De­ve­nu globe­trot­ter grâce au thé

Em­ma­nuel Ju­meau­La­fond est ache­teur à l’usine Dammann Frères de Dreux (Eure­et­Loir)

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAG DIMANCHE - Claire Bé­guin claire.be­guin@cen­tre­france.com

De Dar­jee­ling en Inde, sur les contre­forts de l’Hi­ma­laya, au Pays des milles col­lines, le Rwan­da, Em­ma­nuel Ju­meau­La­fond par­court des mil­liers de ki­lo­mètres à la re­cherche des meilleurs thés.

Il n’est pas né dans des plan­ta­tions de thé, mais presque. Très jeune, Em­ma­nuel Ju­meau­La­fond, di­rec­teur du dé­par­te­ment thé de l’usine Dammann Frères de Dreux ( Eure­et­Loir), était en­tou­ré d’aro­mates et de bonnes odeurs qui éma­naient des théières de son grand­père ( lire ci­contre).

Jacques, son père, a di­ri­gé l’en­tre­prise jus­qu’en 2005. Au­jourd’hui, c’est son oncle, Di­dier, le PDG. « J’ai tou­jours dé­gus­té des thés avec mon père. Il a édu­qué mon pa­lais. » S’il n’existe pas de terme dé­dié, comme en par­fu­me­rie où l’on parle de nez, pour dé­si­gner ceux qui sé­lec­tionnent et savent dif­fé­ren­cier toutes les va­rié­tés de thé, pro­duites à tra­vers le monde, la dé­marche est néan­moins quelque peu si­mi­laire.

Au sein de l’en­tre­prise, la mis­sion d’Em­ma­nuel Ju­meau­La­fond est de dé­cou­vrir, ache­ter et né­go­cier les thés, blanc, vert ou noir. Un mé­tier qui lui per­met de voya­ger par­tout dans le monde et le mène dans des en­droits in­ima­gi­nables, par­fois très re­cu­lés, à la re­cherche des meilleures va­rié­tés.

Ils sont deux à en­dos­ser cette tâche dé­ter­mi­nante au sein de la so­cié­té.

Sa col­lègue Ma­rine So­nié, est, elle aus­si, ache­teuse. Elle est char­gée plus par­ti­cu­liè­re­ment de l’Asie ( Ja­ pon, Co­rée, Chine…). « Je m’oc­cupe plus spé­ci­fi­que­ment de l’Inde et de l’Afrique. J’ef­fec­tue entre trois et quatre voyages par an », dé­taille Em­ma­nuel Ju­meauLa­fond.

Il consacre en moyenne une se­maine à chaque sé­jour. Sur place, l’em­ploi du temps est sou­vent le même : « On vi si t e de s plan­ta­tions de théiers, que l’on ap­pelle plus cou­ram­ment jar­dins de thé ( ndlr : le mot vient de l’an­glais : “tea gar­den”). On ren­contre les per­sonnes qui ré­coltent, afin de voir com­ment elles opèrent. La ré­colte du thé est ma­nuelle et ar­ti­sa­nale. Il faut constam­ment ré­col­ter, car on cueille seule­ment les feuilles si­tuées en haut de l’arbre, à en­vi­ron 1,20 mètre. »

Em­ma­nuel Ju­meau­La­fond pro­fite de ses voyages pour dé­cou­vrir de nou­velles sa­veurs et éta­blir un « cli­mat de confiance avec de nou­veaux pro­duc­teurs » , afin d’élar­gir la pa­lette Dammann Frères.

C’est comme ce­la qu’il a dé­cou­vert le Rwan­da. Moins as­so­cié, dans l’ima­gi­naire col­lec­tif, à la pro­duc­tion de thé que l’Asie ou l’Inde, ce pays d’Afrique a pour­tant dé­ve­lop­pé sa pro­duc­tion au mi­lieu des an­nées quatre­vingt­dix.

« Je suis par­ti sur un coup de tête, afin de dé­cou­vrir les sa­veurs du thé du Rwan­da, se sou­vient Em­ma­nuel Ju­meau­La­fond. J’ai dé­cou­vert une ma­gni­fique ma­nu­fac­ture, à 1.500 mètres d’al­ti­tude, à quelques ki­lo­mètres de Ki­ga­li, la ca­pi­tale. Elle a été ache­tée par un Amér icain, il y a une ving­taine d’an­nées, qui a dé­ve­lop­pé le rendement. Là­bas, toutes les condi­tions sont réunies pour pro­duire un bon thé, as­sez cor­sé. Il a une pré­sence aro­ma­tique in­té­res­sante. Il y a des ma­ré­cages qui per­mettent un ap­port en eau suf­fi­sant aux théiers. »

Blanc, vert ou noir

De­puis ce voyage, Dammann Frères pro­pose une sé­lec­tion de thés du Rwan­da. La ma­nu­fac­ture rwan­daise pro­duit les trois sortes de thé que l’on re­trouve ailleurs : le blanc, le vert et le noir. Ce qui change, c’est le de­gré de fer­men­ta­tion.

À la base, ils pro­viennent tous du même théier. Du moins fer­men­té : le blanc, où la feuille est juste sé­chée, au vert, où il n’y a pas d’oxy­da­tion, jus­qu’au noir, qui concentre 100 % d’oxy­da­tion.

Em­ma­nuel Ju­meau­La­fond est éga­le­ment spé­cia­liste des thés d’Inde. Il s’est ren­du à plu­sieurs re­prises dans la pro­vince du Dar­jee­ling, à l’est de l’Inde, sur les contre­forts de l’Hi­ma­laya, entre 2.000 et 3.000 mètres d’al­ti­tude, mon­dia­le­ment cé­lèbre pour ses thés.

« La pre­mière fois que je m’y suis ren­du, c’était il y a dix ans. Un sa­cré pé­riple. Il faut d’abord prendre un avion entre Cal­cut­ta et Bag­do­gra. En­suite, il reste 60 km à par­cou­rir pour at­teindre Dar­jee­ling, on passe 4 heures en voi­ture. Les routes sont toutes ca­bos­sées. Une sa­crée aven­ture. »

S’il s’y rend, seule­ment tous les deux ans, le sou­ve­nir des pay­sages ma­gni­fiques de cette pro­vince de l’Inde est gra­vé dans sa mé­moire. « Les An­glais s’étaient ins­tal­lés là, afin d’échap­per à la cha­leur de Cal­cut­ta. C’est au mi­lieu de nulle part. La soixan­taine de plan­ta­tions de théiers sont si­tuées à flanc de mon­tagne. C’est très ac­ci­den­té. Le brouillard per­ma­nent qu i y rè g n e, do n n e un e qua­li­té in c r oy ab l e à la feuille de thé. »

PHO­TO : DAMMANN FRÈRES

INDE. Les jar­dins de thé de Dar­jee­ling sont si­tués à flanc de mon­tagne, sur les contre­forts de l’Hi­ma­laya.

CONDI­TION­NE­MENT. 400.000 sa­chets sortent chaque jour de l’usine Dammann, soit 100 mil­lions par an. PHO­TO QUEN­TIN REIX

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