Un concert de… smart­phones !

« Smart­faust », des ap­pli­ca­tions pour jouer de la mu­sique avec son por­table

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - FRANCE & MONDE -

Don­ner un concert sans sa­voir jouer d’un ins­tru­ment : c’est le pa­ri un peu fou de « Smart­Faust », une sé­rie d’ap­pli­ca­tions nu­mé­riques qui per­mettent de pro­duire des sons en ma­ni­pu­lant son té­lé­phone por­table.

C’est dans le cadre de la Bien­nale « Mu­siques en Scène » , dont la 8e édi­tion se tient j u s q u’ à a u j o u rd’ h u i à Lyon, que le concept est né il y a deux ans pour faire par­ti­ci­per spon­ta­né­ment le pu­blic à une créa­tion mu­si­cale au­tour des nou­velles tech­no­lo­gies, sans exi­ger de lui une com­pé­tence par­ti­cu­lière.

« Je m’adresse aux cu­rieux, aux gens qui sont sans idées pré­con­çues » , sou­ligne le com­po­si­teur Xa­vier Gar­cia, choi­si par le Grame, le centre na­tio­nal de créa­tion mu­si­cale de Lyon à l’ori­gine de la bien­nale et du pro­jet.

Au to­tal, treize ap­pli­ca­tions cor­res­pon­dant à un ins­tru­ment de mu­sique ou une so­no­ri­té, ou plu­sieurs, com­posent « Smart­Faust » et peuvent être té­lé­char­gées gra­tui­te­ment sur les pla­te­formes An­droid ou App Store.

Il suf­fit en­suite de suivre la ges­tuelle du chef d’or­chestre avec son smart­phone pour gé­né­rer bruits et sons qui va­rient se­lon l’am­pli­tude et la ra­pi­di­té des gestes. Le pia­no­tage sur l’écran est ex­clu. Sauf pour chan­ger d’ap­pli­ca­tion, au gré de la par­ti­tion.

« Il y a des ré­ver­bé­ra­tions, le pas­sage du grave à l’ai­gu, des chan­ge­ments de vo­lume et de timbre aus­si. Ce sont toutes ces com­po­santes du son qu’on fait va­rier » , ex­pli­quait Xa­vier Gar­cia lors d’un « flashmob » pour « choeur » de té­lé­phones por­tables or­ga­ni­sé un soir d e m a r s a u Mu s é e d e s Con­fluences, entre Rhône et Saône.

Sui­vant leur chef d’or­chestre, une qua­ran­taine de pro­fanes re­tour­naient leur smart­phone sur le dos, le pla­çaient sur la tranche ou lui fai­saient faire des mou­li­nets, créant ain­si une sin­gu­lière mé­lo­die com­po­sée de « bips » élec­tro­niques.

« C’est as­sez in­tri­gant, as­sez dé­con­cer­tant. Tout le monde fait le même geste au même mo­ment et ça fait un bruit comme ve­nu de l’es­pace » , com­men­tait Jean­Bap­tiste Le­gouy, 28 ans, après avoir par­ti­ci­pé à l’ex­pé­rience.

« Au­tant de per­sonnes qui peuvent gé­né­rer un son comme ça, juste avec des smart­phones, c’est très im­pres­sion­nant ! » s’en­thou­sias­mait Fran­çois, un ly­céen de 18 ans.

Du­rant la Bien­nale, des concerts par­ti­ci­pa­tifs « Smart­Faust » ont eu lieu à l’Hô­tel de Ville de SaintÉ­tienne et dans des trains.

« C’est dif­fé­rent de la mu­sique tra­di­tion­nelle. Et pas si évident que ça. Le geste sur­tout est par­ti­cu­lier. Moi, je fais du vio­lon au conser­va­toire mais ça n e m’ a p a s f o rc é m e n t ai­dé », confiait une par­ti­ci­pante au concert joué dans la Loire, où les sons des té­lé­phones ré­pon­daient à des per­cus­sions.

Les mor­ceaux pour smart­phones peuvent du­rer jus­qu’à une quin­zaine de mi­nutes. Et sont étu­diés dans des écoles de la ré­gion grâce à la pla­te­form e we b « Fa u s t Au d i o Play­ground », qui per­met la concep­tion d’ap­pli­ca­tions mu­si­cales et re­pose sur le lan­gage de pro­gram­ma­tion « Faust » , conçu éga­le­ment au Grame.

« Quand on veut faire un ins­tru­ment de mu­sique (nu­mé­rique), il faut pou­voir le dé­crire et il faut pour ça une sorte de vo­ca­bu­laire. Nous, on éla­bore des vo­ca­bu­laires spé­cia­li­sés », ex­plique Yann Or­la­rey, di­rec­teur scien­ti­fique d u c e n t re n a t i o n a l d e créa­tion.

« Est­ce que c’est de la belle mu­sique ? Est­ce que c’est de la mu­sique tout court ? Je n’en sais rien. En tout cas, il y a du mu­si­cal là­de­dans et je trouve très in­té­res­sant de le faire tou­cher du doigt à un pu­blic de non­mu­si­ciens » , conclut Xa­vier Gar­cia.

AP­PLIS.

Il suf­fit de suivre la ges­tuelle du chef d’or­chestre avec son smart­phone.

PHO­TO AFP

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