Re­trou­vailles après 64 ans de sé­pa­ra­tion

Jean­Louis et Ber­na­dette sont frère et soeur et ont eu des vies ra­di­ca­le­ment dif­fé­rentes

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - RÉGION ACTUALITÉ - Gré­goire Nartz gre­goire.nartz@gmail.com

Aban­don­nés peu après leurs nais­sances, Jean-Louis et Ber­na­dette ne se sont ja­mais connus. Le frère et la soeur se sont ren­con­trés pour la pre­mière fois en jan­vier 2016.

Ca­fé chaud et pe­tits gâ­teaux sur la table du sa­lon, Ber­na­dette re­çoit son frère, JeanLouis, le plus na­tu­rel­le­ment du monde. La ré­si­dente du quar­tier Cham­pra­tel à Cler­mont­Fer­rand par­tage avec lui un nom de fa­mille, Gau­thier, mais bien peu de sou­ve­nirs. Et pour cause, ces deux pu­pilles de la na­tion ne se sont vus pour la pre­mière fois qu’en jan­vier 2016. Après 64 ans de sé­pa­ra­tion.

« Nos pa­rents étaient très jeunes et très pauvres lors­qu’ils nous ont eus. Ils m’ont aban­don­né à 11 mois alors que ma mère n’avait que 15 ans. Ils ont en­suite eu ma soeur et l’ont aban­don­née aus­si, avant de se sé­pa­rer », ex­plique Jean­Louis, au­jourd’hui âgé de 66 ans.

La vie ré­serve alors des par­cours ra­di­ca­le­ment dif­ fé­rents à cette fra­trie bri­sée. Jean­Louis est pla­cé dans une ferme de la Nièvre où il re­ce­vra une édu­ca­tion af­fec­tueuse. Ber­na­dette, en­voyée dans une quin­zaine de foyers et fa­milles peu ai­mantes, ra­conte pu­di­que­ment que son en­fance a été « très dif­fi­cile ». Un eu­phé­misme…

L’his­toire de Ber­na­dette et Jean­Louis est celle de mil­liers d’en­fants pla­cés à qui on a ca­ché leurs ori­gines. Lors­qu’en 1972, âgée de 20 ans, Ber­na­dette de­ mande à l’aide so­ciale à l’en­fance des élé­ments sur ses ori­gines, on lui in­time de ne pas pen­ser au pas­sé. Dans la même lettre, on lui ap­prend qu’elle a un frère, mais que ce­lui­ci n’a pas « le dé­sir d’avoir des contacts » avec elle.

En réa­li­té, c’est en no­vembre 2015 que JeanLouis dé­couvre qu’il a une soeur. Le dé­cès de leur père bio­lo­gique a pous­sé un gé­néa­lo­giste sur les traces de la fra­trie, dans le cadre des droits de suc­ces­sion. C’est par lui que Jean­Louis au­ra les co­or­don­nées de sa soeur.

« Un gros choc »

« Ce­la a été un gros choc d’ap­prendre son exis­tence. J’ai tou­jours été toute seule et d’un coup, j’ai de la fa­mille. J’étais très contente », souffle Ber­na­dette, la gorge ser­rée. « J’ai tou­jours rê­vé avoir un JeanPaul Gau­thier, j’ai eu un Jean­Louis ! » Son frère, plus dis­cret sur ses états d’âmes, avoue lui aus­si que cette ren­contre l’a se­coué…

Les Gau­thier n’ont pas fi­ni d’avoir des émo­tions. Ven­dre­di, ils ont ren­con­tré une de­mi­soeur née d’une se­conde union de leur père. Et des de­mi­frères et soeurs, ils en ont en­core cinq !

FRÈRE ET SOEUR.

Ber­na­dette Gau­thier-Mo­re­lot et son frère Jean-Louis Gau­thier ap­prennent à se connaître.

PHO­TO RI­CHARD BRU­NEL

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