Por­trait d’un homme droit

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE - D. M.

Trompe-la-mort.

Amou­reux de la Si­cile de­puis tou­jours, en 1981, Jean­Yves Le­prince achète une mo­deste mai­son au pied du Mont Giove. Avec vue sur l’Et­na – La Et­te­na – qu’il veut peindre. Il fait des tra­vaux, s’ins­talle. Les voi­sins, de rudes pay­sans, sont cu­rieux des rai­sons qui l’ont conduit ici, mais pas hos­tiles. Sauf un qui dé­boule un fu­sil à la main. « Quand tu es ar­ri­vé, je vou­lais te tuer. »

Dans l’ins­tant sus­pen­du d’une mort pro­mise, passe un ange : l’homme vide son sac, ra­conte sa vie. Celle d’un être simple et droit dont est nour­ri ce ro­man.

Très jeune, in­utile « bouche à nour­rir », Ro­sa­rio est pous­sé hors de la ferme fa­mi­liale. En ville, un type en cos­tume lui offre un billet contre un peu de tra­vail de nuit et son si­lence, puis un autre et en­core. Il vient de se lier à la ma­fia, ce qui l’em­bête. Lui re­vient alors un vieux proverbe, « meg­ghiu mo­ri­ri ca ma­lu cam­pa­ri, mieux vaut mou­rir que mal vivre ». Il fuit. « Je ris­quais la mort mais je l’ai fait […] et ne suis pas mort ah ! ah ! » Comment ? On le ver­ra.

En 1941, sol­dat des ar­mées mus­so­li­niennes, le voi­là au com­bat « dans la Grèce ». Ce qui ne lui convient pas non plus. Il dé­ serte (*). La suite ? Pas fa­cile, on le de­vine.

Ain­si se des­sine le por­trait d’un homme droit « ca­pable de dire non, ca­pable d’une longue vie d’hon­neur au risque de sa vie […], ca­pable de ré­sis­ter à tout, sans plaintes, ja­mais ».

Un ré­cit édi­fiant, en somme, fort heu­reu­se­ment ti­ré de la gui­mauve bien­pen­sante par une prose épa­tante de vi­ta­li­té! (*) À la même époque, dans d’autres cir­cons­tances, Ma­rio Ri­go­ni Stern (1921/2008) vit une aven­ture si­mi­laire, re­la­tée dans (10/18).

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