Le 32e, « ré­gi­ment men­diant »

En 1870, guerre et mi­sère des ré­ser­vistes du Puy­de­Dôme

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - PUY-DE-DÔME - Jean-Paul Gon­deau

Pauvre de lui ! Du­rant l’hi­ver de 1870, alors que la guerre avec l’Al­le­magne tire à sa fin, le 32e ré­gi­ment traîne-sa­vates du Puy-de-Dôme se­ra dé­ci­mé par le froid de Franche-Com­té. « On l’a sur­nom­mé le ré­gi­ment men­diant», ra­conte l’his­to­rien Laurent Teit­gen.

Au lieu de ren­con­trer la gloire des hé­ros, ils ont su­bi la mi­sère des gueux. Laurent Teit­gen, membre de l’Aca­dé­mie des Belles­lettres de Cler­mont, a ra­con­té mer­cre­di à ses pairs comment les 5.000 ré­ser­vistes du 32e ré­gi­ment du Puy­de­Dôme ont été da­van­tage dé­ci­més par le froid de Fran­cheCom­té que par l’en­ne­mi prus­sien du­rant le ter­rible hi­ver 1870­1871.

Un ré­gi­ment sans al­lure, une troupe de dé­braillés et de traîne­sa­vates… Au point que « son gé­né­ral l’a sur­nom­mé le ré­gi­ment men­diant ». Laurent Teit­gen a éplu­ché les jour­naux au­ver­gnats de l’époque comme Le Mo­ni­teur qui sui­vait pas à pas « nos sol­dats ». Le confé­ren­cier ex­plique : « Après la dé­faite de Se­dan, c’était la dé­ sor­ga­ni­sa­tion com­plète. La moi­tié des sol­dats n’avait pas de chaus­sures et s’en­rou­lait les pieds dans du tis­su. Ils n’ont pas énor­mé­ment com­bat­tu et il y a eu plus de morts à cause du froid que de tués au com­bat. Dans la ré­gion de Mont­bé­liard, où ils ont cam­pé pen­dant trois se­maines, la tem­pé­ra­ture est des­cen­due à ­15°. Il y a eu entre deux et trois morts par nuit… ». Ce mal­heu­reux 32e ré­gi­ment était for­mé de trois ba­taillons d’Is­soire, Riom et Cler­mont. Des com­bat­tants pro­mis au sa­cri­fice alors que Na­po­léon III ve­nait d’ab­di­quer et que « Gam­bet­ta croyait en­core pou­voir ren­ver­ser le cours de l’his­toire ».

Que pou­vait es­pé­rer la troi­sième Ré­pu­blique de ces ré­ser­vistes qui avaient échap­pé dans un pre­mier temps au ser­vice mi­li­taire de cinq ans « parce qu’ils avaient ti­ré le bon nu­mé­ro » au ti­rage au sort comme on le pra­ti­quait à l’époque ? Laurent Teit­gen dit toute l’énor­mi­té de la tâche et l’ab­sur­di­té de la mis­sion : « Ils ont été mo­bi­li­sés à par­tir de sep­tembre 1870 pour sup­pléer à toute l’ar­mée fran­çaise qui était pri­son­nière en Al­le­magne à la suite des dé­faites de Metz et de Se­dan ».

En fé­vrier 1871, pour­chas­sé par les Al­le­mands, le 32e ré­gi­ment se ré­fu­gie en Suisse où il res­te­ra « in­ter­né » le temps des né­go­cia­tions de paix. Si Laurent Teit­gen, ingénieur chez Mi­che­lin, s’in­té­resse à cet épi­sode de l’his­toire, ce n’est pas par ha­sard : « Je suis d’ori­gine Lor­raine. Ma fa­mille a été très mar­quée par l’an­nexion à l’Al­le­magne de l’Al­sa­ceLor­raine à la suite de la dé­faite de 1870 ».

SOURCES. Laurent Teit­gen a com­pul­sé aux ar­chives dé­par­te­men­tales les neufs jour­naux qui pa­rais­saient à l’époque dans le Puy-de-Dôme. PHO­TO FRANCK BOILEAU

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