« Ja­mais sans l’Eu­rope ! »

Un entretien avec Mi­chel Sa­pin, mi­nistre des Fi­nances

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - SPORTS - Ber­nard Sté­phan ber­nard.ste­phan@cen­tre­france.com

Mi­chel Sa­pin et son ho­mo­logue al­le­mand Wolf­gang Schäuble sont des mi­li­tants convain­cus de l’Eu­rope. Ils s’en ex­pliquent dans un livre de conver­sa­tions.

Mi­chel Sa­pin est un homme ré­so­lu­ment op­ti­miste et per­sé­vé­rant. Sans doute parce qu’il a gar­dé de son Ber­ry le sens de la té­na­ci­té et une re­la­tive in­dif­fé­rence aux coups de vent. Au­jourd’hui, face à la crise ac­tuelle il a une confiance ab­so­lue dans la mé­thode Hol­lande : « Nous avons ab­so­lu­ment be­soin de re­nou­ve­ler le dialogue so­cial en France. »

« L’ar­ticle 2 pro­meut le dialogue so­cial »

Et qu’on ne lui tende pas la perche pour contes­ter l’ar­ticle 2 du pro­jet de loi El Khom­ri : il ne tombe pas dans le piège.

« Cet ar­ticle pro­meut le dialogue dans l’en­tre­prise et il donne la ca­pa­ci­té de si­gner des ac­cords dès lors qu’ils sont ma­jo­ri­taires. C’est ab­so­lu­ment né­ces­saire, c’est comme ça que l’Al­le­magne et bien d’autres pays ont pu tra­ver­ser la crise en mi­ni­mi­sant les pré­ju­dices pour les sa­la­riés, en termes de chô­mage, et en ob­te­nant des contre­par­ties dé­ci­sives de la part de l’en­tre­prise. Alors pour­quoi re­vien­drait­on des­sus ? C’est le fruit de la dis­cus­sion avec l’en­semble des or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales. La ma­jo­ri­té est pour, il y a une mi­no­ri­té qui est contre. Ce n’est pas la mi­no­ri­té qui l’em­porte dans une dé­mo­cra­tie po­li­tique et so­ciale. »

Ren­voyant à la dé­mo­cra­tie so­ciale al­le­mande, Mi­chel Sa­pin est un mi­li­tant de tou­jours de l’Eu­rope. Il vient, au cours de nom­breux en­tre­tiens, d’échan­ger sur le thème de l’Union avec son ho­mo­logue al­le­mand Wolf­gang Schaüble. Une conver­sa­tion au ser­vice de l’Eu­rope qui sort en li­brai­rie sous un vrai titre pro­gramme : « Ja­mais sans l’Eu­rope ! »

Un tel livre in­ter­roge sur le couple fran­co­al­le­mand, ses hauts et ses bas. « Ce n’est pas le couple fran­coal­le­mand qui va moins bien, dit Mi­chel Sa­pin, ce sont les dif­fi­cul­tés qui sont là, au ni­veau eu­ro­péen, au ni­veau de la zone eu­ro. Des dif­fi­cul­tés très dif­fé­rentes avec la me­nace ter­ro­riste chez nous, les mou­ve­ments de po­pu­la­tions et de ré­fu­giés en Al­le­magne qui sont des phé­no­mènes ex­trê­me­ment vio­lents et ex­trê­me­ment puis­sants. Les dif­fi­cul­tés son gi­gan­tesques, heu­reu­se­ment qu’il y a le couple fran­co­al­le­mand ! »

Bien sûr, dif­fi­cul­té après dif­fi­cul­té, l’Eu­rope est en crise. Mi­chel Sa­pin a une in­ter­ro­ga­tion qui, en el­le­même, sug­gère la so­lu­tion. Ain­si écrit­il : « Nous sommes­nous in­ter­ro­gés, ces der­nières an­nées, sur la po­li­tique éco­no­mique de la zone eu­ro et, si oui, l’avons­nous mise en place ? » Mais at­ten­tion, pas de re­mise en cause de l’eu­ro. « L’eu­ro, c’était la ré­ponse ab­so­lu­ment né­ces­saire pour que l’Eu­rope pèse au ni­veau in­ter­na­tio­nal. Heu­reu­se­ment qu’il y avait l’eu­ro pour tra­ver­ser la der­nière crise, si­non c’eût été un mas­sacre ! »

Pour des pro­po­si­tions fran­co-al­le­mandes

Mais il manque une po­li­tique, le rap­pro­che­ment éco­no­mique, les har­mo­ni­sa­tions fis­cale et so­ciale.

Alors, que fait la France ? Pour­quoi cet at­ten­tisme ? « Il faut avoir la pa­tience, ré­pond le mi­nistre des Fi­nances. On est dans cette pé­riode où nous conce­vons des nou­velles pro­po­si­tions. Les se­maines qui viennent tournent au­tour de la question dite du Brexit. Au len­de­main même de la ré­ponse bri­tan­nique (j’es­père bien sûr que ce se­ra une ré­ponse qui per­met­tra à la Gran­deB­re­tagne de res­ter dans l’Union), nous de­vrons très ra­pi­de­ment et de ma­nière très puis­sante faire des pro­po­si­tions fran­çaises, des pro­po­si­tions fran­co­al­le­mandes. »

France et Al­le­magne, qui se sont re­trou­vées tout ré­cem­ment à Ver­dun, ont une grande res­pon­sa­bi­li­té, celle de l’ave­nir de l’Eu­rope. C’est évi­dem­ment le pro­jet dé­fen­du, en mi­li­tants, par Mi­chel Sa­pin et son ho­mo­logue de Ber­lin.

MI­CHEL SA­PIN. Le mi­nistre af­fiche une grande foi dans la force du couple fran­co-al­le­mand, mo­teur eu­ro­péen. PHO­TO AFP

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