Co­co, une en­fance à Thiers et Cour­pière

Par la gé­néa­lo­gie, Hen­ri Pon­chon a en­quê­té sur l’en­fance de Ga­brielle Cha­nel. Il l’a sui­vi à Cour­pière, Va­rennes­sur­Al­lier, Is­soire, Thiers, Mou­lins, Vi­chy... en re­met­tant en cause sa pré­sence à Au­ba­zine.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE - Jean-Marc Laurent jean-marc.laurent@cen­tre­france.com

Gé­néa­lo­giste de Cour­pière par­ti en­quê­ter sur les traces de Ga­brielle Cha­nel, Hen­ri Pon­chon bous­cule la lé­gende de l’en­fance de Co­co for­gée par ses bio­graphes. Alors qu’Ed­monde Charles­Roux et beau­coup d’autres la disent à l’or­phe­li­nat d’Au­ba­zine en Cor­rèze dans les an­nées 1895, Hen­ri Pon­chon dé­montre dans un livre qui pa­raît cette se­maine qu’elle vi­vait alors dans le Puy­de­Dôme, à Thiers, après avoir pas­sé sa pe­tite en­fance à Cour­pière.

Com­ment la gé­néa­lo­gie vous a-t-elle mis sur la piste de Ga­brielle Cha­nel ? Au­ver­gnat pur race, je suis né à Au­ge­rolles (Puy­de­Dôme) près de Cour­pière. J’ai com­men­cé par m’in­té­res­ser à la gé­néa­lo­gie de ma fa­mille, il y a une qua­ran­taine d’an­nées, puis à cel­ le des fa­milles d’Au­ge­rolles… La mère de Co­co, Jeanne De­volle, étant née à Cour­pière, je me suis pen­ché sur la branche ma­ter­nelle et me suis même dé­cou­vert un cou­si­nage avec elle.

Com­ment avez-vous été ame­né à re­mettre en cause ce que vous li­siez dans les bio­gra­phies de Co­co ? Un peu par ha­sard. En 2014, j’ai or­ga­ni­sé à Cour­pière la réunion d’au­tomne des gé­néa­lo­gistes du Li­vra­dois­Fo­rez. Et na­tu­rel­le­ment j’y ai pré­sen­té un ex­po­sé sur Co­co, à par­tir de la bio­gra­phie L’Ir­ré­gu­lière d’Ed­monde Charles­Roux. Dans la salle il y avait une vieille dame de 95 ans, Su­zanne, ve­nue de Vi­chy avec son ne­veu, qui s’est le­vé en agi­tant les bras et en me di­sant : « Mais ça ne s’est pas pas­sé comme ça ! Co­co n’est ja­mais al­lé à Au­ba­zine ! » Su­zanne était cou­sine de Co­co. Un peu plus tard, à l’oc­ca­sion d’une dé­di­cace de Jean Le­brun (Notre Cha­nel, Prix Gon­court 2014 de la bio­gra­phie, Bleu au­tour), je lui ai fait part du pe­tit doute que j’avais sur l’en­fance de Cha­nel. Il m’a en­cou­ra­gé à al­ler plus loin.

Com­ment avez-vous en­quê­té ? J’ai ache­té les prin­ci­pales bio­gra­phies (au­de­là d’Emonde Char­lesRoux, no­tam­ment celles de Paul Mo­rand et de Pierre Ga­lante) et j’ai éplu­ché les re­cen­se­ments. En 1896, Ga­brielle Cha­nel, 13 ans, est re­cen­sée à Thiers, comme « bonne d’en­fants et do­mes­tique », chez ses « tantes », rue Du­rolle. C’était in­at­ten­du ! J’ai en­voyé un SMS à Jean Le­brun qui m’a ré­pon­du « bra­vo ! ».

Et vous avez conti­nué à ti­rer la pe­lote. Oui. Du cô­té de Vi­chy, d’Au­ba­zine… jus­qu’à Dal­las où a été re­cons­ti­tuée la mai­son de Co­co à Ro­que­brune.

Et c’est ain­si que vous avez dé­cou­vert que le pas­sage de Ga­brielle et de sa soeur au mo­nas­tère d’Au­ba­zine juste avant 1900 était « une lé­gende » ? Co­co n’évoque ja­mais Au­ba­zine. Et il n’y a pas trace d’elle à Au­ba­zine. Dans le re­cen­se­ment de 1896, il y a bien une Cha­nel, mais c’est sa tante Adrienne. Co­co dit qu’elle a été conduite chez ses tantes après la mort de sa mère en 1895 à Brive. Il s’agit de ses tantes de Thiers comme le confirment les re­gistres de 1896.

Com­ment ex­pli­quez-vous que la plu­part des bio­gra­phies aient re­pris cette thèse de l’or­phe­li­nat d’Au­ba­zine? Paul Mo­rand, Louise de Ville­mo­rin, Pierre Ga­lante ont sur­tout re­pro­duit la pa­role de Co­co Cha­nel.

Sans croire tou­jours à ce qu’elle ra­con­tait. C’est avec la ro­man­cière Ed­monde Charles­Roux que l’on a com­men­cé à in­ter­pré­ter la pa­role de Co­co et à créer une lé­gende. Toutes les bio­gra­phies des an­nées 1980, y com­pris le film, ont en­suite re­pris ces his­toires.

L’es­ca­lier de la mai­son de Ro­que­brune, ins­pi­ré de ce­lui du mo­nas­tère d’Au­ba­zine, se­rait aus­si une lé­gende ? Claude Baillén (pseu­do­nyme de Claude De­lay) nous dit dans la pre­mière ver­sion de Cha­nel so­li­taire, pu­bliée en 1971, que Ga­brielle a re­joint sa soeur pour des va­cances chez les re­li­gieuses de No­treDame de La Va­lette en Cor­rèze. Et que, bien des an­nées plus tard, elle y en­ver­ra son dé­co­ra­teur pour s’ins­pi­rer de l’es­ca­lier du couvent pour créer ce­lui de sa mai­son de Ro­ que­brune. L’ab­baye de La Va­lette est au­jourd’hui noyée sous les eaux du bar­rage du Chas­tang, sur la Dor­dogne.

Comme Jean Le­brun, sur le sé­jour de Co­co à Mou­lins, vous n’avez pas dé­cou­vert grand-chose ? Il s’y est sû­re­ment pas­sé quelque chose, mais elle ne vou­lait pas en par­ler. Il n’y a au­cune preuve ma­té­rielle de son pas­sage à Mou­lins mais des té­moi­gnages concor­dants. En 1896, elle vit à Thiers ; en 1906, elle est à La Croix­Saint­Ouen avec Bal­san qu’elle a ren­con­tré quelques an­nées plus tôt à Vi­chy. Dans les re­gistres de 1901, je n’ai trou­vé sa trace nulle part. Ed­monde Charles­Roux dit que les filles Cha­nel au­raient re­joint en 1900 l’in­ter­nat de jeunes filles né­ces­si­teuses du col­lège Notre­Dame de Mou­lins. Je n’y crois pas. Et les soeurs ont dé­men­ti ! Ga­brielle était dé­jà grande, elle avait 17 ans. Ce si­lence sur cette pé­riode a évi­dem­ment sus­ci­té des in­ter­pré­ta­tions et des ru­meurs. Et de toute fa­çon, la plu­part des bio­graphes ont pré­fé­ré re­layer la lé­gende Cha­nel plu­tôt que de l’écou­ter, elle, où ceux qui connais­saient la vé­ri­té. Bleu au­tour, 204 pages, 16 €. Dé­di­caces : • Vi­chy, li­brai­rie À la page, mer­cre­di 22 juin 17h30-19h ; • Thiers, li­brai­rie Trens­livres, jeu­di 23 juin, 10h-12h ; • Cler­mont-Fer­rand, li­brai­rie Les Vol­cans, jeu­di 23 juin, 16h30-19h ; • Mou­lins, li­brai­rie Le Mou­lins aux lettres, ven­dre­di 24 juin, 15h-17h.

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