« C’est du me­nu fre­tin »…

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE - Ga­vin’s Cle­mente Ruiz

Trans­pa­rent aux yeux d’au­trui

Quand on vous dit que « c’est du me­nu fre­tin », voire même que vous êtes du me­nu fre­tin, pas de doute, la des­crip­tion n’est guère flat­teuse.

L’ori­gine de cette ex­pres­sion pro­vient du do­maine de la pêche. Fre­tin est un mot du XIIe siècle, de l’an­cien fran­çais « frait » ou dé­bris. Par ex­ten­sion, on a dé­si­gné ain­si des bri­sures, des pe­tites pièces de mon­naie sans va­leur, mais sur­tout les pe­tits pois­sons qu’un pê­cheur vient à at­tra­per, et qu’il re­jette spon­ta­né­ment. Il n’en fe­ra rien si ce n’est un peu de fri­ture.

Ce ne sont pas les pê­cheurs du di­manche, qui s’ap­prête à al­ler ta­qui­ner la bête, qui me contre­di­ront. Ce me­nu fre­tin, ces prises bien maigres, n’ont pas d’in­té­rêt pour le pê­cheur, qui pré­fère les plus grosses prises ! N’est­ce pas ? Si­non, que man­ge­ra­t­on ce soir ?

On trouve comme sy­no­nyme « bai­gaille », « pois­son­naille », où le suf­fixe en « aille » ex­prime bien le peu d’in­té­rêt, as­sez pé­jo­ra­tif.

Cette ex­pres­sion se­ra en­suite adop­tée pour dé­si­gner tout homme, toute femme, qui ne fait pas l’af­faire, voire même les basses franges de la po­pu­la­tion avec la­quelle il ne faut pas frayer. Être consi­dé­ré comme du me­nu fre­tin, c’est aus­si être com­plè­te­ment trans­pa­rent aux yeux d’au­trui. On ne s’oc­cupe pas de ces per­sonnes, sans grand in­té­rêt. Bref, pas bien po­si­tif tout ça !

Ga­vin’s Cle­mente Ruiz. Né en 1978, Ga­vin’s Cle­mente Ruiz est l’au­teur de J’y suis,

j’y reste, une pe­tite an­tho­lo­gie des ex­pres­sions de notre his­toire (chez Al­bin Mi­chel), Les coups de foudre qui ont fait l’his­toire (La li­brai­rie Vui­bert) et Le Fin Mot des ex­pres­sions po­pu­laires, ses chro­niques pa­rues dans nos co­lonnes (Édi­tions Ci­ty).

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