Au­vergne, gé­néa­lo­gie et tech­no­lo­gie

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - LA UNE - PAGES 2 ET 3

La gé­néa­lo­gie a connu une grande évo­lu­tion avec les nou­velles tech­no­lo­gies. Avec l’aide d’as­so­cia­tions de pas­sion­nés, il est en­core plus fa­cile de re­trou­ver, bien plus que les noms, le quo­ti­dien de ses an­cêtres.

Fut un temps pas si loin­tain où l’or­di­na­teur n’était pas le maître de toute chose. Éta­blir sa gé­néa­lo­gie te­nait alors de l’ex­plo­ra­tion (c’est tou­jours le cas ras­su­rez­vous), mais sur­tout de la quête, de l’ab­né­ga­tion… La re­cherche de ses ra­cines était à la fois longue et com­pli­quée, pas­sait par les di­verses ar­chives lo­cales, im­po­sait des dé­pla­ce­ments et des mes­sages (des lettres bien tim­brées, cer­tai­ne­ment pas d’emails) dans l’une des 35.000 mai­ries de France… Ce qui li­mite dé­jà les choses quand on sait qu’en­vi­ron 30 % des Fran­çais entre 18 et 50 ans ont au moins un grand­pa­rent né à l’étran­ger ! Un trait à nuan­cer pour l’Au­vergne dont l’his­toire plus ou moins ré­cente n’est pas tant mar­quée par l’im­mi­gra­tion que par l’exode… Pour cette rai­son, Pa­ri­siens et Lyon­nais en par­ti­cu­lier sont de grands consom­ma­teurs d’ar­chives au­ver­gnates. Et c’est aus­si pour cette rai­son que le nombre de cé­lé­bri­tés, nées ou ori­gi­naires d’Au­vergne est consi­dé­rable (lire page 3).

En­quête po­li­cière

Bien au­de­là des arbres som­maires dont se contentent la très grande ma­jo­ri­té des per­sonnes à l’ama­teu­risme as­su­mé, les vé­ri­tables gé­néa­lo­gistes sont là pour tra­cer ces per­son­na­li­tés jus­qu’à leurs plus an­ciennes ori­gines ­ quitte à contre­dire des bio­gra­phies pour­tant bien of­fi­cielles. Dé­ni­grés pour ce­la par bon nombre d’his­to­riens uni­que­ment in­té­res­sés par les rois et leurs cours, ils n’ou­blient pas, sur­tout, de s’in­té­res­ser aux pe­tites gens. Et à tra­vers elles, ils des­sinent la vie des siècles pas­sés dans les ruelles des villes ou les vastes cam­pagnes, avec haute pré­ci­sion, de quié­tude en tour­ments que dé­crivent les lignes d’un état ci­vil ré­di­gé de la plus belle cal­li­gra­phie ou d’an­no­ta­tions au crayon gra­phite à peine vi­sibles.

Voi­là qui dé­crit une foule de pe­tits mé­tiers, de mi­cro­spé­cia­li­sa­tions par vil­lage ou can­ton, de drames de la vie, un nombre dé­li­rant d’en­fants par mai­son­née, jus­qu’aux du­rées des ab­sences de l’homme de la mai­son par­ti faire le scieur de long en Li­vra­dois… Rien ne semble échap­per à ces gé­néa­lo­gistes qui com­parent sou­vent leurs re­cherches à une en­quête po­li­cière.

Mais re­ve­nons à nos ins­ti­tu­tions et à leur tech­no­lo­gie. L’ex­plo­ra­tion du pas­sé fa­mi­lial a été fa­ci­li­tée de­puis la nu­mé­ri­sa­tion (tou­jours en cours mais sou­vent très avan­cée) et la mise en ré­seau des prin­ci­ paux re­gistres par les Ar­chives dé­par­te­men­tales. Il existe bien sûr des in­for­ma­tions au ni­veau na­tio­nal (sur les sites In­ter­net www.culture.fr ou www.ge­ne­fede.eu par exemple)

Grâce à la mise en ligne de ces don­nées ­ très sou­vent gra­tuite mais avec In­ter­net il ne faut pas es­pé­rer que ce­la dure ­ l’exer­cice s’est donc consi­dé­ra­ble­ment sim­pli­fié. Mais il res­te­rait bien dif­fi­cile sans l’ac­com­pa­gne­ment des cercles gé­néa­lo­giques qui ont, ces trente ou qua­rante der­nières an­nées, dé­blayé un ter­rain en­core in­stable. Éta­blir sa gé­néa­lo­gie est certes de­ve­nu à la por­tée de tous avec un pro­to­cole ba­sique… mais jon­ché de grandes er­reurs na­tio­nales et de pe­tites ex­cep­tions lo­cales (que­relles de sei­gneurs, cu­rés ou no­taires plus ou moins zé­lés dans la trans­crip­tion des don­nées et leur trans­mis­sion aux gé­né­ra­tions fu­tures, ca­tas­trophes na­tu­relles ou in­cen­dies cri­mi­nels). Voi­là des blancs ou des im­passes que les membres de ces cercles ap­prennent à contour­ner.

De quoi ex­pli­quer le boum d’il y a quelques an­nées. L’in­té­rêt pour la dis­ci­pline est au­jourd’hui lié au dy­na­misme aléa­toire des nom­breuses sec­tions « gé­néa­lo­gie » des as­so­cia­tions mu­ni­ci­pales ou autres clubs (le plus sou­vent) de troi­sième âge… Mais il est vrai qu’au­jourd’hui, les se­niors ont bien d’autres ac­ti­vi­tés à se mettre sous la dent.

Ce qui bloque pour ju­ger de l’en­goue­ment réel pour la gé­néa­lo­gie vient… de ce qui a tout dé­blo­qué : In­ter­net. Tout le monde a tout à por­tée de main et, avec un peu de pra­tique et des lo­gi­ciels dé­diés, peut plan­ter et faire gran­dir son arbre gé­néa­lo­gique dans le strict ano­ny­mat de sa salle à man­ger.

UN JEU D’EN­FANT. Grâce à la nu­mé­ri­sa­tion et la mise en ligne de nom­breux do­cu­ments d’ar­chives, en­ta­mer sa gé­néa­lo­gie est au­jourd’hui à la por­tée de tous. PHO­TO PIERRE-OLI­VIER FEBVRET

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