La meilleure fa­çon de man­ger

La Ruche qui dit Oui ! joue sur le levier qu’offre In­ter­net pour rap­pro­cher les agri­cul­teurs scru­pu­leux et les consom­ma­teurs gour­mands des pro­duits de la ferme. Exemple à Mont­cel, dans le Puy­de­Dôme.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAG DIMANCHE - Na­tha­lie Van Praagh na­tha­lie.van­praagh@cen­tre­france.com

Pre­mier mer­cre­di de mars fris­quet, à La Ruche qui dit Oui ! de Mont­cel, vil­lage de 450 ha­bi­tants, dans le Puy­de­Dôme, à une ving­taine de mi­nutes de Riom. Di­dier Doua­rin est des­cen­du d’Ar­tonne, la com­mune d’à cô­té, ré­cu­pé­rer dans le ga­rage d’Aman­dine Lonjon les pre­mières lai­tues et quelques épi­nards du jour cueillis dans le jar­din de Ca­the­rine Rousseau – la ma­raî­chère est ve­nue en voi­sine aus­si, de Gi­meaux. Ques­tion cir­cuit ali­men­taire, on peut dif­fi­ci­le­ment faire plus court.

« De­puis que je me sers à La Ruche, mes en­fants mangent des lé­gumes. Même du ra­dis noir et du to­pi­nam­bour. Le plus pe­tit de 8 ans était ré­frac­taire au chou­fleur. Main­te­nant, il en de­mande » , sou­ligne le père de fa­mille. La re­cette ? « Le goût d’abord. Ici, on boit du lait, ce n’est pas de l’eau ; on mange le soir même ce que nous donne la terre, sans au­cun in­ter­mé­diaire. Et puis il y a in­ter­net : choi­sir en fa­mille le conte­nu de notre as­siette, au fil des sai­sons, c’est lu­dique et pé­da­go­gique. »

Ca­the­rine Rousseau ap­pré­cie la sou­plesse du sys­tème. « Le client peut pas­ser sa com­mande de chez lui en un clic, n’im­porte quand, même à 23 heures. Je ra­masse la quan­ti­té de­man­dée entre le mar­di et le mer­cre­di. Et je livre le mer­cre­di soir, ici à Mont­ cel. Ce­la m’ap­porte un pe­tit mar­ché en plus mais c’est sur­tout le con­tact qui me plaît. Et puis, je sens les gens tou­jours contents de mettre un vi­sage der­rière le pro­duit et de pou­voir en dis­cu­ter. »

La ma­raî­chère, tout en don­nant sa re­cette de mar­bré de sau­mon aux épi­nards, an­nonce des bottes de ra­dis pour la se­maine sui­vante – « avec la mé­téo de cet hi­ver, on a un mois d’avance sur le ca­len­drier » . Elle compte par­mi la ving­taine de pe­tits pro­duc­teurs de La Ruche de Mont­cel. Un es­saim où bu­tinent 390 membres sous l’aile d’Aman­dine Lonjon. De­puis qu’elle a ou­vert cette Ruche, il y a un an, la jeune ma­man de 32 ans a per­du cinq ki­los.

« Je me suis lan­cée parce que je vou­lais don­ner la meilleure ali­men­ta­tion à mon fils. Ré­sul­tat, je mange dix fois mieux qu’avant. Je n’ajoute plus trois ton­ nes de sel pour trou­ver du goût aux épi­nards. Moi qui pen­sais dé­tes­ter les cour­gettes et les ca­rottes cuites… il n’y a plus guère que le chou et les ha­ri­cots verts qui ne passent pas. »

Une vente en ligne par se­maine

Chaque se­maine, Aman­dine lance une vente sur in­ter­net à des­ti­na­tion des membres de La Ruche (www.la­ru­che­qui­di­toui.fr). Les pro­duits af­fi­chés – comme la viande de bi­son en pré­com­mande pour Pâques ou le miel de prin­temps – sont agré­men­tés d’un bref des­crip­tif, par­fois d’une re­cette, avec leur prix, leur dis­po­ni­bi­li­té… et un lien vers le pro­duc­teur. « Le paie­ment en ligne se fait à l’avance. Mais la somme n’est dé­bi­tée qu’après li­vrai­son » , sti­pule la jeune femme.

Ses pro­duc­teurs, elle les a soi­gneu­se­ment sé­lec­tion­nés dans une cin­quan­taine de ki­lo­mètres à la ronde : deux ma­raî­chers ( l’un en bio, l’autre pas), des éle­veurs de viande ( porc, boeuf, veau, vo­laille), des pro­duc­teurs de fro­mages ( vache, chèvre, bre­bis ), de beurre, de yaourts, de lait, un her­bo­riste, un fa­bri­cant d’huile de noix, un api­cul­teur.

« Je me rends sur les ex­ploi­ta­tions et je passe les pro­duits au peigne fin. Quand vous pe­lez des ca­rottes qui n’ont pas toutes la même tête et que vos mains en sortent oranges, c’est plu­tôt bon signe. Pro­po­ser un pa­nier bien gar­ni dont je connais la pro­ve­nance et dont je peux par­ler, c’est une obli­ga­tion que je me suis im­po­sée. »

En re­tour, Aman­dine se sent utile : « Il est gra­ti­fiant de par­ti­ci­per au bien man­ger et à la bonne san­té des gens, de don­ner du tra­vail à des pe­tits pro­duc­teurs qui pro­duisent une ali­men­ta­tion saine. J’adore aus­si la convi­via­li­té, la cha­leur hu­maine qui règnent, les re­trou­ver en train de pa­po­ter dans ma cour, l’été, dans mon ga­rage, l’hi­ver. »

De La Ruche, elle ne tire jusque­là qu’un mo­deste com­plé­ment de re­ve­nus. « Mais j’ai trou­vé ce que je re­cherche, dit­elle. Au­pa­ra­vant, tout ce que je ga­gnais, je le lais­sais chez la nou­nou et au su­per­mar­ché. Main­te­nant, je pro­fite à fond de mon fils, je fais des éco­no­mies et nous man­geons sai­ne­ment. »

En avril, Aman­dine Lonjon va ou­vrir une deuxième Ruche, à Châ­tel-Guyon, le sa­me­di ma­tin, dans un sa­lon de thé dont les gé­rants ha­bitent à Mont­cel, à quelques mètres de chez elle.

Un chien per­du, fort heu­reu­se­ment re­trou­vé, les a fait se ren­con­trer.

« Le client peut pas­ser sa com­mande de chez lui à 23 heures »

CIR­CUIT. Dans le ga­rage d’Aman­dine Lonjon, res­pon­sable de La Ruche de Mont­cel, Ca­the­rine Rousseau livre les lé­gumes de son jar­din en mains propres aux clients ayant com­man­dé sur in­ter­net. PHO­TO RI­CHARD BRU­NEL

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