Le Chat met son grain de sel

« Nez à nez » avec les ori­gi­naux, le Ma­tou phi­lo­sophe de Ge­luck com­mente trente oeuvres em­blé­ma­tiques de l’his­toire de l’art. À voir au nou­veau Mu­sée en Herbe de Pa­ris, jus­qu’au 31 août.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE -

Une tren­taine d’oeuvres em­blé­ma­tiques de l’his­toire de l’art ont été ac­cro­chées « nez à nez » au Mu­sée en Herbe de Pa­ris avec leur in­ter­pré­ta­tion par le Chat de Ge­luck.

Le Ma­tou phi­lo­sophe rend ain­si hom­mage à Bas­quiat, Bou­din, Cé­sar, Keith Ha­ring, Klein, Sou­lages, Va­sa­re­ly, Wa­rhol… et bien d’autres. Les vi­si­teurs sont in­vi­tés à ad­mi­rer trente chefs­d’oeuvre de l’An­ti­qui­té à nos jours et s’amu­ser de­vant au­tant d’hom­mages ami­caux et ad­mi­ra­tifs du ma­tou pince­sans­rire et de son maître.

À la fois ini­tia­tion à l’his­toire de l’art, ré­flexion hu­mo­ris­tique sur les oeuvres et dé­cou­verte d’une fa­cette ré­cente du travail de Ge­luck, cette ex­po­si­tion a été con­çue pour les 3 à 103 ans comme le pro­met le slo­gan du mu­sée.

Ama­teur d’art éclai­ré, le Chat qui n’a peur de rien ne se prive pas de com­men­ter le travail d’ar­tistes comme Leo­nard de Vin­ci, Sou­lages, Mon­drian ou Pi­cas­so.

C’est sou­vent in­so­lent, tou­jours drôle, ja­mais mé­pri­sant. Bien sûr, la vraie Jo­conde est res­tée au Louvre (« Quel dom­mage pour le Louvre », com­mente Ge­luck), mais plu­sieurs mu­sées, ga­le­ries ou col­lec­tion­neurs pri­vés ont joué le jeu et prê­té un de leurs chefs­d’oeuvre.

À cô­té de la toile rouge fen­due d’un coup de cut­ter du peintre ita­lien Lu­cio Fon­ta­na, prê­tée par le mu­sée de Nice, Ge­luck a ac­cro­ché une de ses oeuvres où l’on voit le Chat grif­fer un ta­bleau. « Ma femme m’a de­man­dé de faire des Fon­ta­na plu­tôt que d’abî­mer des fau­teuils », s’amuse l’au­teur.

Le mu­sée Ma­gritte de Bruxelles a dé­lé­gué une pe­tite gouache de Ma­gritte ja­mais pré­sen­tée pu­bli­que­ment. Quelques ar­tistes en re­vanche, dont Bu­ren, ont re­fu­sé d’être ex­po­sés aux cô­tés du Chat. Cer­taines oeuvres n’ont pas été pré­sen­tées en rai­son du prix trop éle­vé des as­su­rances. Le Mu­sée en Herbe a ain­si re­non­cé à ac­cueillir un Gia­co­met­ti as­su­ré pour 35 mil­lions d’eu­ros.

Les vi­si­teurs ne voient pas non plus les oeuvres ori­gi­nales d’Ed­vard Munch, Claude Mo­net, Vincent Van Gogh ou du peintre ita­lien du XVIe siècle Giu­seppe Ar­cim­bol­do connu pour ses por­traits com­po­sés de fleurs, fruits et lé­gumes. Ils peuvent ad­mi­rer ce­pen­dant le ta­bleau d’un autre ar­tiste ita­lien du XVIe siècle, Le Mar­tyre de Saint­Sé­ba­tien

d’An­ni­bale Car­rac­ci ex­po­sé à cô­té d’un ta­bleau du Chat, trans­per­cé de flèches et di­sant : « Je ne trouve pas ça très ma­lin de lais­ser des en­fants jouer aux In­diens à cô­té d’un si beau ta­bleau ». Ab­sente elle aus­si, la Vé

nus de Mi­lo, « trop lourde à trans­por­ter », ri­gole Ge­luck qui ex­pose à cô­té d’une ré­plique de la cé­lèbre sta­tue une sé­rie dé­so­pi­lante dé­tour­née à sa fa­çon.

L’idée de rendre hom­mage à de grands ar­tistes re­monte au dé­but des an­nées 1990, se sou­vient Phi­lippe Ge­luck.

Avouant être fas­ci­né et avoir de la ten­dresse pour les ar­tistes qu’il pa­ro­die, Ge­luck ex­plique qu’il se « glisse dans leur tête » pour tra­vailler. « Ain­si, l’es­pace d’un mo­ment, j’ai l’im­pres­sion d’être un peu moi­même l’ar­tiste à qui je rends hom­mage. »

« Je veux évi­dem­ment faire rire mais aus­si faire ré­flé­chir au travail de l’ar­tiste et es­sayer que ce soit beau aus­si, agréable à re­

gar­der. » Les pein­tures de Ge­luck, des acry­liques sur toile, sont elles­mêmes des oeuvres d’art à n’en point dou­ter.

Face à la sculp­ture étin­ce­lante et rose fuch­sia « Ve­nus Bal­loon » de l’Amé­ri­cain Jeff Koons, Ge­luck a ins­tal­lé une sculp­ture en ré­sine chro­mée de son Chat li­sant un jour­nal où il est écrit : « cer­taines sculp­tures pensent… d’autres ré­flé­chissent ».

Ge­luck es­père que cette ex­po­si­tion, des­ti­née avant tout aux en­fants, leur don­ne­ra en­vie de pour­suivre leur dé­cou­verte dans d’autres mu­sées.

« Après une ex­po­si­tion comme celle­ci, ils vont en­core avoir en­vie de voir des choses et ils vont lire eux­mêmes dans des ta­bleaux des choses que tout le monde ne lit pas. »

« C’est ça qui m’en­chante. Je vou­drais éveiller un in­té­rêt dans la tête des jeunes vi­si­teurs et leur don­ner le goût des images et, peut­être, du dé­tour­ne­ment… En­fin s’ils veulent faire du Pol­lock, mieux vaut le faire à la mai­son qu’au mu­sée. »

« Cer­taines sculp­tures pensent… d’autres ré­flé­chissent »

HOM­MAGE. Phi­lippe Ge­luck a tra­vaillé dans le mu­sée même. « Je n’évoque dans mes dé­tour­ne­ments que les ar­tistes que j’ad­mire ». DR

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