Jeanne ins­crite au ta­bleau d’hon­neur

A la re­dé­cou­verte de l’his­toire de la construc­tion et de l’évo­lu­tion des ly­cées cler­mon­tois

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - CLERMONT - Pierre Ga­briel Gon­za­lez pgg@orange.fr

Mal­gré tout le poids de la dis­ci­pline, la vie quo­ti­dienne au ly­cée Jeanne-d’Arc n’a pas été le « long fleuve tran­quille » que nous ima­gi­nons au­jourd’hui.

Com­men­çons par re­mettre les choses dans leur contexte de l’époque. Élèves et en­sei­gnants bé­né­fi­ciaient à Jeanne­d’Arc de tout le « confort mo­derne ». Tout était conçu pour le bien­être des élèves. Le seul hia­tus ma­jeur fut le suc­cès gran­dis­sant de l’éta­blis­se­ment…

Avec le gon­fle­ment des ef­fec­tifs, les classes at­tei­gnaient 40, voire 50 élèves à la fin des an­nées 1930. En pa­ral­lèle, le tra­vail des élèves était in­tense et les plaintes des mères de fa­milles s’ac­cu­mu­laient sur le bu­reau de la di­rec­trice : leurs jeunes filles se cou­chaient trop tar­di­ve­ment et ne pro­fi­taient pas des sor­ties du jeu­di et du di­manche.

Vingt de conduite si­non rien !

La même an­née, des contes­ta­tions à pro­pos de pro­blèmes en arith­mé­tique par­ve­naient à la di­rec­trice qui en pro­fi­ta pour pré­ci­ser : « Le pa­rent ai­dant son en­fant à la mai­son de­vait obli­ga­toi­re­ment l’in­di­quer sur la co­pie ». C’était sans comp­ter aus­si sur la lour­deur du tra­vail des en­sei­gnants. En 1934, une lettre de la di­rec­trice au rec­teur sol­li­ci­tait la ré­duc­tion du nombre de grandes com­po­si­tions, ces de­voirs ré­di­gés en classes qui de­man­daient une cor­rec­tion ap­pro­fon­die. La plainte des pro­fes­seurs, sou­te­nue par leur ad­mi­nis­tra­tion, ne fut pas re­te­nue par le rec­to­rat qui pro­po­sa sim­ple­ment de ré­amé­na­ger les de­voirs tri­mes­triels se­lon les ma­tières.

Cô­té dis­ci­pline, les choses étaient bien ca­drées dès les pre­mières an­nées : « Les élèves ne doivent pas se tu­toyer […] Les élèves ne doivent par­ler ni dans les rangs, ni dans les ves­tiaires, ni dans les classes en at­ten­dant leur pro­fes­seur […] Dans la rue, les élèves qui sont ac­com­pa­gnées par une maî­tresse ne doivent ni par­ler, ni se re­tour­ner dans les rangs.

Des dérapages ar­ri­vaient fré­quem­ment

Et ce n’est pas tout : « Ma­dame la Di­rec­trice prie les pa­rents de n’en­voyer les en­fants à Jaude que pour l’heure exacte du dé­part du tram­way ou de les sur­veiller jus­qu’au mo­ment où une maî­tresse ré­pé­ti­trice ar­rive avec les élèves ve­nant de Royat […] Les ex­ternes ne doivent faire pour les in­ternes au­cune com­mis­sion. Si une élève ex­terne sou­haite prê­ter un livre à une in­terne ou à une autre ex­terne, elle le re­met à la maî­tresse qui se tient à la bi­blio­thèque, afin que l’au­to­ri­sa­tion soit de­man­dée à Ma­dame la Di­rec­trice ». Ce rè­gle­ment n’évo­lue­ra guère jus­qu’en 1949. Les ly­céennes étaient, certes, so­li­de­ment en­ca­drées, mais des dérapages, des man­que­ments aux règles ar­ri­vaient, sur­tout en cours

Une an­cienne élève se sou­vient : « En salle de gym­nas­tique, une ma­ni­fes­ta­tion de mau­vaise hu­meur contre un pro­fes­seur que nous n’ai­mions pas écla­ta. Ce qui va­lu aux par­ti­ci­pantes cinq mau­vaises notes et la sup­pres­sion de l’ins­crip­tion au “ta­bleau d’hon­neur” ». Il y a aus­si eu quelques man­que­ments graves à la dis­ci­pline et quelques ren­vois, dont un, suite à l’en­voi d’une lettre « en­flam­mée » d’une élève à l’une de ses ca­ma­rades.

Dans une pé­riode plus ré­cente, quelques « an­ciennes de Jeanne » évoquent la sur­veillante gé­né­rale qui at­ten­dait les in­ternes chaque lun­di ma­tin au pe­tit por­tail du Ly­cée si­tué en bas de l’ave­nue Car­not. Là, fer­me­ment pos­tée, elle ar­rai­son­nait les jeunes filles trop far­dées… à ses yeux. En ce qui concerne la suite, deux ver­sions se com­plètent : l’une évoque une grande ser­viette des­ti­née à re­cueillir « sur le champ » les rouges à lèvres. L’autre si­gnale un en­voi sys­té­ma­tique vers les la­va­bos pour faire dis­pa­raître éner­gi­que­ment toutes traces de mas­ca­ra et autres fonds de teint dé­lic­tueux. À suivre…

Vous avez des sou­ve­nirs, des do­cu­ments sur « Jean­ned’Arc », même as­sez ré­cents, contac­tez-nous sur pgg@orange.fr ou par courrier pos­tal « Cler­mont Vivre sa Ville », La Montagne, 45, rue du Clos-Four, 63020 Cler­mont-Fer­rand Ce­dex 02

MÉ­CON­NU. Le por­tail de « Jeanne » cô­té ave­nue Car­not. Re­mar­quez les deux lettres for­gées dans le dé­cor : « L » pour Ly­cée et « F » pour Filles… PHO­TO AR­CHIVES PGG

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