Des plantes ont des idées à re­pi­quer

Le Piaf a 25 ans et il fait phos­pho­rer une tren­taine de cer­veaux, entre le puy de Crouël et le pla­teau cler­mon­tois des Cé­zeaux. Drôle d’oi­seau que ce la­bo pen­ché sur les grands mys­tères vé­gé­taux

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAG DIMANCHE - Anne Bourges anne.bourges@cen­tre­france.com

Ma i s q u’ e s t ­c e qui fait pous­ser les arbres vers le ciel ou condi­tionne leur taille dans les condi­tions ex­trêmes ?

Rap­pe­lés sur le de­vant de la scène in­ter­na­tio­nale par les pers­pec­tives de dé­rè­gle­ments cli­ma­tiques, les tra­vaux du La­bo­ra­toire de phy­sique et phy­sio­lo­gie in­té­gra­tives de l’arbre frui­tier et forestier (Piaf ) creusent dis­crè­te­ment de grands mys­tères.

Com­ment les branches meurent après une sé­che­resse ? L’équipe « Hy­dro » ( hy­drau­lique et ré­sis­tance à la sé­che­resse des arbres), di­ri­gée par Her­vé Co­chard, y ré­pond à l’échelle mo­lé­cu­laire, en tra­vaillant sur le fonc­tion­ne­ment hy­dro­lique des vé­gé­taux sous contraintes en­vi­ron­ne­men­tales. Il étu­die no­tam­ment le phé­no­mène de ca­vi­ta­tion : des bulles peuvent se for­mer dans un li­quide sou­mis à une dé­pres­sion. Ap­pli­qué à un vé­gé­tal qui n’ar­rive plus à pom­per suf­fi­sam­ment d’eau pour faire face aux be­soins ex­cep­tion­nels en­gen­drés par une forte trans­pi­ra­tion, ce­la donne une bulle qui rompt la co­lonne d’eau d’un vais­seau. Le­quel n’est dé­fi­ni­ti­ve­ment plus fonc­tion­nel. C’est l’em­bo­lie.

Les arbres sont- ils égaux face au ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique ? Non. Et ce qui de­vient in­té­res­sant à ex­plore r ( p a r e x e m p l e p o u r sé­lec­tion­ner les es­sences les mieux adap­tées), c’est jus­te­ment cette in­éga­li­té des es­pèces face à la ca­vi­ta­tion. Sans sur­prise, les ar­bustes sont moins sen­sibles que les arbres (le plus ré­sis­tant étant une sorte de ge­né­vrier aus­tra­lien).

Le Piaf a dé­jà trou­vé le moyen de ca­rac­té­ri­ser les sen­si­bi­li­tés à la ca­vi­ta­tion. Mais ses tra­vaux ont mon­tré qu’il n’y avait que peu de « va­ria­bi­li­té gé­né­tique » pour une même es­pèce ; donc peu d’es­poir de var iants plus ré­sis­tants à une nou­velle donne cli­ma­tique pour es­pé­rer des re­co­lo­ni­sa­tions na­tu­relles. D’où l’in­quié­tude des fo­res­tiers pour des arbres sen­sibles comme le hêtre : « Des niches éco­lo­giques vont se res­treindre. »

Reste à ex­pli­quer la ca­vi­ta­tion elle­même et sa pro­pa­ga­tion dans la plante ? L’en­jeu : an­ti­ci­per les cli­mats fu­turs par des sé­lec­tions ou des choix dif­fé­rents sur des boi­se­ments à cin­quante ou cent ans.

Pour­quoi les arbres sou­mis au vent et à d’autres dé­for­ma­tions poussent-ils pe­tits et tra­pus ? « La plante ne per­çoit pas la force qui s’exerce mais le fait d’être dé­for­mée », ex­plique Ca­the­rine Cou­tant, in­gé­nieur de re­cherche dans l’équipe « mé­ca » ( contraintes MECA­niques et ac­ti­vi­té des zones en crois­sance). Ani­mée par Bru­no Mou­lia, elle a pu c o r r é l e r « c o n t ra i n t e s exer­cées » sur la plante et « crois­sance moins haute avec dia­mètre plus large ».

Reste à dé­cou­vrir com­ment ce­la se passe. « Il semble que les vé­gé­taux fassent un tri par­mi les mou­ve­ments aux­quels ils r é a g i s s e n t , e t s’ a d a p ­ tent… » Or l’adap­ta­tion n’est pas for­cé­ment la même pour tous les arbres d’un même peu­ple­ment : « On a vu que ceux qui tombent pen­dant les tem­pêtes sont ceux qui sont au centre ; on cherche à c o m p re n d re c o m m e n t ceux qui ont été le plus sou­mis au vent s’en­dur­cissent, et s’il pour­rait exis­ter des éco­types plus ré­sis­tants. »

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