Le poids de l’en­fance

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAG DIMANCHE - D. M.

El­lipse et dis­tance.

Une fa­mille s’ef­fondre. La mère part sans rai­son, ni la moindre ex­pli­ca­tion. Lais­sant un ma­ri, deux en­fants, une grande mai­son. Le temps passe. Le père dé­cline. Le fils s’égare, tra­fique en tous genres et se pas­sionne pour les femmes mûres. En tue­t­il ? Pos­sible. Tant il est violent, tou­jours en manque d’ar­gent, de ten­dresse.

My­riam, la fille, est in­dif­fé­rente à tout, sauf à l’en­fance. Pa­ra­dis per­du par sa faute, pense­t­elle. Et com­ment vivre avec cette culpa­bi­li­té ? À 18 ans, elle se laisse ai­mer, épou­ser, en­gros­ser par le fils des v o i s i n s, d e 2 0 a n s s o n aî­né, ren­con­tré à l’en­ter­re­ment de sa mère, morte d’une étrange fa­çon, re­trou­vée en­tiè­re­ment nue, épi­lée, froide sur le car­re­lage.

Ain­si dé­bute cette his­toire où vont se mul­ti­plier les per­son­nages, les pé­ri­pé­ties, les frasques, sans que l’on perde de vue My­riam, hé­roïne in­sen­sible, très pou­drée, alcoolisée. En quête d’amné­sie. Comme sou­vent chez Djian, l’im­por­tant est dans l’écri­ture qu’il s’en­tête à rendre brève, es­sen­tielle. Lais­sant à cha­cun le loi­sir de re­cons­ti­tuer son puzzle. Il tra­vaille l’image, l’el­lipse, comme per­sonne : on ne sait le fait que par s e s c o n s é q u e n c e s. Un can­cer, c’est une per­ruque qui glisse fur­ti­ve­ment sur un crâne chauve…

Seul le plai­sir, quand il vient en­fin, est res­ti­tué dans l’ins­tant, au pré­sent, avec dé­tails, avec vio­lence. Comme un séisme. Les pré­mices d’une ou­ver­ture au monde, d’une éman­ci­pa­tion.

Un ro­man, l’un de meilleurs de Djian, dans le genre grave, qu’il est conseillé de lire d’une traite, sans ré­flé­chir, pour le gar­der à fleur de peau.

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