Le hit­pa­rade de Jean­Ma­rie Pé­rier

Le 4e ren­dez­vous pho­to­gra­phique de Vi­chy, Por­trait(s), se dé­ploie du 10 juin au 4 sep­tembre. Tou­jours un re­gard plu­riel, avec neuf ar­tistes. Dont ce­lui de Jean­Ma­rie Pé­rier, pho­to­graphe des ve­dettes pop et yéyé.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE - Fa­bienne Faurie fa­bienne.faurie@cen­tre­france.com

Il a le verbe vert et le rire tout au­tant. Ne lui par­lez ni de vieillesse, ni de nos­tal­gie. À 76 ans, Jean­Ma­rie Pé­rier, pho­to­graphe, ci­néaste, écri­vain re­garde droit de­vant. « Je fais vrai­ment gaffe à ne pas me re­trou­ver à re­gar­der la té­lé. Je me sub­merge de pro­jets, pour faire ce que je n’ai ja­mais fait. » Il est l’un des neuf in­vi­tés de la 4e édi­tion de Por­trait(s), à Vi­chy, avec Sous le so­leil exac­te­ment : soit, soixante­quinze por­traits de cé­lé­bri­tés. Le pho­to­graphe se sou­vient de la pho­to de Claude Fran­çois prise à 6 heures du ma­tin dans l’un des parcs de la ci­té ther­male. « C’était dans les an­nées soixante et j’avais choi­si le pe­tit ma­tin pour évi­ter l’émeute ! ». Di­rect et franc, JeanMa­rie Pé­rier se jette dans l’échange avec le plai­sir de ceux qui dé­vorent la vie. Voi­ci son hit­pa­rade d’En­fant gâ­té (*). 1

La chance. « Dans la vie ce qu’on ap­pelle la chance, c’est d’abord et avant tout les gens qu’on ren­contre. À 16 ans, je ne veux pas res­sem­bler à mon père gé­ni­teur [ndlr : Hen­ri Sal­va­dor] et je veux “rem­bour­ser” mon père [ndlr : Fran­çois Pé­rier]. Je ne se­rais pas pia­niste mais pho­to­graphe. J’ai réus­si mon ra­tage et qu’est ce que je me suis amu­sé ! J’ai chan­gé cinq fois de vie, de pays et de femmes aus­si. Une fois qu’on a ren­con­tré quel­qu’un, il ne faut pas le perdre. Les femmes que j’ai connues sont de­ve­nues mes meilleures amies. » 2

Da­niel Fi­li­pac­chi. « C’est une ren­contre plus que dé­ter­mi­nante. À 16 ans, il m’en­gage et me file mon pre­mier ap­pa­reil pho­to pour suivre les tour­nées d’El­la Fitz­ge­rald, Miles Da­vis… pour Jazz ma­ga­zine. Fi­li­pac­chi m’a ex­pli­qué la vie, vue par lui. Il ne m’a ja­mais dit non. C’est une li­ber­té qui al­lait avec la pé­riode. Tout était pos­sible. Dans les ré­dac­tions, il y avait des ca­na­pés et pas des cages en verre comme main­te­nant. Ça cir­cu­lait. Tout le monde voyait tout le monde. L’ima­gi­na­tion était au pou­voir. » 3

«Au re­tour de mes 28 mois d’ar­mée, (Al­gé­rie et Al­le­magne), Fi­li­pac­chi me parle d’un pe­tit jour­nal qu’il lance à 100.000 exem­plaires. Six mois plus tard, le ti­rage de Sa­lut les co­pains est pas­sé à un mil­lion. C’est le pre­mier jour­nal en Eu­rope qui parle aux ado­les­cents. On est en 1962 et j’ai la chance d’être là où il faut quand il faut. Le mé­dia uni­ver­sel c’est la mu­sique. Je me re­trouve à pho­to­gra­phier tous ces jeunes qui dé­butent : les Beatles, les Rol­ling Stones, John­ny Hal­ly­day, Fran­çoise Hardy, Syl­vie Var­tan, Jacques Du­tronc, Claude Fran­çois, etc. Je me ré­fé­rais au hit­pa­rade et je les sui­vais en tour­née, je vi­vais avec eux. On était des ga­mins, ils avaient 18 ans, moi 22. C’était in­croyable de sim­pli­ci­té. Quand je vou­lais faire une pho­to, je leur té­lé­pho­nais di­rec­te­ment. J’al­lais chez eux. Je fai­sais construire des dé­cors, confec­tion­ner des cos­tumes. J’ai fait po­ser Sy­vie et Shei­la en Bé­cas­sine dans une cour de ferme avec des oies. Cette pé­riode de douze ans est une si­tua­tion unique, sans au­cune li­mite, ni de moyens, ni d’ima­gi­na­tion. » 4

Le style Pé­rier ? « Je n’y crois pas. Ce n’est pas un style mais une fonc­tion. Celle de mettre les gens en va­leur. Il m’est ar­

ri­vé de chan­ger en fonc­tion de la per­sonne. L’ob­jec­tif d’une pho­to dans le spec­tacle c’est qu’au­cune ne soit vraie. Tout est mis en scène. C’est l’art de sa­voir men­tir pour dire une vé­ri­té. La réa­li­té ça ne m’in­té­resse pas. Les pho­tos des ve­dettes étaient faites pour faire rê­ver les mômes. Je n’ai ja­mais eu de plan de car­rière. Mais, c’est une vie dans la­quelle je me suis beau­coup mar­ré. Être connu ? Je le suis. C’est très agréable. Car, lorsque les gens me croisent, ils sou­rient. Je leur rap­pelle leur jeu­nesse. La vie, pour moi c’est plus im­por­tant que de cher­cher à être “grand” ! Je suis un di­let­tante. » 5

En cou­leur. « J’ai fait très peu de noir et blanc. Il fal­lait que les pho­tos soient gaies pour s’af­fi­cher sur les murs des chambres des mômes.U»ne 6

pho­to est bonne quand… « Les théo­ries in­tel­lec­tuelles sur une image, c’est ri­di­cule. C’est bon ou ce n’est pas bon. La pho­to parle d’elle­même. Mes pho­tos étaient choi­sies par le di­rec­teur ar­tis­tique, Ré­gis Pa­gniez. Il a in­fluen­cé toute la presse fran­çaise. Ma­rie­Claire, Sa­lut les co­pains, Lui, Elle, c’était lui. » 7

Ar­gen­tique et nu­mé­rique. « Mon pre­mier ap­pa­reil était un Rol­lei­flex, puis j’ai eu un Lei­ca, un Has­sel­blad, etc. Le nu­mé­rique, j’ai plon­gé de­dans en 1994. La gué­guerre ar­gen­tique­nu­mé­rique est gro­tesque. Le nu­mé­rique ça ne vous donne pas de ta­lent mais ça n’em­pêche pas d’en avoir. » 8

Fla­sh­back. « Je me suis dit que j’al­lais ra­con­ter ma vie dans un spec­tacle. Ce n’est ni du théâtre, ni une confé­rence. J’ai écrit les textes. Je pré­sen­te­rai Fla­sh­back à Vi­chy, le 9 sep­tembre. »

(*) Titre de son livre pa­ru en 2001 où il ra­conte son his­toire.

Por­trait(s) du 10 juin au 4 sep­tembre, à Vi­chy. JeanMa­rie Pé­rier, sur l’es­pla­nade du lac d’Al­lier et parc des Ailes. Dans les ga­le­ries du centre cultu­rel Va­le­ryLar­baud : Jean De­pa­ra ; Ni­co­las Comment ; Hel­len van Meene ; Ni­co­la Lo Cal­zo ; Maï Lu­cas ; Ruud van Em­pel ; Jean-Ch­ris­tian Bour­cart. Par­vis église Saint-Louis : An­ton Ren­borg. Ver­nis­sage : ven­dre­di 10 juin, à 18 heures, dé­am­bu­la­tion à tra­vers les sites d’ex­po­si­tion. Dé­part des ga­le­ries du CCVL, 20, rue Ma­ré­chal-Foch, à Vi­chy.

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