Le choc du ré­cit, le poids des té­moins

Trois ré­sis­tants ont ra­con­té les rafles, les tra­hi­sons, la tor­ture à trois classes de col­lège

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - PUY-DE-DÔME ACTUALITÉS - Jean-Paul Gon­deau

Il fût un temps si proche où la France était oc­cu­pée, où ceux qui s’en ré­vol­taient étaient tor­tu­rés, fu­sillés, dé­por­tés. Trois classes du col­lège de Vic-le-Comte ont re­vé­cu ce pas­sé au plus près, par l’émo­tion poi­gnante de trois an­ciens ré­sis­tants.

Le cri du coeur a pris l’ac­cent bi­blique : « Et vous, ai­mez­vous les uns les autres, il n’y a rien de plus beau ! ». Ne sou­riez pas… Ils en ont tant vu et tant su­bi, ils ont per­du tant des leurs, que la souf­france qui les lan­cine de­puis 70 ans ne peut que s’ex­pri­mer avec exa­cer­ba­tion quand ils ont à ra­con­ter et ra­con­ter en­core les ar­res­ta­tions, la tra­hi­son, les tor­tures, les frères et soeurs em­pri­son­nés, les amis dé­por­tés…

Et d’au­tant plus à fleur d’émo­tion qu’à l’heure de s’en­ga­ger dans la Ré­sis­tance, Pierre Tas­set, Ray­mond Du­theil et Ray­mont Pat­ta­ro avaient presque l’âge de ceux qu’ils ont ren­con­trés, mar­di ma­tin, dans la halle du Jeu­dePaume de Vic­Le­Comte : les élèves de trois classes de 3e du col­lège de la Com­té, qui a ré­pon­du à l’in­vi­ta­tion de Re­né Cham­pion, pré­sident de l’As­so­cia­tion des Dé­por­tés, in­ter­nés, ré­sis­tants et pa­triotes (ADIRP) de Billom­Thiers.

Ce qu’on ap­pelle le de­voir de mémoire est une réa­li­té conscien­cieuse­ ment per­pé­tuée chez les membres de cette fé­dé­ra­tion, née en 1945, qui unit toutes les sen­si­bi­li­tés. « Ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas », for­mule Ber­trand Sal­vat, ani­ma­teur de la ren­contre et vice­pré­sident du co­mi­té dé­parte­ men­tal du Prix de la Ré­sis­tance.

La voix de Pierre Tas­set, 89 ans, se brise à l’évo­ca­tion de la rafle de SaintMau­rice­ès­Al­lier en dé­cembre 1943, les coups qui lui cassent les côtes et sa dé­por­ta­tion à Bu­chen­wald d’où il re­vien­dra… « Com­ment avez vous fait pour sur­vivre ? » lui a de­man­dé un col­lé­gien. « J’étais très jeune et je n’étais pas sou­tien de fa­mille, donc sans sou­ci de femme et d’en­fant. »

Et cette ques­tion d’un autre élève sur les rai­sons pour les­quels Ray­mond Pat­ta­ro, bat­tu par la Ges­ta­po ­ fran­çaise ­ à Cha­ma­lières, est en­tré en ré­sis­tance : « pour la li­ber­té que nous avions per­due et faire re­vivre notre belle France ! » a­t­il ré­pon­du avec la même flamme qui l’ha­bi­tait en 1943.

Ces gens­là sont à la fois pro­lixes sur les pé­ri­pé­ties de leur his­toire et pu­diques sur leur propre cou­rage. Ac­teur de la ba­taille du Mont­Mou­chet, Ray­mond Du­theil parle sim­ple­ment de « jour­nées très dures ».

Les ado­les­cents font si­lence. Nos trois hé­ros ont rem­pli leur de­voir.

Trois classes de 3e du col­lège La Com­té de Vic-le-Comte face à Pierre Tas­set, Ray­mond Du­theil et Ray­mond Pat­ta­ro. Ceux-ci avaient entre 17 et 18 ans quand ils ont re­joint le ma­quis, à peu de chose près le même âge que les col­lé­giens. PHOTO THIERRY NI­CO­LAS

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