Ce jour­na­liste sy­rien uti­lise les mots comme une arme

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - RÉGION - Leï­la Aber­kane lei­la.aber­kane@cen­tre­france

Ré­fu­gié po­li­tique en France de­puis 2012, Omar Yous­sef Sou­lei­mane, 29 ans, était jour­na­liste en Sy­rie.

Il vit au­jourd’hui à Pa­ris et était l’in­vi­té de la mé­dia­thèque de Bour­bonl’Ar­cham­bault (Al­lier) pour lire ses poé­sies.

Vous êtes Sy­rien. Vous avez dû fuir votre pays. Pour­quoi et dans quelles condi­tions ? J’étais re­cher­ché par le ré­gime po­li­cier de Ba­char el­As­sad. En 2011, je fil­mais les ma­ni­fes­ta­tions de la ré­vo­lu­tion pa­ci­fique. Fil­mer, c’est prendre des risques. Alors j’ai dû me ca­cher, prendre un faux nom. Si les ser­vices se­crets m’avaient at­tra­pé, je n’en se­rais pas sor­ti vi­vant. Ça ne de­ve­nait plus pos­sible de vivre comme ça. Je suis pas­sé en Jor­da­nie où j’ai ren­con­tré l’am­bas­sa­drice de France, c’est comme ça que je me suis re­trou­vé à Pa­ris. J’ai ob­te­nu le droit d’asile grâce à l’aide et la so­li­da­ri­té de Fran­çais.

De­puis Pa­ris, vous gar­dez un oeil sur la Sy­rie ? J’y ai ma fa­mille, mes pa­rents, mes frères et je tra­vaille pour un site d’in­for­ma­tions In­ter­net, Sy­ria Un­told. J’ai tou­jours des con­ tacts là­bas qui ali­mentent mes ar­ticles sur la so­cié­té sy­rienne.

Vous sou­te­nez la ré­vo­lu­tion. Avez-vous tou­jours l’es­poir de ren­ver­ser Ba­char elAs­sad ? Le ré­gime de Ba­char el­As­sad va tom­ber. Quand ? Je ne sais pas. Ba­char a tué 500.000 ci­vils sy­riens. Les Sy­riens le com­battent comme ils com­battent Daech.

Vous êtes jour­na­liste, mais vous écri­vez aus­si des livres de poé­sies dont l’un vient juste d’être pri­mé à Cler­mont-Fer­rand (*). Écrire pour vous, c’est… conti­nuer la ré­vo­lu­tion, conti­nuer à ré­sis­ter. Les armes, ce n’est pas mon truc, ce sont les mots. Dans mes poé­sies, je ra­conte l’his­toire, la guerre, l’exil.

Votre ave­nir, vous le voyez en France ou en Sy­rie ? En France, je pense. Ce pays est de­ve­nu une par­tie de moi de­puis quatre ans que j’y vis. J’ai ap­pris la langue, j’écris main­te­nant en arabe et en fran­çais. La Sy­rie, c’est ma mé­moire. (*) Prix fran­co­phone de poé­sie Amé­lie­Mu­rat pour

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