Mé­tiers d’art : ils ont de l’or entre les mains

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - LA UNE - PHO­TO : RI­CHARD BRU­NEL

■ AU­VERGNE. Du 1er au 3 avril, les Jour­nées eu­ro­péennes des mé­tiers d’art mettent l’ac­cent sur le sa­voir­faire et l’his­toire de nos ter­ri­toires. Au me­nu : ex­pos et portes ou­vertes d’ate­liers.

■ SA­VOIR- FAIRE. Cou­te­liers, ébé­nistes, émailleurs, bron­ziers d’art… ils sont nom­breux à tra­vailler pour des clients pres­ti­gieux par­tout dans le monde.

Fran­çois Le­prince a créé la fon­de­rie d’art Ca­bi­ria, à Char­bon­nières- les- Vieilles (Puy-de-Dôme) et tra­vaille, avec sept sa­la­riés, pour des clients pres­ti­gieux par­tout dans le monde.

«J’ai tou­jours ado­ré la vie des ate­liers et les tech­niques. L’ha­bi­le­té de la main et l’ in­tel­li­gence qui se cache der­rière », confie Fran­çois Le­prince. Il a y qua­torze ans, cet in­gé­nieur, di­rec­teur lo­gis­tique chez L’Oréal, quitte l’in­dus­trie de la cos­mé­to­lo­gie pour de­ve­nir bron­zier fon­deur d’art.

Re­con­ver­sion. « La crise des 40 ans, le be­soin de com­bler un manque, ce­lui du tra­vail ma­nuel » , le conduisent der­rière un éta­bli. Pen­dant des mois, il ap­prend le mé­tier chez Fu­sions, une autre fon­de­rie d’art à Char­bon­niè­resles­Vieilles avant de créer sa propre so­cié­té bap­ti­sée Ca­bi­ria.

« Lorsque j’ai vu ma pre­mière cou­lée, j’ai trou­vé ça ma­gique. Pen­dant des mois, j’ai fait des ki­lo­mètres de ci­se­lure, de sou­dure, de pa­tine ».

Op­ti­mi­ser les coûts sans cas- ser l’as­pect créa­tif. « Pe­tit à pe t i t j’a i co m p r i s qu e j’avais un cré­neau à in­ves­tir dans le mo­bi­lier, parce qu’il faut in­té­grer plu­sieurs com­pé­tences ( mi­roi­te­rie, ébé­nis­te­rie…) et que co­or­don­ner et op­ti­mi­ser les coûts sans cas­ser l’as­pect créa­tif des pro­jets, je sais faire »

Un ap­pren­tis­sage per­ma­nent. « Pour être ar­ti­san d’art, il faut beau­coup d’hu­mi­li­té, de cu­rio­si­té, de cou­rage et de pug­na­ci­té. On ne peut pas tri­cher avec la ma­tière. Vous pro­gres­sez, vous tré­bu­chez et vous re­pre­nez de la hau­teur. C’est un ap­pren­tis­sage per­ma­nent avec ceux qui tra­vaillent avec moi ( sept sa­la­riés). La trans­mis­sion des sa­voirs ac­quis par l’ex­pé­rience et les dif­fi­cul­tés sur­mon­tées est es­sen­tielle. De toute fa­çon, il n’y a pas au­jourd’hui de for­ma­tion qui couvre la to­ta­li­té des tech­niques mises en oeuvre ici ».

Ex­por­ta­tion. Sa clien­tèle est étran­gère ( Ca­bi­ria tra­vaille à 70 % pour l’ex­port) et pa­ri­sienne pour l’es­sen­tielle : des ar­tistes, de­si­gners, dé­co­ra­teurs, ar­chi­tectes… Des clients pres­ti­gieux ­dont il tait les noms, clause de confi­den­tia­li­té oblige­ qui lui en amènent d’autres tout comme son site In­ter­net «le bouche­ à­ oreille d’au­jourd’hui » et quelques grands sa­lons in­ter­na­tio­naux comme ce­lui de Du­baï. Les pièces en bronze ou alu­mi­nium, pa­ti­nées ou po­lies, do­ré es à la feuille d’or, d’ar­gent ou de pal­la­dium qui sortent des ate­liers Ca­bi­ria quittent ain­si l’ Au­vergne pour l’Asie, les Usa, la Suisse…

Un mar­ché de niche. « Ça reste un mar­ché de niche très haut de gamme. Il faut en per­ma­nence ap­por­ter des so­lu­tions d’in­no­va­tion. La phase de con­seil est im­por­tante car beau­coup ne connaissent pas les tech­niques de mise en oeuvre du bronze. Au­jourd’hui, on réa­lise des choses ex­tra­or­di­naires en mo­bi­lier contem­po­rain (mi­roir, lustre, table, chaise, gué­ri­don…) C’est une re­la­tion de très grande af­fi­ni­té et de confiance avec ceux qui nous confient leur “bé­bé” ».

Ex­cel­lence du « Made in France ». Pour Fran­cois Le­prince, être en Au­vergne n’est en rien un frein au dé­ve­lop­pe­ment de Ca­bi­ria. « On trouve tous les sa­voir­faire connexes dont on a be­soin ( dé­coupe la­ser, trai­te­ment de sur­face…) en Rhône­ Al­pesAu­vergne. »

Un sa­voir­faire re­con­nu. Alors que Ca­bi­ria a dé­cro­ché le la­bel « En­tre­prise du pa­tri­moine vi­vant » qui pro­meut l’ex­cel­lence du made in France, Fran­çois Le­prince a éga­le­ment créé avec la Chambre de com­merce in­ter­na­tio­nale l’as­so­cia­tion « In­fi­ni­ment Lu x e » qu i ré u n i t se p t autres marques puy­dô­moises en pointe.

Ave­nir. « Avant le té­lé­phone son­nait et la com­mande tom­bait. Au­jourd’hui, il faut al­ler cher­cher le client. Et on a une vraie force de frappe si on s’or­ga­nise » , ex­plique­t­il, convain­cu « qu’il y a un ave­nir pour les mé­tiers d’art ».

« Il est tout à fait pos­sible de vivre sa pas­sion au sein d’une di­men­sion éco­no­mique. Mais il faut aus­si que nos en­tre­prises sachent va­lo­ri­ser les in­di­vi­dus, per­mettent l’ex­pres­sion de la pa­role et au­to­risent la prise de risque de cha­cun. Une chose est sûre : on peut être fier de notre bou­lot car on fait de belles choses ».

BRON­ZIER D’ART. Pa­tine à chaud d’un piè­te­ment de lampe en bronze dans l’ate­lier de la fon­de­rie d’art Ca­bi­ria créée voi­ci 14 ans à Char­bon­nières-les-Vieilles par Fran­çois Le­prince.

RI­CHARD BRU­NEL

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