La guerre des mé­moires et des plaies tou­jours à vif

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - SEPTIÈME JOUR - Ber­nard Ste­phan ber­nard.ste­phan@cen­tre­france.com

La com­mé­mo­ra­tion du 19 mars 1962 a sus­ci­té une vive polémique dans la­quelle s’est en­gouf­fré Ni­co­las Sar­ko­zy.

Y a-t-il une guerre des mé­moires ? Y a­t­il une mé­moire de droite et une mé­moire de gauche ? La com­mé­mo­ra­tion de la fin de la guerre d’Al­gé­rie a pris un tour très po­li­tique, ven­dre­di, avec la confron­ta­tion entre Fran­çois Hol­lande et Ni­co­las Sar­ko­zy. Alors que le pré­sident de la Ré­pu­blique était an­non­cé pour cé­lé­brer ce 19 mars de­vant le mo­nu­ment du quai Bran­ly, l’an­cien chef de l’État, dans une tri­bune au Fi­ga­ro, a dé­non­cé ce geste. Cette polémique concerne le choix du 19 mars par l’État, date ac­cep­tée par les an­ciens com­bat­tants de la Fnaca et re­fu­sée par les ra­pa­triés et les har­kis.

Cette mise à vif de la mé­moire est ty­pique de cette guerre d’Al­gé­rie qui a mar­qué la fin de l’em­pire co­lo­nial fran­çais et qui semble ne de­voir ja­mais s’ache­ver. Elle ren­voie à une si­tua­tion de vic­toire mi­li­taire sur le ter­rain conclue par une dé­faite po­li­tique. Et il y a une guerre des mots. Le 19 mars est­il jour de la paix en Al­gé­rie ou seule­ment jour du ces­sez­le­feu, sans pré­sa­ger des exac­tions et rè­gle­ments de comptes de l’été 1962 ?

Les contes­ta­taires du 19 mars jus­ti­fient leur po­si­tion en men­tion­nant le mas­sacre de la rue d’Is­ly à Al­ger le 26 mars 1962, les en­lè­ve­ments d’Eu­ro­péens à Oran le 5 juillet, les mas­sacres de har­kis, le dé­part de plus d’un mil­lion de pieds­noirs pour la mé­tro­pole, etc. Les te­nants du 19 mars consi­dèrent d’abord que le mil­lion et de­mi de sol­dats ap­pe­lés sous les dra­peaux ont pu ren­trer à par­tir de cette date de fin des com­bats.

La polémique va au-de­là de l’es­prit de com­mé­mo­ra­tion. Elle met en lu­mière des plaies ja­mais re­fer­mées sous le poids d’un siècle et de­mi de pré­sence fran­çaise en Al­gé­rie. N’ou­blions pas que cette terre était consi­dé­rée comme « la France du Sud » et que la sé­pa­ra­tion est pas­sée par tous les stades du drame : la guerre ci­vile, un chan­ge­ment de ré­gime à Pa­ris, un putsch à Al­ger, des at­ten­tats, des mas­sacres et le grand dé­pla­ce­ment vers la mé­tro­pole. Il y a donc vio­lence de mé­moires entre ceux qui n’at­ten­daient que la paix à tout prix et ceux qui sont tou­jours dans le deuil de l’ar­ra­che­ment.

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