Un iti­né­raire culte en 2.250 miles

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE - Jean-Marc Laurent jean-marc.laurent@cen­tre­france.com

De Chi­ca­go à San­ta Mo­ni­ca, la Route 66 ra­conte une his­toire de l’Amé­rique pro­fonde en 3.620 km à tra­vers huit États. Un axe my­thique que Jean­Paul Nad­deo connaît comme le fond de la sac­coche de sa Har­ley.

En­tiè­re­ment re­mise à jour, Jean­Paul Nad­deo et Ma­rie­So­phie Chabres sortent la 3e édi­tion de leur livre Éter­nelle Route 66 – Au coeur de l’Amé­rique. Un road book abon­dam­ment illus­tré qui nous ra­conte cette route my­thique, mile par mile, d’est en ouest, au fil de ses 3.620 km. L’oc­ca­sion de par­cou­rir avec le mo­tard Jean­Paul Nad­deo ce « par­cours ini­tia­tique » au coeur de l’Amé­rique pro­fonde.

Qu’est-ce qui a ali­men­té vos rêves de Route 66 ? Je suis pas­sion­né de­puis tou­jours par la mo­to et j’ai long­temps été édi­teur (di­rec­teur gé­né­ral chez La­rousse no­tam­ment). Comme tout mo­tard je rê­vais de la Route 66 et de ceux qui l’avait « faite ». En cher­chant un livre sur le su­jet, je me suis aper­çu qu’il n’y avait pas grand­chose en France, à part une ou deux tra­duc­tions. Je me suis donc dit : je vais faire la Route et le livre.

Votre pre­mière fois ? En 2010, je suis par­ti trois se­maines avec Ma­rie­So­phie Chabres, avec ce vague pro­jet d’en ti­rer un livre. Nous avons at­ter­ri à Chi­ca­go et loué une Har­ley. Je connais­sais dé­jà New York, Los An­geles, mais en par­cou­rant la Route 66 c’est une autre Amé­rique que l’on dé­couvre, la vraie Amé­rique des États de l’in­té­rieur. Et nous avons dé­cou­vert qu’il n’était pas fa­cile à l’époque de re­trou­ver le tra­cé de la Route 66. Par où sor­tir de Chi­ca­go ? Tout au long du voyage nous avons amas­sé de la do­cu­men­ta­tion, ren­con­tré beau­coup de gens for­mi­dables au bord de la route, des Amé­ri­cains très ou­verts.

La Route 66, rac­cour­ci de l’Amé­rique ? On peut dire ça. Avec elle on tra­verse huit États, tra­di­tion­nel­le­ment de l’est vers l’ouest, comme les pion­niers, de Chi­ca­go vers la côte ouest, jus­qu’au Nou­veau Mexique et à la Ca­li­for­nie. Ses 2.250 miles (3.620 km) nous offrent une vi­sion pa­no­ra­mique de l’Amé­rique, plaines de l’Il­li­nois, Mis­sou­ri, Texas… les vé­gé­ta­tions, les cli­mats, le bé­ tail changent à me­sure que l’on avance.

Que nous ra­conte cette route ? La conquête de l’Ouest. C’est une route his­to­rique qui nous ra­conte la ruée vers le « far west ». On y croise Jesse James, on longe la Piste des Larmes, tra­verse le Grand Ca­nyon, s’ar­rête au Bag­dad Café, bi­furque vers Las Ve­gas pour fi­nir à San­ta Mo­ni­ca. C’est plus qu’une tra­ver­sée des États­Unis, c’est un par­cours ini­tia­tique. Avant d’être route, la 66 a été piste, puis la voie fer­rée trans­con­ti­nen­tale l’a dou­blée en 1869. C’est la route mère qui a été ra­con­tée par tous les grands au­teurs amé­ri­cains, celle de Stein­beck bien sûr. Elle nous dit aus­si la Fort T (sor­tie en 1908) qui a mis les Amé­ri­cains sur les routes, et la pre­mière mo­to my­thique, celle de Mes­sieurs Har­ley et Da­vid­son. Elle nous ra­conte aus­si l’Amé­rique des 50’s qui com­mence à fa­bri­quer des au­tou­routes et à aban­don­ner ses vil­lages.

Com­ment la Route 66 a-telle sur­vé­cu à ces au­to­routes ? Le tout « in­ter­states » des an­nées 1970/80 l’a ef­fec­ti­ve­ment plon­gé dans l’ou­bli. On a dé­mon­té ses pan­neaux… Heu­reu­se­ment, un mou­ve­ment s’est mo­bi­li­sé au­tour des frères Del­ga­dillo, qui ont créé en 1987 l’as­so­cia­tion his­to­rique de la Route 66 de l’Ari­zo­na. Au­jourd’hui elle est de­ve­nue un énorme mar­ché tou­ris­tique en­tou­ré de beau­coup de mer­chan­di­sing.

Y a-t-il un risque de Dis­neyi­sa­tion de la Route 66? Il y a sû­re­ment trop de mer­chan­di­sing au­jourd’hui. Mais grâce au re­gain d’in­té­rêt qu’elle sus­cite on rouvre des mo­tels le long de son iti­né­raire et on res­taure des villes fan­tômes. On voit en­core de vieux vé­hi­cules, de vieilles sta­tions­ser­vice, de vieux mo­tels, de vieux ranchs en bord de route mais ils sont ga­gnés par l’éro­sion. Et les Amé­ri­cains ont une forte ten­dance à trans­for­mer ces lieux my­thiques en mu­sées. Il faut peut­être quand même se dé­pê­cher de faire la Route 66 avant qu’elle ne de­vienne un

parc d’at­trac­tion. Heu­reu­se­ment, les pay­sages, eux, ne changent pas !

Com­bien de fois la Route 66 s’est-elle of­ferte à vous ? Nous ve­nons de la faire pour la qua­trième fois dans sa to­ta­li­té. Plus quelques tron­çons à l’oc­ca­sion, du cô­té de Los An­geles et de Flag­staff. J’ai re­çu aus­si beau­coup de cartes pos­tales de voya­geurs qui me di­saient qu’ici un hô­tel ve­nait de brû­ler, là qu’un mo­tel ve­nait de rou­vrir. Le livre a été fait avec la contri­bu­tion des lec­teurs.

Le must, c’est évi­dem­ment de faire la 66 en Har­ley ? On peut la faire bien sûr en voi­ture ou en mo­to­rhome. Je l’ai faite une fois en Gold­wing (Hon­da), c’est plus confor­table. Mais Har­ley c’est plus qu’une mo­to, c’est une ma­nière de vivre, on est dans le mythe ! Et l’on fait évi­dem­ment un dé­tour par Mil­wau­kee (Wis­con­sin) où sont si­tués le mu­sée et l’usine Har­ley Da­vid­son. Mais, quelle que soit la mon­ture, l’es­sen­tiel est, comme dit le slo­gan, et la chan­son : Get your kicks on Route 66, Prends ton pied sur la route 66.

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