Quoi de neuf ? Pe­rec

Un pre­mier roman long­temps per­du, re­trou­vé, pu­blié. Mais dé­jà le style, l’uni­vers de ce­lui qui s’im­po­se­ra comme un maître et le reste.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE - Da­niel Mar­tin da­niel.mar­tin@cen­tre­france.com

Qu’est­ce qu’un clas­sique ? Un au­teur qui se lit long­temps après avoir dis­pa­ru. Sans prendre une ride, ni perdre d’in­té­rêt. Ain­si Pe­rec (1936­1982). Faites l’ex­pé­rience, of­frez Les Choses à un(e) tren­te­naire. Il (elle) trou­ve­ra là le re­flet de ses pré­oc­cu­pa­tions et les mille ques­tions qu’il (elle) se pose sur la vie, l’amour, le tra­vail ou l’art. Quand l’ou­vrage date de 1965. Ce roman, cou­ron­né d’un Re­nau­dot, fut le pre­mier pu­blié de Pe­rec, pas le pre­mier écrit : L’At­ten­tat à Sa­ra­je­vo, que l’on pen­sait per­du, a été re­trou­vé, édi­té, ac­com­pa­gné d’une pré­face de Claude Bur­ge­lin, grand per­equien s’il en est (*).

En 1959, Pe­rec ren­contre, à Pa­ris, un groupe d’ar­tistes et mi­li­tants you­go­slaves dont un est ac­com­pa­gné de sa maî­tresse. Elle lui plaît, puis dis­pa­raît. Pré­texte à un voyage de quelques se­maines à Bel­grade, pour la re­joindre, peut­être la sé­duire. L’aven­ture, pas très re­lui­sante au plan sen­ti­men­tal, ser­vi­ra de dé­clen­cheur : de re­tour à Pa­ris, lui vient ce livre qu’il va re­tou­cher – il en existe dif­fé­rentes ver­sions – et pro­po­ser aux édi­teurs sans suc­cès. L’ou­blier.

Ce qu’on lit, se­rait du Pe­rec avant Pe­rec si l’es­sen­tiel n’était dé­jà là : un style, un ton et lui, sa vie, ses doutes, ce grand vide dans le­quel ont dis­pa­ru ses as­cen­dants, sa pas­sion pour les au­teurs an­ciens. Le livre est com­po­sé de cette quête amou­reuse ou plus exac­te­ment d’une va­ria­tion sur les am­bi­guï­tés du sen­ti­ment amou­reux : que cherche le jeune homme (21 ans) ? Par­ta­ger une pas­sion ou, plus tri­via­le­ment, ra­vir ce tro­phée qui lui per­met­tra d’af­fir­mer sa vi­ri­li­té, sa mâle iden­ti­té ?

La quête est sé­quen­cée par une ma­nière de confé­rence sur l’at­ten­tat de 1914. Un hom­mage ren­du aux ter­ro­ristes li­bé­ra­teurs : en 1959, dans le bloc de l’Est, la You­go­sla­vie de Ti­to fait fi­gure de tru­blion. Seul fait da­té, quand tout ce qui tient à l’amour reste d’ac­tua­li­té.

(*) Voir son dans la col­lec­tion Les contem­po­rains (Le Seuil/1988/ré­édi­tion 2004).

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