Tilli­nac es­père « un élan »

En re­vi­si­tant notre his­toire, la politique peut­elle se sau­ver ?

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - 7 JOURS EN POLITIQUE - Ber­nard Sté­phan ber­nard.ste­phan@cen­tre­farnce.com

Écri­vain, jour­na­liste, De­nis Tilli­nac, pu­blie un es­sai sur notre ro­man na­tio­nal. Il re­vi­site l’his­toire et la géo­gra­phie à l’aune de l’ac­tua­li­té politique.

Pas de mys­tère : l’écri­vain cor­ré­zien De­nis Tilli­nac est de droite, et af­fiche haut ses cou­leurs dans son der­nier es­sai. Mais ce Ras­ti­gnac aime, avec un brin de nos­tal­gie, le bou­le­vard Mont­par­nasse à Pa­ris, comme il aime avec les mêmes vagues à l’âme son vil­lage d’Au­riac et les ho­ri­zons de la Xain­trie en Cor­rèze.

« Nous sommes ré­pu­bli­cains ! »

Ce ré­pu­bli­cain est un pè­le­rin de la ba­si­lique de Saint­De­nis où re­posent les rois de France. Ré­pu­bli­cain ? Oui ! Ob­ser­vant sa fa­mille de droite, il écrit : « L’His­toire a tran­ché, nous sommes ré­pu­bli­cains. » Et il confirme : « Un homme de droite ac­cepte la Ré­pu­blique mais il n’aime pas la Ré­vo­lu­tion. Il ac­cepte les Lu­mières, la Nuit du 4­Août, mais il n’ou­blie pas que pen­dant quinze siècles, la culture fran­çaise a noué des liens avec la ca­tho­li­ci­té. »

Et qu’on ne parle pas à De­nis Tilli­nac de l’ef­fa­ce­ment du cli­vage droi­te­gauche. Au contraire : là aus­si il voit une per­ma­nence et il la sou­haite. Même si ce sont sou­vent les mêmes. Les bo­na­par­tistes et les or­léa­nistes d’un cô­té, et de l’autre « les “al­ter­na­tifs”, les Verts de Du­flot, le NPA de Be­san­ce­not, les restes du PCF, Mé­len­chon, la gauche “fron­deuse” du PS, sont dé­jà à l’af­fiche sous Louis­Phi­lippe, ce qui n’est pas ras­su­rant. »

Lui qui se qua­li­fie de « ré­ac » – mais, écrit­il, « aux an­ti­podes du “fa­cho” et du gau­cho » – et qui est un ami de Jacques Chi­rac, au­ra tou­jours re­fu­sé d’être « le conseiller du prince ». Car, écrit­il, « l’écri­vain se dé­grade » en jouant ce rôle.

Il n’em­pêche : Chi­rac, c’est son che­va­lier, son mous­que­taire, son hus­sard. « Chi­rac, ajoute Tilli­nac, avait un style bo­na­par­tiste. Pen­sez au dis­cours sur l’Irak et le “non” à la guerre, de­vant l’ONU. C’est Chi­rac ! Ville­pin a mis en scène le dis­cours, mais sur le fond, c’est Chi­rac. Il y avait le vieux fond gaul­liste de ré­sis­tance à l’Amé­rique. Chi­rac était for­mi­dable ! C’était un sei­gneur ! »

Alors De­nis Tilli­nac ob­serve les chan­ge­ments avec la sus­pi­cion du la­bou­reur d’Au­riac. Et en par­ti­cu­lier, lui, le gaul­liste, tient en piètre es­time les pri­maires. « C’est une aber­ra­tion ! », s’ex­cla­met­il : « Vous avez un dé­fi­lé de mode où la droite avec tous ces can­di­dats se dé­va­lue. Mais ce­ci vient de loin. D’un pre­mier non­ sens qui a été de créer l’UMP pour qu’on soit tous pa­reils dans le même par­ti. Et ce­ci fait le jeu de l’ex­trême droite. Et un autre jeu aus­si… Avec l’UMP, les thèses sou­ve­rai­nistes ne sont plus re­pré­sen­tées et c’est Du­pontAi­gnan qui gagne sa part de mar­ché. »

L’éco­no­mie ne fait pas rê­ver

Mé­lan­co­lique, nos­tal­gique de Co­lom­bey, de Com­bourg, de Cha­teau­briant, de Jeanne d’Arc, d’An­que­til, de Tin­tin, des as de l’Aé­ro­pos­tale, De­nis Tilli­nac est un spa­das­sin qui cherche l’homme de gauche clair et net, et ne le trouve pas tou­jours. Parce que, re­grette­t­il, il y a trop de pen­sées molles qui se valent dé­sor­mais.

À quelques mois de la pré­si­den­tielle, il a un es­poir : que les can­di­dats s’af­frontent sur des pro­jets et non sur un ca­ta­logue éco­no­mique. « Les gens de droite ne parlent que d’éco­no­mie. Ce n’est pas ça qui fait rê­ver les Fran­çais. Pre­nez Mit­ter­rand, ce n’était pas mon bord. Mais lui, il ne par­lait pas d’éco­no­mie. Il par­lait de l’His­toire de France, d’Éluard, il s’in­sé­rait dans la tra­gé­die. Mais, que vou­lez­vous, on a chan­gé d’époque. On est pas­sé des nor­ma­liens aux énarques, des nor­ma­liens à HEC. On n’a pas be­soin d’un pro­gramme, mais d’un élan ! Il faut un élan ! »

DE­NIS TILLI­NAC. « Droite et gauche doivent se res­pec­ter. Mais aus­si as­su­mer leurs dif­fé­rences pro­fondes ». PHOTO AGNÈS GAUDIN

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