Haute tra­hi­son

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAG DIMANCHE - D. M.

Le drame sous le rire.

De Rou­baix à l’Al­gé­rie. Ce ro­man, d’abord tout en gé­né­ro­si­té et bons sen­ti­ments, se ré­vèle bien vite plus âpre, plus sombre et se ter­mine sur la ré­vé­la­tion d’une ter­rible tra­hi­son. Amertume à longue por­tée.

Dans une li­brai­rie de quar­tier, au cours des an­nées soixante, un couple est là qui com­merce, conseille. Plus en­core re­çoit, écoute, s’im­plique jus­qu’à être in­ves­ti d’une forme de mis­sion so­ciale, « al­pha­bé­ti­sa­tion, in­ser­tion, in­té­gra­tion et tout ce qui tente d’em­pê­cher les pré­ju­gés du ra­cisme […], le re­jet gra­tuit ». Puis ils meurent. Leur fille Yvonne prend la suc­ces­sion, sans chan­ger de phi­lo­so­phie.

C’est alors qu’Ab­del Du­pon­chelle, gosse friand de lec­ture, pousse la porte, quelques cen­times en poche. Bien ac­cueilli, il s’ins­talle, s’éduque. Ap­prend que « les livres sont des amis com­muns à tous les hommes, des lieux où faire la paix, des lieux d’éga­li­té ». Les an­nées passent. Il de­vient prof, sans s’éloi­gner de la li­brai­rie. En hé­rite quand Yvonne, à son tour, dis­pa­raît.

Et tout bas­cule. En fai­sant les comptes et le mé­nage, Ab­del dé­couvre d’étranges do­cu­ments qui le ra­mènent à la Guerre d’Al­gé­rie telle que se la li­vraient en France les fac­tions ri­vales, avec l’OAS pour ne rien ar­ran­ger. Il en­quête, com­prend en­fin pour­quoi Yvonne a re­non­cé à son mé­tier de jour­na­liste et ce qui l’a bri­sée.

Mi­chel Quint re­late l’es­poir et le drame dans une prose que l’on pour­rait qua­li­fier de « poé­ti­que­dense ». Puise à tous les re­gistres, po­pu­laire ou sa­vant, pour trou­ver les mots justes. Confie le rôle du por­teur de mé­moire à Saïd, un vieux fou ja­mais re­mis d’un at­ten­tat.

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