie, qui du­ra des an­nées 1960 au dé­but des an­nées 1970. Ex­pli­ca­tions.

L’art psy­ché­dé­lique re­lève de la pé­riode hip­pie. Pas uni­que­ment. Il faut dis­tin­guer art psy­ché­dé­lique et es­thé­tique psy­ché­dé­lique. L’art psy­ché­dé­lique va de pair avec le mou­ve­ment hip­pie. Quant à l’es­thé­tique psy­ché­dé­lique, elle re­lève d’une sen­si­bi­li­té qui se re­trouve à toutes les époques, dans tous les arts et toutes les cultures. Pour moi, Gus­tav Klimt, Jé­rôme Bosch, Da­li, cer­taines mo­saïques ro­maines, ro­saces de ca­thé­drales, cer­tains pa­piers dé­cou­pés chi­nois sont aus­si psy­ché­dé­liques que l’art op­tique de Va­sa­re­ly.

A quoi re­con­naît- on les oeuvres psy­ché­dé­liques ? Elles tendent à l’har­mo­nie uni­ver­selle. Per­son­nel­le­ment, j’ai éta­bli cinq cri­tères pour les iden­ti­fier. Si deux d’entre eux se trouvent dans une oeuvre, elle est psy­ché­dé­lique. Ces cri­tères sont : l’illu­sion d’op­tique, l’ob­ses­sion du dé­tail et de la cou­leur, dif­fé­rents ni­veaux de lec­ture, une di­men­sion spir ituelle ou une di­men­sion sur­réa­liste.

Faut- il être sous psy­cho­trope pour ap­pré­cier ? Jus­te­ment pas. L’art psy­ché­dé­lique doit per­mettre d’ac­cé­der à un état al­té­ré de conscience sans ce­la. Il n’est pas non plus né­ces­saire d’être sous quoi que ce soit pour faire des oeuvres psy­ché­dé­liques. Les ar­tistes qui l’on fait, tem­po­rai­re­ment en gé­né­ral, sont une mi­no­ri­té. Et puis, si je vous donne des crayons et vous de­mande de faire un man­da­la, vous fe­rez une oeuvre psy­ché­dé­lique. Cette di­men­sion est en cha­cun de nous. C’est pour­quoi cet art est émi­nem­ment po­pu­laire.

Com­ment est né votre in- té­rêt pour cet art ? Par la mu­sique. Quand j’étais ado­les­cent à la fin des an­nées 1980, j’avais beau­coup de mal avec la mu­sique de l’époque, très pop, très syn­thé­tique, très mi­ni­male, bref, de la pop je­table. Alors, j’écou­tais les Doors, les Pink Floyd, de la soul, du jazz. Je trou­vais là une ri­chesse mu­si­cale in­croyable, des pa­roles et des va­leurs positives, oui, c’est ça, une am­biance po­si­tive. J’étais fan de rock psy­ché­dé­lique et pro­gres­sif du dé­but des an­nées 1970. Pas tout ! Il y a là aus­si du bon et du mau­vais, et no­tam­ment dans le psy­ché­dé­lisme où l’on passe du très bon au très mau­vais juste avec un dé­tail. Mon goût pour ces mu­siques m’a ame­né à ado­rer les po­chettes, à col­lec­tion­ner les ar­tistes créa­teurs des po­chettes, à ache­ter ma pre­mière oeuvre d’art…

Com­ment avez-vous consti­tué votre col­lec­tion ? Je fais les mar­chés. Étant ar­tiste au­dio­vi­suel, j’ai don­né des concerts par­tout dans le monde. Dans les qua­rante pays où je suis al­lé, du Ma­li à Ma­da­gas­car en pas­sant par le Bré­sil, la Chine, etc., j’ai fait les mar­chés.

Quel est ce pro­jet de mu­sée que vous por­tez ? Ma col­lec­tion est ex­cep­tion­nelle mais elle est très mal conser­vée. Or, je ne pour­rais plus la re­cons­ti­tuer car de nom­breuses oeuvres sont mul­tiples mais im­pos­sibles à re­trou­ver. De sur­croît, les gens des six­ties et se­ven­ties sont tous en train de dis­pa­raître. Voyez Bo­wie… Or, il s’agit de trans­mettre et pré­ser­ver leur sa­voir et leurs va­leurs. Au­de­là de l’art, les va­leurs por­tées

par la gé­né­ra­tion de la contre­culture sont très im­por­tantes.

Quelles sont- elles ? Des va­leurs hu­ma­nistes, d’éga­li­té entre les hommes, de pro­tec­tion de la bio­di­ver­si­té, de la na­ture, d’ar­rêt de des­truc­tion des res­sources na­tu­relles. Nous sommes dans un sys­tème ba­sé sur une crois­sance in­fi­nie dans un sys­tème fi­ni. Aber­ra­tion ma­thé­ma­tique ! Com­ment nos po­li­tiques peuvent­ils conti­nuer dans cette voie ? Voi­ci 45 ans, nais­saient les pre­mières consi­dé­ra­tions éco­lo­giques. Les gens de la contre­culture avaient dé­jà com­pris que ce sys­tème était voué à sa perte. De­puis, rien n’a chan­gé.

L’art psy­ché­dé­lique in­fluence- t- il l’art d’au­jourd’hui ? Cette es­thé­tique s’in­filtre par­tout, sans dire son nom. Elle est dans l’art contem­po­rain avec des ar­tistes comme Elias­son ou Mu­ra­ka­mi, dans le street art, le map­ping vi­déo avec ses illu­sions d’op­tiques, la BD mais aus­si dans les or­ne­ments, des tra­vaux d’ar­ti­sans, etc. On la trouve aus­si dans maintes mu­siques.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.