Le prix Ar­verne pour Da­niel Crozes

L’Avey­ron­nais ho­no­ré pour son ro­man Un été d’herbes sèches

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - RÉGION - ACTUALITÉ - Fran­çois Des­noyers

C’était au coeur de l’été 1970. Jeune Avey­ron­nais, Da­niel Crozes avait ré­pon­du à une de­mande de ses pa­rents : al­ler ai­der son oncle et sa tante pour les fe­nai­sons. L’ex­pé­rience al­lait le mar­quer à ja­mais.

L’en­trée dans cette ferme « de quelques hec­tares et quatre vaches », dans cette « France bos­se­lée et déshé­ri­tée », de­vait faire de lui le té­moin pri­vi­lé­gié des der­niers souffles d’un uni­vers à l’ago­nie. Le « monde pay­san d’au­tre­fois » s’étei­gnait alors que, dé­jà, non loin, d’autres ex­ploi­ta­tions avaient pris le train de la mo­der­ni­té pro­duc­ti­viste.

L’odeur des sous-bois

Les an­nées ont pas­sé et Da­niel Crozes s’est dit qu’il était temps. Temps de « faire un travail de mé­moire et de don­ner à voir une vie ru­rale dont les li­mites ne dé­pas­saient pas quelques cen­taines de mètres au­tour de la ferme ». De ses sou­ve­nirs est né un ro­man à large ins­pi­ra­tion au­to­bio­gra­phique, Un été d’herbes sèches (Edi­tions du Rouergue). Cette plon­gée dans ce monde ru­ral avey­ron­nais au­jourd’hui dis­pa­ru a su par­ler au coeur des Au­ver­gnats de Pa­ris. L’ou­vrage a ain­si rem­por­té, jeu­di soir, le prix Ar­verne 2016, dis­tinc­tion lit­té­raire que la Ligue au­ver­gnate et du Mas­sif cen­tral ac­corde chaque an­née à un au­teur ou un livre en lien avec le ter­roir ori­gi­nel du centre de la France. Si le té­moi­gnage his­to­rique a sé­duit, c’est aus­si pour ses qua­li­tés lit­té­raires que le ro­man s’est im­po­sé.

Re­met­tant le prix au lau­ ré­at, le pré­sident du ju­ry, Ray­mond Tré­bu­chon, a sou­li­gné tout le ta­lent de l’au­teur pour plon­ger le lec­teur dans une époque, et avec elle une at­mo­sphère : « Il par­vient qua­si­ment, par l’écri­ture, à nous faire sen­tir les odeurs des sous­bois, des pâ­tu­rages et des prés. Tout comme on a éga­le­ment l’im­pres­sion, au fil des pages, de voir les gestes des per­son­nages. » Da­niel Crozes n’en est pas à son coup d’es­sai. Après quelques an­nées dans le jour­na­lisme, l’homme s’est ra­pi­de­ment tour­né vers la littérature. Pro­li­fique, il a écrit une cin­quan­taine de livres (bio­gra­phies, es­sais, ro­mans), avec une pré­di­lec­tion pour l’évo­ca­tion de son pays avey­ron­nais, où il vit au­jourd’hui.

On lui doit no­tam­ment une tri­lo­gie sur la Ré­vo­lu­tion fran­çaise en Avey­ron, ou en­core La Gan­tière, ou­vrage à tra­vers le­quel il évoque l’apo­gée puis le dé­clin de la gan­te­rie à Millau.

Va­leur sen­ti­men­tale

Au coeur de cette vaste pro­duc­tion, il ac­corde à son der­nier ro­man, Un été d’herbes sèches, une place par­ti­cu­lière. « Il a une va­leur sen­ti­men­tale im­por­tante, c’est un ou­vrage qui a cou­lé de source pour moi », ex­plique­t­il. Un ou­vrage qui per­met aus­si à son au­teur comme à ses lec­teurs de gar­der une trace de ce pan de l’his­toire ru­rale (et leur propre his­toire) qui ap­par­tient au pas­sé. Comme le ré­sume Da­niel Crozes, « de tout ce­la, il me res­te­ra ce livre. »

LAU­RÉAT. Da­niel Crozes a vou­lu faire un travail de mé­moire.

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