La vio­lence des sen­ti­ments

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE -

Une lu­ci­di­té froide et forte.

Pas tendre. Ni rose. Ni gui­mauve. Mais ra­di­cale, bru­tale, in­tran­si­geante, Ja­mai­ca Kin­caid traite de su­jets dé­jà abon­dam­ment mal­trai­tés, l’en­fance, la fa­mille, le couple ou l’amour. De telle fa­çon qu’elle en ra­vive l’in­té­rêt, les es­sen­tia­lise.

Un mot de sa vie. Née dans une fa­mille pauvre des Ca­raïbes, très liée à une mère qui la dé­laisse au pro­fit de ses jeunes frères et l’ex­pé­die à New York comme fille au pair. Une fois là, elle brise tout lien avec les siens, fait des études, change de nom, s’éman­cipe, écrit dans la presse, puis des livres, se ma­rie, a des en­fants, di­vorce. Écrit en­core et se tait. Après dix ans de si­lence, pu­blie ce Voyons voir. Au­cun apai­se­ment.

Donc, rien de plus vrai quand elle dit : « Ma mère est morte au mo­ment où je suis née », à la pre­mière phrase d’Au­to­bio­gra­phie de ma mère. Rien de plus dé­sas­treux : « Toute ma vie il n’y a ja­mais rien eu entre moi et l’éter­ni­té ; dans mon dos souf­flait tou­jours un vent lu­gubre et noir ». Ce vent froid que res­sentent à ja­mais les ma­lai­més d’en­fance, les condamne à l’in­dif­fé­rence, la dis­tance, la so­li­tude.

Voyons voir ? La rup­ture d’un vieux couple avec vio­lence, éclats. Un mé­nage usé par les jours, ron­gé par la haine. Mr Sweet qui com­pare sa si­tua­tion à celle de Chos­ta­ko­vitch qu’il ad­mire, sous Sta­line, pré­fère re­joindre une plus jeune, une plus douce.

Ja­mai­ca Kin­caid prête quelques­uns de ses traits à la ter­ri­fiante épouse, entre autres sa pas­sion du jar­di­nage, l’amour de la terre. Cette terre où germent les graines, dis­pa­raissent les corps, car « la mort est la seule réa­li­té ».

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