Par­mi les ruines

Re­bâ­tir sur les ruines du li­bé­ra­lisme en faillite sans en ou­blier les re­cettes. Une belle idée pro­mise à l’échec ou à l’uto­pie ?

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE - Da­niel Mar­tin da­niel.mar­tin@cen­tre­france.com Ré­fé­rences. Il y a mieux à vivre. Ben­ja­min Mar­ko­vitz. Tra­duit par C. Ri­chard-Mas. Édi­tions Bour­gois. 443 pages, 23 €.

La rust belt ou cein­ture de la rouille dé­signe ce qui fut la riche ré­gion in­dus­trielle, au nord est des États­Unis, avant que tout s’ef­fondre, les cours, les ventes, que les usines fermes et les grandes firmes plient ba­gages, en­traî­nant à leur suite toute une po­pu­la­tion désoeu­vrée, pres­sée de se dé­bar­ras­ser de ses biens pour al­ler, ailleurs, cher­cher de quoi vivre.

La fin du grand rêve amé­ri­cain ? Pas vrai­ment. Sur ces ruines na­quirent d’autres pro­jets. Idée que re­prend Ben­ja­min Mar­ko­vitz dans ce ro­man en mê­lant très ha­bi­le­ment le do­cu­ment, à la fic­tion. Avec ce qu’il faut de dis­tance pour ne som­brer ni dans l’uto­pie béate, ni dans un pes­si­misme conve­nu.

Il ima­gine un gars, Mar­ny, moyen en tout, dont un ami d’en­fance a fait for­tune dans les start­up, tout en res­tant dé­mo­crate et prêt à tout pour ne pas se lais­ser abattre.

Son idée ? « Par­tir­de­zé­ro­en­Amé­rique » : ra­che­ter des quar­tiers dé­la­brés de De­troit, l’une des ci­tés dé­vas­tées, louer les mai­sons à des gens ayant des com­pé­tences ou l’éner­gie né­ces­saire pour leur re­don­ner vie. Créer de la sorte un mo­dèle de re­nou­vel­le­ment ur­bain pou­vant être re­pro­duit ailleurs. À condi­tion de réus­sir. Au­tre­ment dit de bien me­ner ses af­faires, de ra­che­ter au plus bas prix, d’en­cou­ra­ger le bé­né­vo­lat, de tri­pa­touiller les comptes. Dis­crè­te­ment, pour ne pas ter­nir l’élan gé­né­reux.

Ré­si­dants ré­sis­tants

Mar­ny largue le peu qu’il a. S’ins­talle. Se met au bou­lot. Constate les dé­gâts : par­tout des mai­sons à vendre ou aux fe­nêtres con­dam­nés par des planches, quand elles n’ont pas été in­cen­diées, pour la prime. Et quelques ré­si­dants, ré­sis­tants, beau­coup de Noirs, qui voient ar­ri­ver ces bo­bos Blancs fri­qués d’un très mau­vais oeil. C’est alors que com­mencent les pro­blèmes, que le ro­man trouve son rythme, que les per­son­nages prennent leur vraie di­men­sion.

Bi­lan ? Un ro­man édi­fiant ser vit par une tra­duc­tion im­pec­cable.

DE­TROIT. Une ville dé­vas­tée par la crise.

DR

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