« La so­cié­té fran­çaise est très ma­chiste » confie NKM à notre jour­nal

Une femme dans la course, mais sur­tout une sen­si­bi­li­té po­li­tique

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - LA UNE - Flo­rence Chédotal flo­rence.che­do­tal@cen­tre­france.com

On ra­conte qu’elle a de l’am­bi­tion. Rien de moins que l’Ély­sée. À 42 ans, au terme d’un faux sus­pense, Na­tha­lie Kos­cius­ko-Mo­ri­zet vient de dé­cla­rer sa can­di­da­ture à la pri­maire de la droite.

On l’avait lais­sée évin­cée par Ni­co­las Sar­ko­zy, mais la tête haute, du poste de nu­mé­ro 2 au sein du par­ti Les Ré­pu­bli­cains. On la re­trouve en cam­pagne, af­fran­chie et com­ba­tive, après avoir re­joint le bal des pré­ten­dants à la pri­maire de la droite. Na­tha­lie Kos­cius­koMo­ri­zet, po­ly­tech­ni­cienne, mère de deux gar­çons, tout juste di­vor­cée, sort aus­si un livre pour dire que Nous avons chan­gé de monde, où elle mêle des sou­ve­nirs per­son­nels à sa vi­sion po­li­tique, sin­gu­lière.

Ça y est, c’est fait, c’est an­non­cé. Dans quel état d’es­prit êtes- vous ? Mon pro­jet était mûr, c’était le bon mo­ment pour an­non­cer ma can­di­da­ture. Je suis heu­reuse de pou­voir main­te­nant m’en­ga­ger com­plè­te­ment dans cette cam­pagne. Je fe­rai beau­coup de longs dé­pla­ce­ments en ré­gion, de 48 heures, toutes les se­maines.

Vous êtes la neu­vième à vous dé­cla­rer. Com­ment faire en sorte qu’on ne dise pas « une de plus » ? Je pro­pose une vi­sion du pou­voir com­plè­te­ment dif­fé­rente, as­sez cli­vante au re­gard de la tra­di­tion po­li­tique fran­çaise. Le monde a chan­gé au­tour de nous, cha­cun l’ob­serve dans son quo­ti­dien et il n’y a que la po­li­tique qui ne change pas… Cette fa­çon de voir la po­li­tique de ma­nière ver­ti­cale, avec l’élec­tion pré­si­den­tielle comme l’avè­ne­ment de l’homme pro­vi­den­tiel, est dé­pas­sée. Par­tout, on voit bien que l’or­ga­ni­sa­tion hié­rar­chique est bous­cu­lée.

Mais quel peut-être le rôle du po­li­tique dans ce pay­sage ? Il est plus mo­deste, mais pas moins im­por­tant. Il s’agit de don­ner à cha­cun les moyens de se réa­li­ser. Un po­li­tique doit s’ef­fa­cer de­vant la puis­sance qui émane de la so­cié­té. Cette der­nière n’est pas dis­lo­quée, comme le pré­tend Ma­nuel Valls, mais elle est as­phyxiée. Il faut li­bé­rer l’éner­gie.

Des jeunes étaient dans la rue mer­cre­di contre la loi El Khom­ri… Je com­prends que la jeu­nesse soit en co­lère, mais j’ai peur qu’elle ne se trompe de com­bat. Toute cette ob­ses­sion sur les contrats est à cô­té du mou­ve­ment. Dans une vie, on au­ra des CDI suc­ces­sifs, plu­sieurs pa­trons… Il ne faut pas dé­fendre les restes d’un an­cien monde, mais plu­tôt re­cher­cher com­ment on donne de nou­velles pro­tec­tions aux tra­vailleurs dans le monde de de­main. On est dans une telle si­tua­ tiond’échec qu’ il vaut mieux ré­écrire en­semble les règles du jeu pour que les ci­toyens se les ap­pro­prient, qu’elles aient du sens.

Cer­tains doutent de votre ca­pa­ci­té à réunir suf­fi­sam­ment de si­gna­tures de par­le­men­taires. Je ne crois pas que ce soit un obs­tacle. On peut être en désac­cord avec moi, mais les par­le­men­taires savent que la sen­si­bi­li­té que j’in­carne est pré­sente au sein du par­ti et qu’il faut qu’elle soit re­pré­sen­tée. J’ai été la seule à m’op­po­ser au « ni FN ni PS » lors des ré­gio­nales. Je me bats pour mes convic­tions. Toute cette dé­rive droi­tière est in­ef­fi­cace d’un point de vue élec­to­ral comme on a pu le voir, mais elle est aus­si in­juste sur le fond car on ne ré­gler a pas les ques­tions d’ iden­ti­té en les poin­tant du doigt. Il faut pro­po­ser une al­ter­na­tive.

Ça change quelque chose d’être une femme ? La so­cié­té fran­çaise est très ma­chiste. Ce­la ne de­vrait pas, mais le fait d’être consi­dé­rées comme mi­no­ri­taires, comme à l’As­sem­blée, crée une dif­fé­rence. Les femmes, plus sou­vent sou­mises à des hié­rar­chies, peuvent com­prendre ce que je dis quand je parle de sor­tir de ce pou­voir vertical sur­plom­bant.

Vous avez re­çu un mes­sage de Ni­co­las Sar­ko­zy après votre an­nonce ? Non, pas par­ti­cu­liè­re­ment… Mais en re­vanche, j’ai re­çu énor­mé­ment de mes­sages de sym­pa­thie, avec beau­coup de cha­leur hu­maine.

NKM. « Il faut ré­sis­ter à l’op­pres­sion du sys­tème mé­dia­tique qui vous dit qui il fau­drait être. Et res­ter au­then­tique ». AFP

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